1983, Los Angeles. Perdus dans l’hédonisme des dernières années de l’avant-HIV une dizaine de personnages flirtent avec le fond de leurs gouffres respectifs dans une débauche de sexe, d’alcool et de drogues.

– I need something more than this.
– Graham, what else is there ? You already have everything.
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Tout commence par un bruit. Celui que fait une Alfa Spider Aerodinamica quand elle percute de plein fouet une BMW E12 tuant au passage le beau Bruce à la sortie d’une soirée branchée. Les amateurs de shark nose et d’appendices caoutchoutés seront les seuls à verser une larme car de leur côté les amis du jeune éphèbe ne semblent pas s’émouvoir de sa disparition, leur réaction allant du mépris à l’indifférence la plus totale.

Bienvenue dans la haute société de Los Angeles, où des jeunes gens riches et désoeuvrés, rongés par l’ennui et l’ego, basculent dans le cynisme et le détachement, trop occupés à contempler leur reflet dans le miroir pour s’apercevoir qu’ils sont malheureux. Bienvenue dans un monde où la vacuité est un mode de vie. En bref, bienvenue dans le monde de Bret Easton Ellis.

Adapté du recueil de nouvelles du même nom publié en 1994 The Informers (Informers en VF) en reprend la structure : pas d’arc principal mais cinq histoires distinctes qui font se croiser dix personnages dans le Los Angeles privilégié du début des années 80.

Comme dans tout film choral il n’est pas accordé plus d’importance à un protagoniste qu’à un autre. Sortent cependant du lot Graham (Jon Foster) jeune homme de bonne famille qui deale pour tromper l’ennui, Christie (Amber Heard) blonde aux mœurs légères et à l’esprit embrumé et Bryan Metro (Mel Raido) superstar héroïnomane, sorte de Dave Gahan période Songs of Faith and Devotion, qui peine à se rappeler où il habite.

Autour de ce trio principal gravitent pêle-mêle Martin (Austin Nichols) réalisateur de clips à la réputation sulfureuse, Tim (Lou Pucci) aux prises avec son alcoolique de père (énorme Chris Isaak), les parents de Graham (Billy Bob Thornton et Kim Basinger) empêtrés dans un mariage au bord de l’explosion et Jack (Brad Renfro dans son dernier rôle avant son fix fatal), simple portier qui regarde ce monde de paillettes avec envie tandis que son oncle (Mickey Rourke) fait dans le trafic d’êtres humains.

Tous semblent pris au piège de leurs vies, excessives pour les uns, ratées pour les autres, pathétiques et sordides pour la plupart. Le film retrace quelques jours dans cet univers peuplé de créatures qui semblent imperméables à autrui, presque inhumaines, et pourtant étrangement belles dans leur incapacité à communiquer leurs sentiments.

On se souvient surtout des années 80 pour leur esthétique très particulière. La mode, les films, la musique, l’art en général, tout était neuf, pas toujours du meilleur goût mais d’une audace rarement vue depuis. Impossible donc d’envisager un film sur cette période sans s’attacher à en reproduire aussi précisément que possible l’ambiance.

Un travail conséquent a donc été fourni pour peaufiner le style des personnages. Garçons et filles arborent les coupes de l’époque, destructurées, brushées et peroxydées (quoique légèrement modernisées pour éviter l’effet pastiche), quant à la garde-robe c’est un festival de Wayfarers, de couleurs pastel et de blousons Members Only. On frôle la perfection avec le personnage de Cheryl Moore (Winona Ryder) et ses tailleurs bruns aux larges épaulettes sur chemisiers de satin.

Côté automobile, outre le Spider et l’E12 citées plus haut, on croise dans le décor quelques icônes de l’époque -Lincoln Town Car Limousine, DeLorean DMC-12, l’inévitable 911- mais aussi une plus discrète BMW E30 dont la présence fera assurément briller les yeux de quelques Gangers.

Seules ombres au tableau, la photographie trop moderne qui brise par moments le charme et nous rappelle que ce film a été tourné au XXIème siècle ainsi qu’une musique originale un peu fade qui fait pâle figure face à l’excellente sélection de morceaux d’époque (Devo, A Flock of Seagulls, Gary Numan et Simple Minds sont de la partie).

Malgré ce souci du détail et un casting solide The Informers s’est fait éreinter par la critique. On lui a reproché son scénario décousu, son ambiance malsaine, ses nombreuses scènes de nudité jugées gratuites et plus généralement sa superficialité.

Au Blenheim Gang nous ne partageons pas cet avis, et pensons que ces caractéristiques, de par le nihilisme qu’elles suggèrent, rendent le film d’autant plus fidèle au livre -un monument de cynisme- dont il est tiré. The Informers est une plongée vertigineuse dans le côté sombre de la première partie de la décennie 80, les dernières années réellement folles et libres de l’histoire récente, extrêmement créatives et festives mais rongées par l’individualisme et l’argent. On en sort un peu hébété tant le voyage est éprouvant mais c’est incontestablement un film digne de figurer en bonne place parmi les meilleurs Blenheim Movies.

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