L’idée d’un SUV Lamborghini moderne en contrarie plus d’un. Je n’en fais pour ma part pas une grande affaire, car avant que la marque ne présente l’Urus, elle s’était déjà essayée à une carrosserie plus utilitaire. Non, je ne veux pas vous parler du LM002, mais du Bertone Genesis – le seul monospace Lamborghini.
À une époque où le constructeur italien, passé sous le contrôle de Chrysler, avait enfin les reins solides, son partenaire et styliste de (presque) toujours, Bertone, décida de dévoiler un projet hors du commun pour le Salon du Turin 1988. Non content d’avoir investi un budget considérable pour créer un « super van » tout à fait fonctionnel, Bertone décida d’aller un peu plus loin que de présenter un simple démonstrateur à la puissance démesurée : le carrossier se mit en tête de créer un véritable « jet privé de la route »
Avec cinq places et des dimensions similaires à celle d’un Mercedes-Benz Classe R, l’aménagement de l’habitacle débordant d’Alcantara est plutôt unique dans son genre. Un fauteuil central unique se trouve en effet positionné entre deux rangées de deux sièges, juste derrière le moteur qui est placé au dessus du train avant. À bord, reposes-pieds digne d’une première classe, fax et télévision font partie de l’équipement
Deux portes en ailes de mouette étrangement positionnées permettent d’accéder aux sièges avant, dont les immenses structures prennent appui sur une arrête centrale reliant la base du pare-brise au pavillon. Ce qui implique que le pare-brise fait partie des portes avant ; une concession faite au style qui aurait rendu l’installation d’essuies-glace sacrément compliquée.
Dessinée par Marc Deschamps, la Genesis semble plus basse qu’elle ne l’est en réalité lorsqu’on l’observe de profil, grâce au jonc rouge qui traverse sa surface vitrée, mais en tournant un peu autour et en prenant de la hauteur, on a l’impression que son toit a été réalisé avec un de ces trombone en plastique typique des années 1980. Malheureusement, Deschamps n’a pas jugé utile de travailler les formes de la large carrosserie au très long empattement ; les lignes simples de ce monospace apparaissent aujourd’hui bulbeuses et plutôt ennuyantes. À vrai dire, la forme de la Genesis m’évoque assez précisément un autre objet contemporain : ces appareils servant à rembobiner les cassettes VHS, un de ceux qui avaient la forme d’une voiture…
Pour être bien sûr qu’il n’y a pas plus rapide pour rembobiner votre cassette-vidéo, Bertone équipa la Genesis d’un V12 de Countach Quattrovalvole. Développant 455 ch, une fois lancé à pleine vitesse, il est fort probable qu’elle évoque parfaitement l’idée d’un jet de la route.
Le talon d’Achille de ce concept-car 100% fonctionnel était le même que pour toute la gamme Lamborghini de l’époque : Chrysler. Ici, le fabuleux moteur V12 était accouplé non pas à une traditionnelle boite manuelle à 5 rapports, mais à une transmission automatique Chrysler TorqueFlite, choisie uniquement parce qu’elle s’intégrait à l’architecture du prototype… Avec un poids conséquent de 1800 kg à mouvoir, elle rendait les accélérations pour le moins laborieuses, ce qui n’empêcha pas Bertone d’annoncer une vitesse de pointe supérieure à 250 km/h.
S’il fallait le ré-inventer aujourd’hui, je pense que le Genesis prendrait la forme d’une SUV à moteur avant, ne serait-ce que pour améliorer le package global. Un monospace Lamborghini avec des portières spectaculaires est certes un concept plutôt rafraîchissant, mais il y a une raison pour laquelle les monospaces et les SUV rencontrent un grand succès commercial – et il ne s’agit sûrement pas de leurs styles ou de leurs performances. Au moment de dessiner ce « jet privée pour la route », Deschamps a oublié que même les jets privés disposent d’une soute à bagage, et à vue de nez, il n’y a pas beaucoup de places pour des valises dans le seul espace qui leur est alloué – derrière les siège arrière. Et surtout, je ne vois pas où Phil Collins aurait pu ranger sa batterie.
Article initialement publié en anglais par notre partenaire, Banovsky Car Of The Day

Les commentaires
A l’époque, déjà, Bertone était à la peine et rêvait de renouer une vraie relation avec Lamborghini. Ce bricolage de haut vol sur base d’Espada n’a été qu’une façon de chercher à attirer l’attention. Pendant ce temps là, Chrysler était confronté un choc de cultures et ne savait pas trop quoi faire de Lambo. Mais il y avait plus de sous à Sant’Agata.
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