J’aime Venise l’hiver, lorsque le froid et les brumes de Janvier font du Dorsoduro un refuge encore plus paisible. Mon quartier. Un jour, en franchissant le pont de l’Academia, je suis tombé en arrêt devant une poubelle. On avait collé dessus une affiche qui proclamait à la manière de Ben « This is not Art ». Le tout état signé Patrick Mimran.
Après recherche, il s’est avéré que ce Patrick Mimran était bien celui que j’avais connu dans les années 80 chez Lamborghini. Né en 1956, il est le frère de Jean Claude Mimran, lequel dirige depuis Gstaad le groupe agroalimentaire fondé par leur père en Afrique.
Les Mimran ont repris Lamborghini au plus bas en 1981. Ils ont ramené la marque à la vie et l’ont revendue à Chrysler en 1987 sans faire de dégâts. Pour moi comme pour d’autres, cette période a été l’une des plus sympathiques d’une histoire tourmentée. Jean Claude Mimran avait confié la gestion journalière à l’un de ses hommes de confiance, Emile Novaro. Patrick faisait figure de patron ambassadeur cool et dilettante, barbe de 3 jours, 501 et clope au doigt. A la direction technique, le vieil Alfieri incarnait la sagesse. La Countach a muri, le LM a été concrétisé, les relations ont repris avec Bertone et Gandini. Un certain Horacio Pagani a poussé la porte et s’est installé dans un coin pour bricoler des trucs plus ou moins heureux autour de la Countach, comme l’évo Alfieri, le proto à coque carbone et le restyling de la 25ème anniversaire. Patrick Mimran n’a pas résisté à la tentation de se faire faire une Miura à la sauce Jota ou de laisser Boxer Bikes apposer le nom de Lambo sur une bécane, parce que les frères Henriette sont des siens cousins. Pas de quoi crier au viol, on a vu bien pire.
Jean Claude Mimran est resté un entrepreneur incontournable de la Françafrique. Patrick, quant à lui, s’adonne à l’art contemporain sous toutes ses formes, de la musique à la peinture en passant par la photo, la vidéo, les installations, les performances. Il s’est fait une place dans le milieu et expose régulièrement à Venise. Je ne suis pas spécialement fan, mais j’aime la démarche. On peut jouer avec lui sur www.mimran.com
