Croiser une Toyota Crown est chose rare, alors en diesel… Nous avons spottée celle-ci sur l’ile de Fuerteventura, dans les Canaries.
Ils sont partis de la ville portuaire de Corralejo, tout au nord de l’île de Furteventura, un vendredi matin pour se rendre au petit port de Majanicho où leurs amis les attendent à déjeuner. À vol d’oiseau, les deux localités ne sont distantes que de 5 kilomètres, mais par la route il faut contourner un vieux volcan édenté, ce qui rajoute une bonne vingtaine de kilomètres à l’affaire. De toute façon, ils ne sont pas pressés, ils sont retraités ; et ils ne dépassent pas le 50 dans leur vaillante Toyota Crown.
C’est sur leur route que nous les avons croisé la première fois. La Crown ne fume pas, mais lorsqu’on s’en approche une odeur acre vous prend au nez. Une odeur que l’on a appris à oublier depuis bien longtemps : celle des vieux diesels, que l’on ne renifle guère plus qu’au cul de quelques antiques engins fonctionnant à l’huile lourde. Celle des vieux camions et des vieux bus que l’on croise parfois, ou des locomotives au mazout. Nous tenons à nos bronche, et comme elle n’allait pas bien vite, nous l’avons prestement dépassée, non sans noter que son arrière s’inspire drôlement de celui d’une Mercedes-Benz W123.
La route s’arrête à 100 m du village de pêcheurs, remplacée par un chemin en terre. Quelques maisons blanches encadrent une crique où une poignée de coques de noix sont au mouillage. Plus loin sur la plage, un agglomérat de vans VW indique l’emplacement d’un campement de windsurfer, alors qu’une flotte d’antiques Land Cruiser véhiculant quelques touristes s’est arrêtée le temps d’une volée de photos-souvenir. C’est là que nous retrouvons la Crown, garée à côté d’un Discovery 3 portes de première série, tout aussi blanc. Eux : un couple de retraités ; ils ont acheté la voiture en 1982, et c’est tout ce qu’on réussira à comprendre. Un achat sérieux pour ce qui devait alors être des trentenaires ayant vraisemblablement réussi dans le tourisme – la seule ressource de l’île.
La Crown porte quelques stigmates liés à son age vénérable, mais reste dans un état de conservation remarquable pour une voiture trentenaire utilisée quotidiennement sur un caillou placé au beau milieu de l’océan. La protection anti-corrosion ne devait pas être une notion vaine chez Toyota. Il n’est pas à exclure que cette voiture soit encore en circulation pour les quelques décennies à venir.
