Le Blenheim Gang se plonge dans l’histoire de la Formule 1 et voyage dans le temps jusqu’à la saison 1968. 1967 aurait la préférence de bien des puristes, première année de la course à la puissance – qui ne va jamais cesser, et dernière où les voitures avaient encore une totale pureté esthétique. Pour toutes les raisons qui font que les « amateurs » rejettent 1968, nous lui donnons sa préférence. Première saison de la F1 moderne, elle voit apparaître les sponsors non automobiles, l’abandon progressif des couleurs nationales sur les autos et la naissance des ailerons, prélude à la domination de l’aérodynamisme. Elle verra aussi disparaître tragiquement bien des pilotes de « l’ancienne garde » et les premiers tours de roues de futures gloires…

La saison commence un premier janvier (pourquoi pas), à Kyalami, en Afrique du Sud. Faisons un rapide tour des forces en présence :

Le champion du monde en titre, Denis Hulme, a rejoint la jeune écurie de son compatriote Bruce McLaren. La M7A utilise le nouveau Cosworth DFV (qui entrera bientôt dans la légende), dont Lotus a perdu l’exclusivité. Mais cette voiture n’est pas présente aujourd’hui : McLaren ayant préféré disputer le championnat de Tasmanie, Hulme se retrouve seul, et avec la voiture de l’année dernière.

Son ancien co-équipier, et patron d’écurie, Jack Brabham l’a remplacé par l’autrichien Jochen Rindt, qui végètait chez Cooper. Robustes, les Brabham (ci-dessus) étaient les dernières autos à ne pas pas faire le choix d’une structure monocoque, et leur moteur australien Repco privilégiait la fiabilité plutôt que la puissance. Lotus reconduit son équipe de choc : le double champion du monde Jim Clark, qui a égalé en octobre 1967, au Mexique, le record de victoire de Juan Fangio ; et le champion 1962, Graham Hill. Chez Ferrari, Chris Amon et toujours là, accompagné de deux petits nouveaux : le Belge Jacky Ickx (22 ans) et l’Italien Andrea de Adamich.

Enfin, la plus grande nouveauté de l’année (et seule nouvelle voiture présente ce 1er janvier), l’équipe Matra fait ses débuts en F1, avec deux équipes. Deux ? Oui, car si l’industriel français veut absolument imposer son V12 maison, Ken Tyrell préfère de loin l’option du V8 Cosworth DFV. On retrouve donc une équipe française, Matra Sports, et une anglaise, Matra International. Mais on n’en est pas encore là : à Kyalami, la voiture engagée aux mains de Stewart, la MS9 est une F2 modifiée aux normes F1 , avec le Cosworth (c’est d’ailleurs la seule vrai nouveauté présente sur la grille !); alors que Beltoise se contente d’une F2 lestée (ci-dessous).

Au départ, alors que Clark est en pôle, c’est la MS9 de Stewart qui bondit littéralement en tête ! La Matra mène sa toute première course de F1 ! Pas pour longtemps, Clark reprend la tête au second tour, pour – à son habitude – ne plus la lâcher.

C’est donc derrière que la bagarre fait rage. Hill, 3e, fait un tête à queue dont profitent Rindt et Brabham, qui va bientôt perdre un ressort de soupape. Enragé, Hill remonte à la seconde place, et voici les deux Lotus qui mènent au 27e des 80 tours !

À ma mi-course, le moteur de Stewart lâche, victime de la chaleur étouffante, le contraignant à l’abandon. Rindt se retrouve troisième. Clark, lui, est survolté : il a pris un tour à tout le monde ! Une avance suffisante pour gérer la fin de la course. Hill et Rindt le repassent, donnent tout ce qu’il peuvent pour essayer de le rattraper, mais ça sera trop tard pour battre le génial Écossais .

Les positions ne changent plus jusqu’à l’arrivée. 25e victoire pour Clark, qui bat le record de Fangio. Hill est second, Rindt troisième. Et ensuite ? Le 3 autres à marquer des points sont Amon, Hulme et… Beltoise avec sa F2, à 3 tours – tout de même. Si les Lotus se montrent dominatrices, l’équipe Matra a autant impressionné que les Ferrari ont déçu (accident pour De Adamich, panne moteur pour Ickx). De quoi se donner quelques idées pour la suite du championnat ?

Il faudra attendre 4 mois pour le prochain grand prix, à Jarama, en Espagne. Une longue période durant laquelle les pilotes vont participer à bien des courses. À l’exemple de Jim Clark, parti disputer une épreuve de F2 à Hockenheim, le 7 avril. On ne sait pas très bien ce qui se passe ce jour là, peut-être un pneu qui a explosé : le malheureux percute un arbre à 240 km/h. Le champion meurt sur le coup, Kyalami aura été son chant du cygne.

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Texte : Yan Alexandre