En 1978, Buick présente sa nouvelle Regal, une famille de voitures articulée autour de la nouvelle plate-forme G-body du groupe GM (appelée jusqu’en 81 A-Body), une plate-forme plus compacte destinée à concurrencer ces imports qui commencent à grignoter des parts de marché sur le sol américain. La star de cette gamme est le coupé 2 portes qui perdurera jusqu’en 1987, alors que le break et la berline auront une carrière plus brève. Un coupé mid-size au standards US, ce qui ne l’empêche pas de pouvoir embarquer 6 passagers sur ses deux banquettes, et dont la principale caractéristique est d’être motorisé par de « petits » V6 3,2 et 3,8 l aux côtés d’un V8 optionnel. Des V6 qui peuvent être turbocompressés (version Sport Coupé) un cas alors unique sur une production américaine.

Ce moteur apparaît au catalogue Buick en 1962, une époque à laquelle il ne trouve pas son public. Buick le revend donc à Kaiser qui va le monter sur les Jeep. La crise du pétrole aidant, l’Amérique se sensibilise aux économies d’essence. Buick revient sur son idée et le rachète donc à Kaiser, devenu depuis AMC. Le turbo va faire sa première apparition en 1976 sur une voiture unique : le pace-car officiel Buick Century des 500 miles d’Indianapolis, qui troque son V8 trop peu performant pour une version suralimentée de son V6 3,8l. Devant le succès de l’opération, ce moteur est lancé dans la foulée au catalogue du constructeur. Avec 150 ch, il n’est pas destiné à offrir de hautes-performances, mais surtout à donner à l’économe V6 l’agrément d’un V8. Sa principale caractéristique est l’ESC, un inédit système électronique de calage d’allumage évitant le cliquetis, remplaçant les systèmee d’injection de mélange eau/alcool des précédentes voitures turbo américaines.

La carrière de la Regal est placide jusqu’en 1981, année où un simple restylage va profondément bouleverser son destin. De quoi s’agissait t-il ? Simplement d’adoucir l’angle de la calandre avant et du panneau arrière, ce qui va améliorer considérablement l’aérodynamique de la Regal. Résultat, elle devient instantanément une des voitures les plus performantes du championnat NASCAR, Richard Petty remportant à son volant l’édition 1981 des Daytona 500. Buick rafle ensuite le titre constructeur 1981 et 82.

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La même année, la Buick Regal est choisie comme pace-car officiel des 500 miles d’Indianapolis. Cette voiture met en avant le nouveau logo Buick V6, utilisé sporadiquement auparavant, sur ses ailes avant. Il représente aussi bien un 6 jaune et rouge, que le B de Buick, mais aussi le mouvement d’air dans le turbo. Paradoxalement, le pace-car utilisait une version du V6… atmosphérique, mais gonflé à 280 ch.

Buick Regal Grand National '82

Buick Regal Grand National ’82

Les succès en « NASCAR Winston Cup Grand National Series » vont décider Buick à lancer une version commémorative de en 1982 : la Regal Grand National. C’est le retour de la bonne vieille recette du « gagner le dimanche, vendre le lundi »… Cette première série limitée (100 exemplaires prévus, 215 au final) était réalisée par Cars and Concept sur la base de Regal grises sombres sorties de chaînes.

Elles recevaient chez le préparateur une large bande de peinture argentée sur les flancs, une calandre et quelques détails de carrosserie noirs, un spoiler et un aileron, un V6 atmosphérique gonflé à 4,1l , des suspensions affermies, un toit T-top, des roues en aluminium et un intérieur spécifique avec tout le luxe de l’époque ainsi que des sièges spéciaux. Et un large autocollant BUICK sur les ailes arrières. Le tout pour 15 480 $, contre 8 702 $ pour une Regal de base ! Seule une poignée de voitures équipées du V6 3,8 l turbo recevront le package Grand National, elles sont reconnaissables à leur bossage de capot. En 1982, la Grand National fut avant tout un exercice cosmétique, mais Buick n’allait pas en rester là…

Buick Regal T-type '84

Buick Regal T-type ’84

En 1983, la seule version sportive au catalogue est la T-Type qui remplace la Sport Coupé, avec une puissance accrue de son V6 turbo passant à 190 ch. Pendant ce temps, chez Buick, on s’active à créer une nouvelle Grand National, avec des ambitions à la hausse.

