Non content d’avoir été l’un des designers automobile les plus influents des années 1990 à 2000, Chris Bangle est sans aucun doute celui dont les décisions ont crée les plus grandes controverses. Comme nous avions deux ou trois questions à lui poser, nous avons sauté dans une Fiat 500 de location et sommes allés l’interviewer à la Borgata, sa demeure qui héberge également le studio de son agence de consulting, Chris Bangle Associate, quelque part entre Turin et Sanremo.
Pourquoi avez vous choisi le métier de designer ?
Quand j’étais jeune, la notion de design m’était tout simplement inconnue : un designer c’était avant tout un coiffeur. Il n’était même pas envisageable que cela puisse être un métier. Je suis allé au lycée dans le Midwest, et il n’y avait personne pour m’orienter dans cette direction. Je voulais devenir pasteur, et avant d’intégrer le séminaire il m’a fallu étudier durant quelques années des matières comme la psychologie, l’histoire, la philosophie, la littérature… J’ai donc commencé mes études à l’université du Wisconsin – ma ville – une très bonne école, avec un sens très pratique. On y apprenait par exemple l’imprimerie sur de très grandes machines. À 17 ans c’était vraiment cool de maîtriser l’offset, l’insolation des plaques, le développement des films. Bien sûr, j’ignorais à l’époque que ces choses allaient m’être très utiles en tant que designer : pour moi cela ne pouvait servir que pour ceux qui feraient carrière dans l’impression. La calligraphie me passionnait : je m’occupais d’écrire les noms des gens sur les bibles, à l’église, ce qui m’amusait beaucoup.
Après deux ans à l’université j’ai entendu parler de l’Art Center, et de l’existence de cours de design automobile, et me suis dit que cela devait être cool. J’ai toujours aimé les voitures, et j’en ai toujours dessiné ; j’ai donc fait un portfolio avec toutes mes esquisses et mes BD – j’en dessinais beaucoup – et mes calligraphies, et j’ai été accepté ! Cela me paraissait fou. Mon père m’avertit qu’il n’avait assez d’argent que pour une année de cours, qu’il faudrait que je me débrouille pour la suite. Après un an, j’ai reçu une bourse de la part de Ford qui voulait financer le reste de mes études, ce qui était très généreux de leur part. Ils n’ont rien demandé en échange : c’était tout à fait désintéressé.
Je suis donc allé à l’Art Center, et durant cette époque j’ai énormément appris sur le métier de designer, le design produit, le design automobile, etc… Mais je n’apprenais pas grand chose sur le design en soi. Nous passions simplement notre temps à apprendre à dessiner. Par chance, mes deux années passées à l’université du Wisconsin furent très utiles comprendre le design et le management du design. La littérature, la critique de texte, la psychologie, la philosophie sont autant de disciplines qui, même si on n’en prend que des cours très basiques, vous ouvrent l’esprit d’une façon qui vous aide à comprendre le processus du design. Il y a de nombreuses similarités entre le processus d’écriture et celui du design ; si vous pouvez comprendre comment les écrivains et les critiques littéraires voient leur sujet, vous pouvez commencer à comprendre des sujets artistiques.
Lorsque j’ai quitté l’Art Center j’ai été embauché par GM, et j’ai été envoyé chez Opel, en Allemagne. Ce fut très sympa de leur part : j’ai rencontré dans ce pays ma femme, qui est Suisse. Après quatre années et demi passées chez Opel nous nous sommes mariés et je me suis fait débaucher par Fiat. Nous nous sommes donc installés à Turin en 1985, où nous sommes restés 7 ans. Nous avons eu un enfant et ce fut une période qui, lorsque j’ai quitté BMW et Munich, a orienté mes choix pour la prochaine étape. Je n’ai jamais eu envie de vivre en Suisse et ma femme ne voulait pas vivre en Amérique ; je ne souhaitais pas rester à Munich non plus, ce qui m’aurait à jamais lié à BMW. Le vrai choix pour nous était de venir en Italie, car nous, en tant que couple, nous nous sentons italiens. Cela nous a pris 5 ans de trouver le bon endroit, et cela fait 7 ans que nous sommes en chantier. 12 ans que nous concevons le projet de ce nouvel endroit qu’est la Borgata.
Vous avez commencé comme designer intérieur chez Opel. Le métier de designer intérieur et extérieur me parait très différent, pourtant les designers semblent passer sans difficultés d’une discipline à l’autre.
Pas tous ! Ce sont deux métiers très différents, ce qui pose quelques problèmes. Je suis un des rares designers à avoir dessiné des intérieurs et des extérieurs qui soient passés en production. Karim Habib – qui est aujourd’hui à la tête du design de la marque BMW – est dans ce cas également. [NDBG : on peut également citer Paul Braq qui dessiné des extérieurs chez Mercedes et BMW avant de s’occuper des intérieurs Peugeot]
La suite de cet article est réservée aux abonnés.


Les commentaires
Géniale cette interview.
L’Opel Junior est super cool, l’intérieur me fait penser à la SD1.
Il semblerait, vu le sens de l’histoire, que l’intérieur de la Junior ait été jugé trop « philosophique » et pas assez Rodin.
Interessant de lire cette interview sur un designer qui est surtout connu des fans BMW, pas forcément de façon très positive.
Commentaires historiques restaurés. Les discussions sont conservées en lecture seule.