Brasilia n’est pas née d’un fantasme du président Juscelino Kubitschek. Depuis l’indépendance du Brésil en 1822, le projet de déplacer la capitale se transmet de gouvernement en gouvernement. En 1956, la décision est enfin prise. A l’époque, les investisseurs étrangers croient au nouvel eldorado et financent largement l’économie du pays. Construire au milieu de nulle part une ville de 300 000 habitants en moins de 5 ans est une gageure qui sera relevée au prix de travaux qui durèrent jours et nuits.
Mais revenons-en aux faits : le Brésil des années 1950 est pauvre et deux villes côtières concentrent l’activité économique. Brasilia fut construite en réponse à cette situation, afin de recentrer l’administration et d’attirer les populations verre l’intérieur des terres. A plus de 2000 km de la côte, à 1100 m d’altitude, le site de Brasilia est choisi à l’encontre de toute la tradition urbaine du pays qui a délaissé les hauts plateaux du centre, trop arides et trop difficiles d’accès. Le terrain est vierge, et les premiers chantiers sont ceux des routes à construire pour acheminer les matériaux.
Juscelino Kubitschek fit donc appel à Oscar Niemeyer pour concevoir les bâtiments de la nouvelle capitale, tandis que l’urbaniste Lucio Costa imaginait le « plan pilote » qui donne une structure si particulière à la cité. Comprenez par là que la ville est organisée autour de deux axes principaux se croisant en angle droit : un axe légèrement incurvé portant des habitations et l’autre, droit, long de six kilomètres regroupant les principales administrations. Ainsi, vu du ciel, le schéma originel de la ville ressemble à un oiseau qui vient buter contre une retenue artificielle.
Oscar Niemeyer a donc le lourd privilège de faire s’élever sur le plan de Costa les bâtiments qui doivent le jalonner symboliquement et ancrer Brasilia dans la réalité. Ses principales réalisations sont réparties autour de l’Eixo monumental qui s’achève par l’esplanade des ministères avec, à sa pointe, la place des trois pouvoirs. Nous retiendrons ici, le congrès national, le palais de l’Alvorada et la cathédrale. Les bâtiments sont pleins de courbes et de symbolique, jeu subtil entre leur masse et leur ossature.
Ainsi le congrès est surmonté d’une coupole concave, symbole d’ouverture ; le Sénat possède une coupole convexe, symbole de réflexion. Deux tours reliées par une passerelle, forment le H d’Humanité.
Le palais de l’Alvorada fut inauguré dès 1958, deux ans avant l’inauguration officielle de la ville. Son nom lui fut donné par Juscelino Kubitscheck, qui avait l’habitude de dire que « Brasilia est une nouvelle aube dans l’Histoire du Brésil ». Malraux dira des colonnes de ce palais qu’elles sont l’élément architectural le plus important après les colonnes grecques, ces colonnes donnant l’impression que l’édifice est à peine posé sur le sol.
La cathédrale, quant à elle, est un défi aux lois de la gravité : sa structure constituée de 16 colonnes représente deux mains se rejoignant en direction du ciel ; l’espace dégagé entre les colonnes compose la verrière qui assure l’éclairage naturel de l’édifice.
Le long du second axe de la ville – l’Eixao – les quartiers résidentiels s’organisent en superquadras, unités d’habitations fonctionnelles et auto-suffisantes : centre commerciaux, écoles et parcs sont à proximité. L’Eixao traverse l’Eixo monumental par un tunnel. A l’intersection des deux axes se trouve la station centrale du réseau d’autobus et terminale du métro, que surplombe un gigantesque centre commercial. Une conception urbaine que Le Corbusier n’aurait pas reniée.
Les efforts de Niemeyer pour traduire dans son langage d’architecte l’utopie égalitaire de Kubitschek ne servirent à rien. La ville reproduisit les stratifications classiques du Bresil : faute d’argent pour vivre à Brasilia, les ouvriers s’installèrent dans des bidonvilles en périphérie. Aussi imparfaite soit-elle, la ville est pourtant devenue un des pôles d’attraction du Brésil central, mais comme par défaut : sa population est aujourd’hui de plus de 2,5 millions d’habitant, qu’elle ne peut loger et refoule dans des banlieues à peine aménagées.
Le contexte socio-économique mis à part, nous retiendrons qu’Oscar Niemeyer use à Brasilia du béton dans un jeu inattendu de lignes droites et de courbes. Il se démarque des raides angles droits du mouvement moderne pour greffer des éléments cylindriques qu’il décrira comme « la sensualité des courbes que je trouve dans les montagnes de mon pays, dans le cours sinueux de ses rivières, dans les vagues de l’océan et sur le corps de la femme aimée ».

Les commentaires
Notez qu’à l’occasion du cinquantenaire de son inauguration, la galerie new yorkaise 1500 expose les photographies qui retracent la construction de la ville.
http://www.1500gallery.com/index.php?mode=gallery§ion_id=116
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