La dernière Triumph, l’Acclaim, n’était qu’une placide Honda produite sous licence. Et pourquoi ne pas l’épicer un peu en montant dessus un turbocompresseur ? Voici la curieuse question que se posa le préparateur Avon.
Le rebadgeage c’est mal. Chers constructeurs, vous me le répéterez 100 fois, et peut-être que je ne vous y reprendrai plus. Je ne connais pas d’exemple de voiture rebadgée qui mérite de rentrer au panthéon de l’automobile, car derrière cette méthode il n’y a rien d’autre qu’une paresseuse tentative pour augmenter les profits.
Ci-dessus : Honda Ballade.
Souvent, les voitures rebadgées apparaissent lorsqu’un constructeur essaye de rentrer sur un nouveau marché de niche. Que fait une marque comme Peugeot ou Citroën au moment de lancer un 4×4 ou une voiture électrique ? Elle met son logo sur une Mitsubishi : simple comme bonjour.
Une de mes voitures rebadgées préférée est la Honda Crossroad de première génération : un Land Rover Discovery portant le logo Honda ! Notre voiture du jour est également liée à la British Leyland et à Honda, mais l’exercice a ici été réalisé dans le sens inverse : il s’agit d’une Honda portant le badge Triumph. En outre, l’Acclaim, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, est non seulement la toute dernière « Triumph » produite, mais également – d’une certaine façon – l’une des toutes premières Honda turbocompressée.
Triumph était alors à l’agonie, et cherchait par tous les moyens en nouveau partenaire. Après avoir essayé de s’unir à Chrysler Europe et à bien d’autres, Michael Edwardes, le président de la British Leyland, signa lors du Boxing Day 1979 un contrat au Japon pour produire sous licence la Honda Ballade.
La Ballade était ni plus ni moins qu’une version à 4 portes de la Civic, en plus huppé. Cette voiture n’était alors pas importée en Europe, contrairement à sa remplaçante plus connue sous nos cieux : la Concerto On notera que Honda aimait bien s’inspirer du monde de la musique pour nommer ces modèles : Ballade, Concerto, Prelude, Accord, Beat, Jazz…)
Ci-dessus : Triumph Acclaim.
La Triumph Acclaim arriva sur le marché en 1981, et était assemblée dans l’usine d’Oxford, à Colwley, là même où étaient produites les Morris Minor et Marina, les Austin Maxi, puis les grandes Rover de la SD1 à la 75, et d’où sortent aujourd’hui les Mini. Elle peut s’enorgueillir encore aujourd’hui d’être la voiture ayant reçu le moins de réclamation de garantie de toute la production British Leyland – merci Honda pour cet exploit. Pour l’anecdote, elle était même disponible avec une transmission automatique Hondamatic, elle-même rebadgée Trio-matic.
La version qui nous intéresse le plus était produite par le carrossier Avon, plus connu pour avoir converti quelques Jaguar XJ6 en de jolis breaks. Souhaitant descendre un peu en gamme, le propriétaire d’Avon, Graham Hudson, décida de porter son dévolu sur l’Acclaim. Une fois passée entre ces mains, celle-ci recevait une calandre chromée, un toit couvert de vinyle, une peinture bi-ton, des housses de sièges en cuir Connolly avec passe-poil contrasté, des finitions en loupe de noyer, et beaucoup d’isolation phonique.
Ci-dessus : Avon Acclaim.
Proposée à 1 365 £, cette conversion ne fut pas un grand succès, d’autant plus qu’elle représentait un surcoût de pratiquement 35% par rapport au prix de base d’une Triumph Acclaim, vendue 4 688 £. Cependant, elle trouva bien quelques clients, et le carrossier décida en 1982 de retravailler la voiture en s’occupant cette fois de sa motorisation, pour pouvoir concurrencer les luxueuses Saab, Volvo et BMW avec son Acclaim Turbo.
Comme son nom l’indique, cette nouvelle conversion consistait à installer un turbocompresseur Garrett T3 sur le moteur 1 335 cm³ à double carburateur Honda EN1 – la même année sortait la première Honda turbocompressée : la City Turbo. En plus de cela, la voiture recevait des jantes en alliage, une suspension améliorée, un intérieur en daim, un volant Nardi, un indicateur de pression turbo, un spoiler avant, et de larges autocollants « turbo » – que demander de plus ? Toute équipée, elle sortait des ateliers Avon au tarif de 8 688 £… Presque le double d’une Acclaim de série !
Ci-dessus : Avon Acclaim Turbo.
Décrite à l’époque par les essayeurs comme « votre paisible vieille tante déboulant subitement sur une paire de patins à roulettes», l’Acclaim Turbo développait 105 ch, soit 30 de plus que la version standard. La vitesse maximale fut chronométrée à 193 km/h et le 0 à 60 mph était avalé en seulement 8,8 s. Autocar décrivit la conversion comme impressionnante, avec de meilleures accélérations que la Renault 5 Gordini (Alpine) Turbo.
Malheureusement, seules 200 Acclaim Turbo furent assemblées… Et trois seulement subsistent aujourd’hui. Et même si l’Acclaim est la toute dernière Triumph a être sortie des chaînes, nous ne pouvons pas vraiment dire que nous les regrettons.
Adapté d’un article originalement publié en anglais par notre partenaire, Banovsky Car Of The Day.
