Non, tous les échecs industriels des années 1970 ne sont pas nés au Royaume Uni, la preuve avec le VFW-614, le premier avion de ligne à réaction allemand.
Comme son nom l’indique, ce projet est le 4e de l’année 1961, mené par un conglomérat de constructeurs aéronautiques allemands constitué de Focke-Wulfe, HFB et Weser – autant de noms qui évoquent plus la seconde guerre mondiale que l’aviation civile des 30 glorieuses. Les trois larrons fusionneront par la suite pour former VFW, une abréviation bien plus facile à retenir que le nom complet du Vereinigte Flugtechnische Werke.
Pour leur premier avion, une décision en théorie sage fut prise : le nouvel appareil ne devra concurrencer aucun autre jet alors sur le marché. Et dans quelle région du monde ne trouvait on pas encore de jets ? En Afrique, pardi. Les allemands décidèrent donc de concevoir un jet destiné à remplacer les DC-3 qui pullulaient sur les pistes du tiers monde.
Le VFW-614 va donc en hériter sa principale caractéristique : ses deux petits réacteurs ne vont pas être placés sous les ailes, mais par dessus. Une solution permettant d’éviter d’aspirer des déchets sur les pistes de décollage en terre, et de réduire la hauteur des trains atterrissage, et donc de faciliter l’accès à bord. Enfin, l’accès pour la maintenance était optimisée.
De très nobles idées, si la question de base avait été soulevée dès le début : les compagnies du tiers monde avaient-elles le budget nécessaire à acquérir et entretenir un avion à réaction neuf ? La réponse était bien entendu non. Aucune n’exprima donc son intérêt pour le VFW-614 qui fut donc modifié pour devenir un petit jet régional. Fokker s’associa aux allemands, et les premiers prototypes prirent leur envol en 1971.
Rolls-Royce qui fournissait les moteurs spécifiques du 614 fit faillite cette année là, et en 1972 le premier prototype s’écrasa, tuant son pilote. Les commandes n’arrivaient toujours pas. Que pensez vous que VFW décida ? De s’obstiner bien sur.
Deux commandes arrivèrent enfin d’une petite compagnie danoise, Cimber Air, suivies par trois commandes d’Air Alsace, huit de TAT (Tourraine Air Transport) et trois de la Luftwaffe. Soit en tout, trois prototypes, seize avions livrés, et quatre autres fuselages assemblés et jamais terminés…
Fokker qui n’avait que faire d’un concurrent à son F28 se retira, les moteurs tombaient en panne et consommaient trop de carburant, et les compagnies se plaignaient des couts d’exploitation du VFW-614. En 1977 une sage décision fut enfin prise : le programme fut tout bonnement annulé, et la production stoppée. Pour ne pas avoir à s’acquitter des frais engendrés par la maintenance des avions en service, VFW les racheta tous en 1981, à l’exception de ceux de la Luftwaffe qui continuèrent de voler jusqu’en 1999. Deux des appareils rachetés continuèrent une brillante carrière comme avions laboratoire, le dernier, pour le projet ATTAS, ayant décollé pour la dernière fois en 2012.
Mal pensé et mal conçu, peu attractif, le VFW-614 fut un ratage sur toute la ligne, et VFW disparut dans la foulée, absorbé par MBB, qui de fusion en fusion deviendra un membre de l’alliance EADS. Si jamais cela vous tentait d’observer de près cet oiseau rare, quelques-uns ont survécu dans quelques musées allemands, dont un transformé en toboggan à celui de Speyer. Sans doute ce qu’il a su faire de mieux.
