L’Alfa Romeo Alfasud était, à son lancement en 1972, une voiture unanimement considérée comme très moderne. Elle était propulsée par un moteur boxer à 4 cylindres qui entraînait les roues avant, et vers la fin de sa production elle recevra même le renfort d’un hayon arrière.
À la fin de la décennie 1970, l’assaut de concurrentes plus modernes comme la Talbot Horizon ou la Fiat Ritmo mit un frein brutal aux ventes de l’Alfasud, une mauvaise nouvelle pour Alfa-Romeo, en manque d’argent. Le constructeur était conscient du vieillissement de son modèle phare, et travaillait activement à son remplacement, mais craignait que celui-ci arriverait bien trop tard. Il y avait sans doute mieux à faire que de précipiter le lancement de cette nouvelle voiture, restait à trouver quoi faire.
Alfa se mit en quête d’un partenariat avec un autre constructeur automobile. Il trouva un allié inattendu de la part du japonais Nissan, bien connu pour produire des compactes aussi insipides qu’indestructibles.
Le 9 octobre 1980, Ettore Massacesi et Takashi Ishihara, respectivement présidents d’Alfa Romeo et de Nissan, signèrent un accord à Tokyo, pour former une joint-venture appelée Alfa Romeo Nissan Autoveicoli SpA, soit ARNA en abrégé. Cette collaboration devait permettre de produire un petit modèle d’entrée de gamme, dans le but de réduire les coûts de développement pour chacune des deux entreprises.
Ci-dessus : Nissan Pulsar/Cherry N12.
Une nouvelle usine fut construite aux alentours de Pratola Serra, dans le centre de l’Italie, pour assembler la voiture. L’idée de base était la suivante : Nissan fournirait des coques de ses Cherry/Pulsar, et Alfa Romeo les moteurs de l’Alfasud. La voiture fut baptisée Arna en hommage à la nouvelle alliance.
En théorie cette nouvelle auto pouvait être très rapidement mise en production. En réalité, l’accord entre les deux constructeurs se montra bien plus complexe qu’il ne le semblait, et l’Arna ne put faire ses débuts que lors du Salon de Francfort 1983. Pour justifier ce retard, on évoqua les difficultés rencontrées par Alfa Romeo pour faire entrer son moteur 4-à-plat dans le compartiment moteur de la Cherry, conçu pour recevoir un 4-en-ligne monté transversalement.
La voiture reçu également des suspensions avant et une transmission fournie par Alfa Romeo, alors que la suspension arrière indépendante provenait de chez Nissan. Les carrosseries de Cherry furent traitées au Zincrometal, ce qui a l’époque était une technique plutôt avancée de protection contre la corrosion, qui permit finalement de résoudre l’un des plus grands défauts de l’Alfasud.
À Francfort, l’Arna reçu un accueil pour le moins défavorable. À l’époque, apposer une badge Alfa Romeo sur une Nissan était considéré comme une hérésie totale ; un peu comme si Alfa décidait de rebadger une Dacia Logan de nos jours. Pourtant, Alfa Romeo fit tout son possible pour rendre la voiture attrayante. La publicité d’époque utilisait le slogan « e sei subito Alfista », ce qui se traduit par « et soudainement, vous voici fan d’Alfa ».
L’Arna fut proposée, lors de son lancement, en deux versions différentes : l’Arna L à 3 portes, et l’Arna SL à 5 portes. Les deux étaient motorisées par le fameux flat-four 1 186 cm³, mesuré à 63 ch, ce qui permettait de propulser la voiture pesant 850 kg de 0 à 100 km/h en 14,4 s.
Bien que proposée à un prix abordable, la voiture fut un échec commercial total en Italie. Nissan compliqua les choses en interdisant à Alfa Romeo de vendre l’Arna dans certains pays européens ou la Pulsar se vendait relativement bien.
En 1985, Alfa lança une version plus sportive de l’Arna, appelée TI, équipée du 4 cylindres 1 350 cm³ de 86 ch. La même année les versions L et SL virent leur puissance passer à 65 ch. Nissan sentit qu’il y avait un bon coup à faire avec l’Arna TI et exporta ce modèle au Japon. Il y fut commercialisée sous le nom de Nissan Pulsar Milano, et présenté comme une version GTI de la Pulsar.
Ci-dessus : Nissan Pulsar Milano.
Après quelques années, il devient évident que l’Arna ne se vendrait tout simplement jamais bien, et la production fut stoppée en 1987 après seulement quatre années de commercialisation. On estime qu’un peu plus de 53 000 exemplaires de la voitures furent produits. Un fiasco qui entraîna le tout nouveau propriétaire d’Alfa Romeo, le groupe Fiat, à mettre un terme rapide à son partenariat avec Nissan. Qui a dit tant mieux ?
Article initialement publié en anglais par notre partenaire, Ran When Parked
