Ce n’est un secret pour personne : Volvo doit sa notoriété à de grands breaks solides et sécurisants. De quoi se bâtir une indéfectible image de constructeur prudent et raisonnable, propre à ravir une clientèle à l’instinct de conservation surdéveloppé, mais pas les membres du Blenheim Gang. Ces derniers se souviendront toutefois de quelques coups d’éclat, dont la 850 T-5R pourrait bien faire partie.
L’histoire sportive de la 850 se joue en deux actes, dont le premier aura pour théâtre la saison 1994 du British Touring Car Championship (BTCC). Cette édition sera marquée par l’arrivée sur le plateau de deux nouvelles équipes « constructeur » : Volvo 850 Racing et Alfa Corse.
L’Alfa Romeo 155 TS empochera largement le titre constructeur, grâce aux efforts combinés de son équipement aérodynamique et de son pilote Gabriele Tarquini. Ce dernier, qui court pour la première fois en BTCC cette année là, se verra également sacré champion.
De son côté, le constructeur suédois devra se contenter de résultats sportifs plus modestes, malgré sa précieuse alliance avec Tom Walkinshaw Racing. Cependant, tout bénéfice ne sera pas perdu, car faire courir des autos semblables à celles que l’on peut trouver chez les concessionnaires relève autant du marketing que du sport. Volvo l’a parfaitement compris, et c’est donc leur porte-étendard qui prendra place sur la grille… un break, naturellement !
A notre connaissance, cette saison 1994 de BTCC reste donc l’un des rares cas dans l’histoire du sport automobile où l’on verra courir une authentique Estate. L’année suivante, la 850 reprendra des allures plus conventionnelles à la faveur d’un changement du règlement de l’épreuve.
Toute cette street cred durement acquise ne pouvait rester inexploitée. C’est ainsi que le second acte débute, sur route ouverte cette fois, avec la T-5R.
Autant être franc, le modèle civil n’a techniquement que peu de points communs avec l’auto de course : peu importe, l’aura de la compétition est bien présente. Elaborée sur la base d’une T-5, et de son 5 cylindres turbo de 2,3L, cette déclinaison se distingue par l’adjonction d’un système d’overboost. De quoi gagner temporairement une quinzaine de chevaux, ce qui en fait quand même 240 en tout, et s’assurer de performances plus que respectables (dont un 6.7s de 0 à 100 km/h).
Si l’offre se limitera à 3 coloris, dont un jaune très caractéristique des autos les plus performantes de l’époque, la T-5R sera en revanche disponible aussi bien en berline qu’en break. Cette dernière variante, dotée de série de jantes gris-titane à 5 branches, cultive une ressemblance de bon aloi avec son inspiratrice.
La stratégie savamment orchestrée s’avère payante dès le lancement de la T-5R (en 1995). Le succès rencontré aura pour effet de pérenniser le modèle sous l’appellation 850 R dès le millésime suivant. Cette reconduite s’accompagne également d’une augmentation de la puissance – 250ch, et de manière permanente cette fois – mettant le train avant à plus rude épreuve encore.
Jouissant d’une légitimité enviable, qu’il s’agisse de transporter une étagère en kit ou de prendre un départ tonitruant du « stop » le plus proche, cette Volvo reste un jalon dans l’histoire des breaks sportifs. Une preuve de plus, s’il en fallait encore, que la vie de famille s’accommode mieux qu’on ne le dit d’un brin de folie automobile.






Les commentaires
Souvenir d’une époque où un bon père de famille venait bousculer les GTI le dimanche matin à Folembray avec son discret break Volvo…
Ah, ce jaune si caratéristique qui tranchait dans la brume de Milan en hiver ! Il rappelle le Dakar yellow des M3 e36.
ou le jaune Louxor de la 406 coupé
[…] Au gré des années, la marque explorera le concept sous toutes ses variantes du break de chasse au break de compétition, en se concentrant tout de même sur des interprétations éminemment familiales et sécurisantes. […]
J’ai possédé un break T5 (en bleu métal), qui était la base de ce T5-R. Le T5 ne faisait « que » 220 chevaux (de mémoire) mais c’était déjà un joli missile… qui permettait de rouler à des vitesses incroyables tout en transportant une armoire normande. Le 5 cylindres était vraiment une réussite totale. Une sonorité bien rauque, un turbo qui tapait, tout y était. Je lui ai mis 380 000 kms avant d’avoir un premier et sérieux problème moteur qui a fait que j’ai dû m’en séparer. A regrets. Si vous avez l’occasion d’en essayer une, allez-y, c’est assez dépaysant
Ou comment concilier l’habitabilité d’un corbillard, avec la puissance d’une sportive, le tout sous une robe clinquante et si merveilleusement kitsch!!
A collectionner d’urgence, tant ces breaks fiables de course ont souvent mal finis…en trouver un aujourd’hui en parfait état d’origine relève déjà du défi!!
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