« La locomotive », c’est le sobriquet donné par James Bond à sa Bentley dans le roman Opération Tonnerre. Si la voiture tient plus ou moins de l’imaginaire de Ian Fleming, la métaphore ferroviaire sied comme un gant à la lignée des Bentley Continental, dantesques coupés dont le modèle de 1991 a marqué ma mythologie automobile de préado.
Bordeaux, 1991. Voici venu pour moi l’âge du collège et des premiers émois automobiles. Dans mon bahut comme partout ailleurs, les Porsche et les Ferrari sont les vedettes des jeux d’atouts et des images autocollantes que l’on s’échange à la récré. Tartes à la crème que tout cela ! Par esprit de contradiction ou simplement par goût, ce sont les Rolls-Royce et les Bentley qui me bottent. Depuis mon premier numéro annuel de l’Auto-journal, j’ai été captivé par l’altière présence de ces autos à devanture de temple grec. J’en convoite la moindre information comme une denrée précieuse. Aussi suis-je dans un jour radieux lorsque l’Action Automobile publie la première photo de la Bentley Continental R, une friandise de papier, point de départ d’une quête obstinée.
Il m’a fallu une vingtaine d’années pour en tourner la clé, par la complicité d’un exquis personnage, un peu dandy, un peu snob, rencontré en marge d’un Mondial de l’auto. Pierre, c’est son nom, ne peut raisonnablement pas rouler en Audi gris métal. Sa cour des miracles automobile va de l’Hydroën dévaluée à la Benz 6.9 de bandit élégant, autant d’amuse-bouches à côté du léviathan qu’il m’a proposé d’essayer le plus naturellement du monde. J’ai mis du temps à réaliser, mais le rêve d’une adolescence m’attend aujourd’hui tout au fond d’un corridor de béton. Pierre manœuvre pour la photo. Lentement, la silhouette massive émerge des ténèbres. Les néons dessinent ses contours ondulants. Les énormes yeux globuleux m’évoquent un Nautilus inquiétant et les flancs, une de ces puissantes locomotives qui ont marqué la jeunesse de Walter Owen Bentley. Dans la pénombre, la chose tutoie le dantesque, le fantastique. Sur son passage s’échappent en sourdine les soupirs d’une machinerie complexe. Le monstre vit, étire ses muscles. Au pas de l’homme, il franchit la rampe d’accès vers la lumière naturelle.
Nous y voilà. J’ai beau avoir couru les Bentley jusqu’à leur Mecque du Cheshire, les proportions hors du commun de la Continental R produisent toujours le même effet saisissant. Pensez-donc, ce « coupé » est plus long et plus large que la plus grosse Mercedes de son temps, l’empattement égale à lui seul la longueur d’une Mini entière et le poids surpasse celui d’un Range Rover tirant sa remorque à chevaux. Avec de telles mensurations, ces deux tonnes et demie de muscle britannique écrasent visuellement tout ce qui roule aux alentours. C’est qu’une Bentley, c’est d’abord une gueule de bouledogue de combat. A la brutalité quasi verticale du temple-radiateur s’ajoute la menace de quatre énormes phares circulaires que l’on dirait empruntés à un bolide des années vingt. La descendante du « poids lourd le plus rapide du monde » consacré par Bugatti en marge du Grand Prix de Pau 1930, c’est elle ? Oui, mais pas seulement, car le style se révèle plus subtil qu’il n’y paraît.
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LE VERDICT DU GANG
BENTLEY CONTINENTAL R, BLENHEIM TEST
Fiche technique & bilan
On touche ici à une sorte d’absolu et la véritable question est de savoir s’il existe plus exotique et plus exclusif que cette Continental R. A part la Bristol Blenheim, je ne vois pas.
- VISUAL ATTRACTION
- 9 / 10
- MECHANICAL THRILLS
- 7 / 10
- HANDLING
- 8 / 10
- CLASSIC APPEAL
- 10 / 10
- BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY
- 9 / 10
- BLENHEIM FACTOR
- 10 / 10






Merci pour ce guide et cet essai très complets sur cette icône des années 90.
Ce type de sujet font tout l’intérêt et la spécificité de ce site et me rappelle mes longues séances de lecture et de rêverie devant les annuels Auto-Journal spécial Salon.
Bravo, continuez sur comme ça !
Quelle merveille cette voiture !