Il n’est pas facile de se lancer dans la fabrication d’automobiles, et il est souvent intéressant d’observer comment des constructeurs aujourd’hui établis ont fait leurs débuts. Intéressons-nous aujourd’hui au constructeur coréen Hyundai, qui commercialisa ses premières voitures, des Ford Cortina rebadgées en 1968 (il y aura également des Taunus 20M et des Grenada), avant de lancer en 1975 la première voiture conçue en Corée : la Pony.
Ci-dessus : une Taunus 20M produite par Hyundai.
Cette voiture fut rapidement exportée en dehors des frontières de son pays. En Équateur d’abord, puis dans le Benelux, et au Canada en 1984, où elle connut un succès fulgurant – mais pas aux USA, où ce modèle ne passa pas les normes d’émissions. Associé à Kia, le groupe Hyundai est aujourd’hui le 5e plus grand groupe automobile mondial – un succès insolent en à peine quelques décennies, pour un constructeur parti quasiment d’une feuille blanche.
Ci-dessus : la Hyundai Pony, première voiture conçue en Corée du Sud.
Pour réaliser leur première voiture, les coréens commencèrent par embaucher l’ancien directeur général d’Austin-Morris, George Tumbull, et ne se privèrent pas de communiquer allégrement sur cette venue. Celui-ci débaucha à son tour cinq autres dirigeants clés, dont le gourou des châssis et des suspensions John Crosthwaite, connu pour avoir produit des voitures particulièrement réussies pour Lotus, BRM, et de nombreuses écuries participant aux 500 miles d’Indianapolis.
Ci-dessus : la Hyundai Pony Coupé d’Ital Design, appellée initiallement Asso di Fiori.
Hyundai avait également besoin d’un designer, et plutôt que d’en débaucher un, ils louèrent les services d’Italdesign, le studio de Giorgetto Giugiaro, qui présenta en retour un magnifique petit coupé au salon de Turin 1974. Sauf que celui-ci ne se destinait pas vraiment à porter le blason Hyundai… Ressemblant curieusement à une version réduite de la DeLorean DMC-12, il aurait pu tout aussi bien composer une véritable gamme avec ce dernier, si le projet de John Z. DeLorean avait connu un autre destin.
Appelée initialement Asso di Fiori (As de Trèfle), la voiture était une évolution de l’Asso di Picche (As de Pique) sur base d’Audi 80 présentée un an plus tôt. Comme l’indique Italdesign : « la Pony Coupé était initialement un projet de recherche indépendant, mais à la veille du salon de Turin, Hyundai s’y intéressa, et demanda que nous le renommions Hyundai Pony Coupé. Les communiqués de presse avaient déjà été imprimés par Italdesign et portaient un autre nom : Asso di Fiori. La confusion fut totale lorsqu’Italdesign présenta cinq ans plus tard un autre prototype appelé Asso di Fiore, et que certains journalistes japonais pensèrent qu’il s’agissait d’une blague… » Car cet autre « as de pique » n’était autre que la future Isuzu Piazza/Impulse.
Italdesign travaillant déjà avec Hyundai, la première Asso di Fiori était donc basée sur la future Pony, mais elle ne porte le blason de la marque coréenne que lorsque ses dirigeant comprirent quels bénéfices ils pouvaient tirer de la présence d’un concept-car aussi bien dessiné sur leur stand, même si leur propre département de design était tout nouveau et (a priori) bien incapable de poursuivre le travail de Giugiaro, dans le cas où coupé devait entrer en production.
À cet égard, cela a dû être un sacré challenge que de créer un thème stylistique pour un tout nouveau constructeur, mais Giugiaro carrossa la Pony avec le style qui était sa marque de fabrique. Avec le concept Pony Coupé, il a au moins envisagé Hyundai comme un constructeur disposant d’une gamme complète, et a clairement essayer de pousser une entreprise débutante à adopter son design cunéiforme futuriste. À cette époque, ses principaux clients dans l’industrie automobile étaient le groupe Volkswagen et Hyundai, ce qui explique que les premières Pony avaient plus qu’un air de ressemblance avec la Volkswagen Passat contemporaine.
De même, lorsque la Pony adopta des phares rectangulaires, l’architecture de sa face avant affichait une surprenante similarité avec celle de la DeLorean DMC-12, une voiture qui bien que commercialisée en 1981, fut mise en projet dès 1974. Giugiaro savait dès les débuts à quoi la sportive anglo-américaine ressemblerait, et quelle carrosserie pourrait avoir sa petite sœur, si jamais DeLorean aurait connu le succès.



















