Il existe encore des nostalgiques. Ceux pour qui élégance automobile rime avec carrossiers français. Ceux qui se souviennent des Saoutchik, Figoni & Falaschi ou autre Pourtout. Ceux qui se rappellent que Bugatti, Delage et Delahaye fabriquaient jadis les plus belles voitures du monde. Et puis il y a les autres, comme nous, qui laissent cette préhistoire automobile dans les cartons, pour s’attarder plus prosaïquement sur la maigre production de quality-cars françaises depuis les 30 glorieuses.
La Laguna Coupé appartient à une curieuse espèce. Difficile de lui attribuer une quelconque filiation. La dernière fois que Renault a développé un vrai coupé, déjà depuis une berline forcement populaire, nous renvoit à la Fuego, cousine germaine de la R18. Et ensuite ? Le duo R15 et R17 issu de la 12′, puis les Floride et Caravelle dérivées de la Dauphine.
Née fluette, cette lignée de coupés mid-size Renault a gagné avec les années une prestance routière et s’est enfin débarrassée de l’imagerie roturière qui leur collait à la peau. Un simple regard à l’élégance des lignes de la Laguna Coupé suffit pour comprendre que jamais cette wannabe-GT n’aura le triste destin comico-burlesque d’une Fuego…
L’esprit chagrin ne verra en elle que la reproduction d’une certaine idée de la sobre élégance française que la Peugeot 406 Coupé a initié à la fin des nineties. Et alors ? Il n’y a aucun mal à s’inspirer d’un concept réussi, d’autant plus quand celui-ci a été par la suite dénaturé par son initiateur.
Reste une question en suspens. Alors que la carrière de la Laguna Coupé s’approche de son terme, qui pour lui succéder ? Au vu de la surenchère stylistique de l’époque, nous craignons que la réponse ne soit décevante. Et à notre tour, déjà, de succomber doucement à une nouvelle forme de nostalgie…
VISUAL ATTRACTION 6 TWIGGS
Balayons tout de suite les lieux communs. Oui, l’arrière évoque les productions contemporaines d’Aston Martin. Et ? Il y a pire comme comparaison… Et oui, sous certains angles – comme la pure vue arrière- cela ne fonctionne pas forcement très bien. Une Laguna n’a pas tout à fait les mêmes proportions qu’une DB9, plus large et plus basse, voyez-vous.
Il n’y a pourtant guère d’autre points de vue qui soient soumis à critique négative. L’élégance des lignes de ce coupé est assez saisissante et on a peine à concevoir qu’il partage la même face avant que l’insipide berline Laguna. La plus grande réussite est sans doute la chute des spectaculaire arches de pavillon, qui rejoignent élégamment la surface supérieure des ailes arrière, formant un gracieux vitrage latéral en demi-amande. Une classe qui fait oublier le pourtant roturier segment à laquelle elle appartient.
Surprise aussi à bord, où la parenté avec la berline est encore plus proche. Si certains éléments sont datés et bien loin de la finesse au micron du « made in germany », la luminosité est très étonnante, tout comme la visibilité vers l’avant. La planche de bord serait-elle plus basse qu’à l’habitude ? L’impression que la route vous saute aux yeux est saisissante, et contribue à donner l’agréable sensation d’une voiture « différente ».
MECHANICAL THRILLS 3 TWIGGS
Fin de race de l’automobile routière française : comme la Citroën C6 que nous avions essayé l’an passé, la Laguna Coupé termine ses jours uniquement avec des moteurs diesels. Sur cette version Initiale nous avons droit au plus puissant, le V6 3.0 l de 240 ch. Il ne manque donc ni de couple ni de puissance. Mais nous n’avons pas grand chose d’autre à dire à son sujet.
HANDLING 5 TWIGGS
Cela commence mal. Le volant semble franchement décalé par rapport à l’axe de l’assise, ce qui n’a jamais aidé à se sentir bien dans une voiture. Deuxième fiasco, le dci 240 ne peut qu’être accouplé à une transmission automatique. Une vraie, avec tous ses défauts. Agréable en temps normal, il est impossible de compter sur elle en conduite sportive. Le levier dispose d’un mode séquentiel pour forcer les rapports, dont le temps de réaction est d’une lenteur telle qu’il impose une anticipation qui rappelle celle des premières voitures turbo. Ici, il faut sentir le moment optimal pour rétrograder, bien avant même de rentrer en courbe, pour espérer disposer du régime moteur optimal avant de sortir dudit virage…
C’est d’autant plus rageant que les qualités du châssis de la Laguna sont bluffantes. Le système 4Control de roues arrières directrices est stupéfiant d’efficacité. Dans les courbes serrées, la voiture semble tourner sur place, tel un skieur planté sur son bâton, permettant des vitesses de passage sans commune mesure avec les aspirations placides de cette GT. Enfin, à condition d’avoir rétrogradé 10 mètres plus tôt que prévu…
CLASSIC APPEAL 6 TWIGGS
Nous ne nous faisons aucun soucis concernant son succès en aftermarket dans l’hexagone, où elle conserve encore un fort pouvoir de séduction sur le notable des provinces – en témoigne les excellents résultat enregistrés au test du parking des auberges de l’ouest parisien, le dimanche midi. L’élégance de sa ligne et ses airs statutaires devraient lui offrir une carrière moins difficile que celle des autres coupés Renault.
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY 5 TWIGGS
L’élégance de la Laguna Coupé sera votre seule alliée à son volant, mais une alliée de taille. Inutile de mentionner que c’est une Renault, encore moins une Laguna, votre passagère ne devrait normalement se rendre compte de rien. Et si la question est posée, tentez de vendre la voiture comme une Initiale Paris. Cela devrait faire impression, de plus c’est ce qui est marqué dessus. À mensonge, mensonge et demi…
BLENHEIM FACTOR 3 TWIGGS
Verdict sévère ? Aussi séduisante et réussie soit-elle, une voiture doit offrir des sensations de conduite supérieures pour prétendre à un Blenheim Factor plus élevé. Nous ne parlons pas forcement de sportivité, mais force est de constater que l’association d’un moteur diesel et d’une boite automatique datée ne pouvait que délivrer une expérience ternie. Dommage, nul doute que si elle était encore motorisé par le V6 3.5l essence, nous nous serions montrés pour le moins plus enthousiaste envers une voiture qui a le mérite certain d’exister. Ne souriez pas, c’est aujourd’hui suffisamment rare pour le souligner.
4.7Note Finale

