Le Mans, un vendredi pluvieux de novembre. On a connu plus engageant comme perspective, d’autant qu’une panne de réveil est venue parfaire ce démarrage un peu difficile. Qu’est ce que je suis venu faire ici déjà ? Deux cafés plus tard, je commence à retrouver mes esprits. Premier constat : les lieux me sont familiers. En revanche, la dernière fois que je me suis retrouvé dans l’enceinte du circuit de la Sarthe, il y avait plus de bruit, plus de bière et beaucoup plus de monde.
Cela dit, le calme apparent ne masque pas totalement les bruissements qui me parviennent des coulisses. Aujourd’hui se tient une des manches du P-Zero Experience, et les conditions plutôt douteuses n’ont pas l’air de refroidir qui que ce soit. En ce qui me concerne les consignes sont assez simples « On va te jeter dans un maximum de voitures, un coup en passager, un coup en conducteur. Voila. Fais en sorte de t’amuser. » Facile.
Le temps de digérer le briefing servi par Jean Alesi – reconverti en ambassadeur Pirelli – et me voilà installé au volant d’une Audi R8, avec dans mon pare-brise la sortie des stands et le Dunlop. Inutile de jouer les désabusés, c’est un choc. Tout comme les trois tours du Bugatti qui suivront. Je ne comprends ni le tracé, ni la voiture, ni les instructions pourtant avisées de mon passager. Conscient de mon inexpérience sur piste, je ne cherche pas vraiment d’autre explication.
Il ne faudra pas attendre longtemps pour que l’on m’invite à prendre une leçon, en passager cette fois. Le premier acte se joue à bord d’une 458 Challenge, pilotée à la manière d’un interrupteur. Deux position : plein gaz ou plein frein. Brutal mais efficace. L’auto se faufile entre les participants à une allure déconcertante, et manque au passage d’en surprendre quelques uns.
La suite est assurée par le même Jean Alesi que tout à l’heure, débonnaire, se livrant à un numéro d’equilibriste avec les lois de l’adhérence. Vu sa décontraction, je n’ai assisté ici qu’à un aperçu de ce qui me sépare d’un pilote. Et c’est déjà bien assez.
Lorsqu’en fin de matinée on me propose le volant d’une 991 Carrera 4S, j’ai eu le temps de méditer sur les événements, et contre toute attente, je me sens nettement plus détendu. Dès le premier tour l’impression se confirme, cette fois je ne subis plus, j’agis. Et c’est d’autant plus gratifiant que la Porsche y met du sien, restituant ce qui se passe de manière bien plus vivante et précise que l’Audi. La 991 bouge, se tasse : elle se déplace sur la piste. Dans le cas de la R8, c’est la piste qui se déplace autour de la voiture. Je n’imaginais pas constater des différences aussi marquées en seulement quelques tours, surtout s’agissant d’autos proches à bien des égards. L’opportunité de rouler sans ménagement y est certainement pour beaucoup.
A l’heure du bilan, gentiment secoué et loin de me sentir enhardi, j’ai surtout appris que Le Mans en novembre c’est un peu comme le littoral hors saison. On y bronze beaucoup moins, mais c’est aussi nettement plus vivifiant.
