Il est temps d’achever notre mission à l’usine Renault de Flins : dernier jour de travail, et quelques anecdotes de la vie quotidienne à l’usine.

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Dernière heure de travail à Flins. Je ne regarde plus l’horloge. Je savoure ces gestes qui me sont devenus si familiers et que je ne reproduirai sans doute plus jamais. Gilles me dit d’arrêter pour discuter. Il est déchiré, lui à qui on refile toujours des intérimaires qui ne veulent pas bosser. Avec moi, dit-il, c’était différent. Il me propose de venir bosser cet été, avec mon expérience il est sûr que je retravaillerai sur sa ligne. Je voudrais tant accepter, après tout le travail n’est pas si pénible, mais non, ce n’est pas possible : j’habite trop loin. Et puis serait-ce pareil sans mes copains dans l’usine ? Gilles se montre sincèrement heureux que l’on ait travaillé ensemble. Benoit vient me voir pour parler de mon stage et de la rémunération. Rien à reprocher : j’ai fait du bon boulot, j’étais motivé, curieux, c’était parfait. Bon, il faut partir, Gilles a les yeux qui brillent, nous nous séparons comme des amis de toujours, mais trop dignes pour se jeter dans les bras l’un de l’autre. J’enlève mes bouchons d’oreille tout de suite pour profiter au maximum du bruit brutal des presses et ne pas les oublier trop vite. Un dernier regard ? Je me retourne sans cesse sur le chemin du retour, emprunt déjà de nostalgie. Une fois dehors, je suis déchiré : est t-il possible d’avoir vécu tant de choses en seulement un seul mois ?

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Quelques souvenirs marquants de l’usine, toujours vivants 13 ans plus tard :

Une des presses du Bâtiment A n’avait pas grand chose à voir avec toutes les autres : toute neuve, un peu à part, elle se distinguait surtout par un manque total d’activité. Jusqu’au jour où une armée de techniciens asiatiques en blouses bleue (impossible à rater) se penchèrent sur son chevet. Ils en sortirent une immense feuille de métal aux angles inédits, qui fut longuement inspectée, avant que des ajustements m’aient lieux durant de longues journées. Cette pièce, un flan de voiture entier à l’exception des ailes avant était intrigante : il s’agissait bien évidement du premier pressage d’un futur modèle – oui mais lequel ? Visiblement, c’était un monospace. Pour nous cela devait être sans doute cet Avantime que l’on nous promettait depuis si longtemps. Perdu, bien sûr : celui-ci allait être produit chez Matra, et surtout être en plastique. Plus tard, dans la rue, nous reconnaîtrons cette pièce comme appartenant à l’Espace IV, que nous avons « découvert » en avant-première.

Renault Espace IV

Sur notre trajet vers les différents postes de l’usine nous croisions régulièrement le chemin incroyablement complexe des convoyeurs suspendus apportant des voitures plus ou moins finalisées vers leur destin. L’un avait particulièrement attiré notre attention : celui qui transportait des caisses de Twingo, sans doute sortant de l’apprêt de peinture, uniformément noires mat. Un de mes copains s’exclama que cela serait une sacrée idée de commercialiser des bagnoles dans cette couleur. Ce que l’on « prototypera » même un peu plus tard, puisqu’un autre étudiant de ma promo peindra sa vaillante R9 (qui n’était plus à une expérimentation près) à la bombe noire mat. Ça avait de la gueule. Une bonne idée dont on ne fit rien. Dommage ?

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À cette époque où les blogs n’existaient pas encore, ils restaient encore quelques recoins de la production automobile qui nous demeuraient obscurs. C’est ainsi que nous sommes tombés ébahis devant quelques Clio badgées d’un curieux « Lutecia » et arborant un volant à droite : il s’agissait des voitures destinées à l’export au Japon. Nous découvrîmes également la Thalia, la Clio à coffre, qui était inconnue sous nos cieux. Quelques-unes d’entre elles eurent un destin peu enviable : ratant son virage, un cariste maladroit n’en percuta pas une mais trois. Qu’advint-il de ces voitures à la tôle froissée ? Direction la benne, sans états d’âme. Réparer ou récupérer quoi que ce soit dessus coûte plus cher que d’en produire une nouvelle. Curieux, l’usine.

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Durant mon stage, l’usine tournait à plein régime pour assembler les premiers exemplaires de la Clio II restylée qui n’était pas encore commercialisée. Problème, il en sortait tellement des chaînes que tout les parkings de Flins se sont retrouvés saturés, et qu’un jour il a bien fallu garer ces Clio excédentaires à l’extérieur de l’usine. Une bonne idée assurément : le lendemain matin toutes les voitures (toutes!) parquées dehors furent retrouvées posées sur leurs disques de freins, leurs nouvelles jantes en alliage envolées dans la nature. Autant de voitures qui finirent vraisemblablement au pilon. Le meilleure de cette histoire ? Quelque jours après que cet incident m’ait été rapporté, un ouvrier est discrètement venu me voir sur ma presse pour me demander si, par hasard, je n’avais pas besoin de jantes pour ma voiture…

Flins-Dauphine

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