5 semaines séparèrent le GP d’Allemagne de celui d’Italie, disputé à Monza. C’est long, mais pas autant que ce que vous avez attendu pour lire la suite de cette fameuse saison 1968 de Formule 1.
Rappelez-vous, au moment de quitter le Nürburgring, les écarts en tête du championnat sont serrés. Graham Hill, second de la course, met fin à une longue série d’abandons, et reste en tête du championnat avec 30 points. S’il a creusé l’écart avec un Jacky Ickx qui le talonnait jusque là (23 pts), le vainqueur de la course, Jackie Stewart, pointe maintenant à la seconde position avec 26 points. Le 4e, Denny Hulme, et ses 15 pts, semble bien loin pour menacer ce trio de tête.
Pedro Rodriguez, Owen Racing Organisation, BRM P138
La chance a t-elle enfin tourné pour Hill, qui fête à Monza sont centième Grand-Prix ? Après une qualification qui le place en seconde ligne, un bon résultat en course est a sa portée. En pôle, on retrouve la Honda RA301 de Surtees – qui après la mort de Schlesser à son volant à Rouen, refuse toujours de piloter la nouvelle RA302 en magnésium – aux côtés de Bruce McLaren sur la M7A qui porte son nom et Chris Amon sur Ferrari 312.
- John Surtees, Honda Racing, Honda RA301E
- Johnny Servoz-Gavin, Matra International, Matra MS10
- Piers Courage, Reg Parnell Racing, BRM 126
Mais la sensation de cette qualif furent les très bons temps réalisés par l’américain Mario Andretti, sur une 3e voiture engagée par Lotus, et son compatriote Bobby Unser sur BRM – tous deux découvrent ici la Formule 1. Nos deux larrons avaient prévus de quitter Milan le soir des qualifs pour prendre l’avion direction le speedway de l’Indiana State Fairgrounds, à Indianapolis, pour disputer les Hoosier Hundred le samedi, et revenir à Monza pour le GP le dimanche. Ambitieux, d’autant plus que les organisateurs leur rappellent qu’il est interdit de participer à une autre course à moins de 24h du départ d’un GP de Formule 1. Plus attirés par les sirènes (et surtout les dollars) de l’USAC Championship, nos deux américains ne reverront plus l’Italie du week-end.
Revenons à notre course, où figurent d’autres invités surprises – à Monza les équipes alignent traditionnellement une voiture supplémentaire. Ainsi Johnny Servoz-Gavin pilote une Matra à l’occasion de son 2nd GP, Derek Bell fait ses débuts en F1 chez Ferrari, et Davis Hobbs effectue une pige pour Honda.
Les premiers tours du GP voient Surtees et McLaren se disputer la première place, prenant successivement la tête de la course. Ce qui ne va pas durer : au 9e tour, Amon perd le contrôle de sa Ferrari sur une flaque d’huile laissée par une Honda, et part en tête à queue dans le rail. S’étant retrouvé juste derrière lui, Surtees ne peut l’éviter. Ce sont les premiers abandons de marque, après ceux d’Elford et de Bell. Ce ne seront pas les seuls : l’infortuné Hill perd une roue au 11e tour, cela devient une habitude, Gurney surchauffe au 19e, le moteur de Rodriguez lâche au 22e, celui de Rindt au 33e. Le héros du jour, McLaren, abandonne suite à une fuite d’huile au 34e, Oliver sur un problème de transmission au 38e, Hobbs et Stewart (un temps second, en position de gagner) perdent tous deux leurs moteurs au 42e ; Brabham perd sa pression d’huile au 56e et la suspension de Siffert (dans le trio de tête) lâche au 58e… Une véritable hécatombe.
Chris Amon, Scuderia Ferrari SpA SEFAC, Ferrari 312
Ce qui nous laisse très exactement avec 6 voitures à l’arrivée, soit autant que de places dans les points – c’est pratique. Devant, la victoire ira à la McLaren de Hulme, qui n’aura connu aucun problème et passe tranquillement la ligne d’arrivée avec plus d’une minute et vingt-huit secondes d’avance sur le second.
- Jackie Oliver, Gold Leaf Team Lotus, Lotus 49B
- Le départ, la 3e ligne : Derek Bell (#7), Denny Hulme, le ftur vainqueur (#1) et Jackie Stewart (#4)
Mais qui est-il ce second ? Les tifosi acclamaient déjà Ickx, mais le pilote belge a dû s’arrêter pour ravitailler et voilà que se profile derrière lui la Matra de… Servoz-Gavin ! La Ferrari était équipée d’un aileron mobile commandé par le pilote, qui devrait lui donner un avantage, sauf que le voyant indiquant sa position sur la voiture d’Ickx ne fonctionnait pas correctement, rendant son utilisation des plus aléatoires. Dernier virage : la Ferrari émerge de la Parabolique devant la Matra, hourras de la foule. Mais il reste la longue ligne droite à franchir, et la Matra revient irrésistiblement, collée à l’aspiration, 30 km/h plus vite. Ickx essaye de se débarrasser du français, mais son moteur n’en peut plus, et voici Servoz-Gavin qui le déboite pour passer en seconde position in extremis. Ça sera le meilleur résultat de sa courte carrière en Formule 1 (13 GP en 4 saisons). Derrière eux, à un tour, la BRM de Piers Courage finit quatrième, suivie par la Matra de Beltoise à 2 tours, et la McLaren-BRM de Bonnier à 4 tours.
Jacky Ickx, Scuderia Ferrari SpA SEFAC, Ferrari 312
Avec l’abandon de Stewart et de Hill, Ickx marque toutefois de précieux points qui le replacent en seconde position derrière Hill : 30 pts pour l’Anglais, 27 pour le Belge, qui repasse devant Stewart et ses 26 pts. Mais en manquant à 4 dixième près la seconde place, il a également perdus de précieux points dans la course au titre… Hulme, peut sourire sur le podium : s’il est toujours 4e au championnat, avec 24 pts, il recolle désormais au groupe de tête, et avec encore 3 GP à courir sur le continent américain, tout est encore possible !
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