Ce soir c’est la folle ambiance
Au café Ici la France
Les fresh garçons sont très chics
Leurs chansons sont fantastiques

C’est ça leur nouvelle musique
Et les rythmes automatiques
Que l’on retrouve partout
La danse est au rendez vous

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Les premières mesures du premier morceau du premier album de Telex annoncent la couleur. Sifflets de locomotive, boîte à rythme calée sur celui des rails qui défilent, paroles légères, Moskow Diskow (1979, le plus grand succès du groupe) sent bon la parodie du Trans Europe Express de Kraftwerk, version gag. Minute papillon, Telex c’est bien plus qu’une simple blague belge !

TELEX

Telex voit le jour en Belgique en 1978, derrière ce nom se cachent des garçons qui n’en sont pas à leur coup d’essai : le chevelu Marc Moulin (36 ans au moment des faits), pianiste et fondateur du groupe de jazz fusion Placebo (auquel un certain Brian Molko rendra hommage quelques décennies plus tard ) ; et le moustachu Dan Lacksman (28 ans), ingénieur du son, compositeur, et spécialiste du synthé (Born to Be Alive, de Patrick Hernandez, c’est lui) ; associés au chanteur barbu Michel Moers.

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Nos 3 larrons vont composer une musique 100 % électronique, jusqu’aux voix passées à la moulinette du vocoder ; mais contrairement à la synth-pop prise de tête des bien trop sérieux Kraftwerk, celle de Telex sera toujours teintée d’un humour subtil et d’une auto-dérision typiquement belge. Ainsi, les premiers morceaux du trio sont de gentilles reprises électro, totalement à contre-pied. Ils commencent par revisiter le Twist à Saint-Tropez des Chats Sauvages dans une version minimaliste et compressée qui vaut surtout pour son clip au sommet des effets d’incrustation vidéo de l’époque.

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Telex embraye avec une reprise sous valium de Rock Around the Clock, pas plus sérieuse. La vidéo live laisse entrevoir la personnalité potache du trio : Moers semble s’ennuyer en chantant (assis !), au point qu’il parcourt, désabusé, son journal, alors que le bedonnant Lacksman arbore un parfait look de vieux beau texan (sans son Stetson, pour une fois). La reprise lente du Ça Plane Pour Moi de Plastic Bertrand est de la même veine.

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En composant leurs propres morceaux, les membres de Telex prennent une dimension moins comique, à l’image du Moscow Discow, qui même s’il singe par moment Kraftwerk, est d’une efficacité remarquable. S’il en fallait une preuve, la vidéo de « making-of » ci-dessous montre une approche résolument sérieuse dans la production de leur tube.

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telex-lookingforsainttropez

Plutôt expérimental, passant d’un style à l’autre sans jamais utiliser d’instruments traditionnels, l’album Looking for St. Tropez cache quelques autres perles comme Pakmoväst, Something to Say, Victime de la Société, ou Le Fond de l’Air.

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neurovision

En 1980, Telex prend une dimension plus sérieuse, que l’on retrouve dans le second album, Neurovision. Cette année là, Marc Moulin produit les débuts d’une prometteuse compatriote, Lio, et son single Banana Split, alors que le groupe est sélectionné pour représenter la Belgique à l’Eurovision.

Eurovision_Song_Contest_1980_-_Telex

Pour ce faire, Telex compose un hymne gentillet éponyme au concours de la chanson, qui déconcertera totalement les amateurs de cette grande foire de la guimauve musicale. Fidèle à lui même, Moers chante les mains dans les poches, mime de façon minimaliste les paroles avant de prendre en photo une assistance qui n’est pas tout à fait sûre d’elle au moment d’applaudir. C’est évidement un fiasco – mais qui s’en soucia ? Belgium 3 points, Belgique 3 points – offerts par les Grecs. 3 points tellement inattendus qu’ils ont failli être attribués aux Pays-Bas, conclusion brillante pour ce happening riche en dérision.

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We Are All Getting Old connaîtra le même succès mitigé – il faut reconnaître que l’on a connu paroles plus vendeuses. Les mélodies sont plus complexes, les textes plus matures, Telex a dépassé le canular pour devenir un vrai groupe solidement ancré dans son époque. Le ballade mélancolique Plus de Distance est absolument magnifique, et la reprise du Dance to the Music de Sly & the Family Stone dépasse la simple cover pour devenir une véritable reconstruction dont les sonorités évoquent les meilleures compositions de Moroder.

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Les paroles du 3e album, Sex (1981, titré Birds & Bees sur certains marchés) sont entièrement composées par Ron Mael, de Sparks. La musique de Telex évolue avec l’époque et adopte une sonorité plus new wave, à l’image du tube Haven’t We Met Somewhere Before, ou du Excercise is Good For You qui inspirera aux ZZ Top leur plus grand carton, l’album Afterburner. Billy Gibbons, le bassiste le guitariste du trio des barbus de Houston est en effet fan de Telex depuis Twist à Saint Tropez, et il prendra même l’habitude de jouer Exercice en clôture de ses concerts !

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Wonderful World, sorti en 1984, hésite entre synthpop, italo disco et house, alors que Looney Tunes (1986) prend un virage club. Quelques singles de ces albums seront des succès, mais dans les ventes sont dans l’ensemble décevantes, et Telex ne produira plus d’album avant 2006 (How Do You Dance?) pour se concentrer avec bien plus de succès sur la réalisation de remixs de leurs propres morceaux.

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En 1989 l’album de remixs Les Rythmes Automatiques sera un telle réussite que les Kraftwerk leur piqueront l’idée. La boucle est bouclée.

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Parallèlement à la musique, Marc Moulin connu une brillante carrière d’animateur radio en Belgique, et produisit des musiciens tels que Lio, les Sparks, Alain Chamfort. Il est décédé en 2008. Dan Lacksman travailla avec un nombre incalculable d’artistes belges et français dans ses studios bruxellois Synsound et Synsound II (il a produit, entre autre, le premier album de Deep Forest). Son dernier album, Electric Dreams, est sorti en 2013. Quant à Michel Moers, il fait toujours de la musique via le projet ex+guests.

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Bonus : quelques albums de Placebo, en intégralité.

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