Un prototype est réalisé, avec quelques modifications esthétiques : un spoiler plus aérodynamique (qui ne sera pas retenu, l’aéro actuelle fonctionnant déjà très bien, les voitures étant imbattable en compétition) et une nouvelle calandre, elle aussi plus aérodynamique. Le moteur turbo évolue avec une injection séquentielle et un allumage électronique, permettant d’atteindre les 200 ch et 407 Nm de couple. Le proto est rouge, mais cette couleur ne sera pas retenue, comme l’explique Steve Pasteiner, son designer : « Nous avons essayé différentes couleurs, mais le noir s’est imposé en référence à Dark Vador, le méchant de la saga de la Guerre des Étoiles. En fait, la sonorité même des premiers prototypes rappelait la respiration de Dark Vador. »

Buick Grand National

Buick Grand National

L’impressionnante Buick Grand National, toute de noir vêtue, est lancée en 1984. Car and Driver annonce «  Lord Vador, your car is ready ». Et quelle voiture ! Une véritable bombe qui ressuscita la mythique appellation de « muscle car ». Pour la première fois sur le marché américain, un moteur V6 se permettait des performances supérieures à celles des V8, tout en offrant des chiffres de consommation sans commune mesure… Et dans une sonorité pour le moins déroutante pour les aficionados de big blocks ! Pire, la Corvette elle-même était menacée.

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Buick Grand National

En 1986, la Grand National évolue sensiblement, avec un nouveau collecteur d’admission, une électronique revue et surtout avec l’ajout d’un intercooler, boostant ainsi la puissance à 245 ch et le couple à 481 Nm. À noter que les Regal T-type proposent alors exactement la même mécanique… avec en plus le choix de la couleur ! L’année suivante le pack WE4 est disponible également, similaire à le Grand National, il s’agit en fait d’une version allégée, et donc encore plus performante. Environ 9 600 Grand National furent produites avant 1987 et 1 547 WE4.

Le remplacement par General Motorsde la plate-forme G-Body par les H-Body et W-Body, toutes deux à traction avant, était prévu pour la mi-87 . Une révolution culturelle qui allait mettre un terme au programme de voitures hautes-performances Buick. Soudain, les amateurs se ruèrent sur la Grand National qui apparaissait comme la dernière propulsion sportive (et à turbo) de le marque. Deux décisions furent alors prises chez Buick : relancer une série de 10 000 GN (!) et en extrapoler une évolution encore plus radicale, destinée à être « la plus rapide supercar de l’histoire de GM », la « Grand National ultime » : la Buick GNX.

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Buick GNX

GNX comme « Grand National Experimental », ce qui n’est pas peu dire : la voiture est modifiée par ASC/McLaren (Rien à voir. McLaren Engines, aujourd’hui McLaren Performance Technologies est un bureau d’étude du Michigan, fondé par Bruce McLaren à l’époque du CanAm – il n’a aujourd’hui aucun lien avec le constructeur anglais, si jamais il n’en a eu un… ). Son moteur reçoit un turbo Garrett T3 spécifique à turbine en céramique, un nouvel intercooler optimisé à revêtement céramique/aluminium, une nouvelle cartographie moteur, un nouvel échappement, une nouvelle transmission et un train arrière profondément revue empêchant le différentiel de bouger sous l’effet du couple et limitant le patinage des roues.

Buick GNX

Buick GNX

Quelques modifications esthétiques sont apportées dehors comme dedans, les plus visibles étant la pose d’extracteur d’air sur les ailes avant, des passages de roues élargies et de superbes jantes BBS peintes en noir. Résultat 276 ch et 488 Nm de couple, un ¼ de miles abattu en 13,2s et un 0 à 60 mph couvert en 4,3s (une seconde de moins que les GN). Il n’en existera que 547 exemplaires, tous vendus avant même le début de leur production, et considérés aujourd’hui comme de véritables collectors.

Avec la Grand National, Buick a réinventé les muscle cars, en leur faisant passer le cap technologique des années 1980. Une voiture d’un nouveau genre, qui s’avérera être également la dernière de l’espèce et, dans le cas dde la GNX, un véritable monstre sacré de son époque. Et combien de voitures peuvent se vanter d’avoir été adoubées par Dark Vador ?

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