Ça y est c’est la fin : voici la dernière journée de la Blenheim Coupe des Alpes 2011. Enfin, presque, car il reste encore quelques 350 magnifiques kilomètres à parcourir… et quelques frontières à franchir !Au réveil du quatrième jour, nous découvrons enfin pleinement le magnifique paysage depuis notre gîte du Collet d’Allevard. Face à nous se dresse le Massif de la Chartreuse, dont les sommet surnagent par dessus une nappe de nuage. Somptueux.

Alors que Giovanni reprend la route de Paris, nous quittons Allevard comme nous l’avons rejoint : par les petites routes desservant les villages de montagne. Le ciel est bleu, les prairies verdoyantes et les oiseaux gazouillent. Tout va bien, donc, jusqu’à un étrange panneau indiquant “route non viabilisée”. Tiens, qu’est ce que cela veut dire ? La route est pourtant présente et sur les cartes et sur notre roadbook. Nous ne tarderons pas à comprendre.

Si ce chemin en terre ne nous fait pas peur – on en a vu d’autres – lorsque l’on rencontre un fossé d’écoulement d’eau tellement profond que la BMW racle, on se dit que forcement les autres ne passeront pas. Non viabilisé donc. Demi-tour, et au diable le road-book, on est bien forcés… Nous jardinons donc copieusement, d’autant plus que les villages du cru ont la fâcheuse tendance à se dédoubler entre “le haut” et “le bas”, se terminants en impasses lorsque l’on ne choisit pas le bon. Re-demi-tour. Heureusement on rattrape l’itinéraire avant l’énervement général. Oublions donc les chemins de traverses interminables, et optons pour la rapide nationale pour rejoindre Bourg St-Maurice depuis Albertville.

Là, enfin, la route monte de nouveau sec vers la station de la Rosière, porte d’entrée du mythique Col du Petit St-Bernard, qui s’ouvre sur l’Italie. Enfin, de l’exotisme !

Avant d’atteindre la station, nous croisons quelques autos colorées qui semblent faire la même chose que nous, mais en sens inverse.

Nous atteignons les 2000m et retrouvons cette végétation rase des hautes montagne, qui fait tous les charmes de ces grands cols. La route oublie les épingles et file tout droit vers le dernier refuge avant la frontière, point d’arrêt obligatoire.

Cette fois pas de boutique de confiserie pour Mr.Langchamps, il faudra donc se rabattre sur l’étal des souvenirs. Une peluche de St-Bernard, ou quelques pantoufles du même genre, feront parfaitement l’affaire. Ainsi qu’un petit Génepi, pour faire bonne mesure.

Au milieu de la route, l’ancienne guérite des douaniers est toujours présente (en pleine rénovation), mais les barrières ont disparu. Checkpoint Charly en moins angoissant. On s’immagine à une époque contemporaine de la BMW 1600ti, à devoir présenter passeport et ouvrir le coffre pour une fouille en bonne et due forme. “C’est bon vous pouvez y aller”. Fini de revasser, on passe la frontière comme si on changeait de département, mais pas de doute, la signalétique a changé : nous avons bel et bien quitté la France !

La descente vers La Thuile se fait pleine d’impatience. À quoi va donc ressembler se premier village italien ? À pas grand chose de différent en fait. La végétation ne change pas, et l’architecture non plus. Zut. La langue non plus. Tiens, tout est écris en français ici. Étrange, étrange… Et pas du tout dépaysant. Misère !

Nous délaissons Courmayeur, route directe pour Chamonix pour tourner vers l’est et s’enfoncer – un peu – dans le pays vers Aoste. Morgeix et traversée en VF encore. Et ce n’est qu’à l’approche de la principale ville de la région que l’on verra notre premier panneau en italien : AOSTA. Suivi d’un AOSTE bien français. Mais que se passe t’il ici à la fin ? On apprendra plus tard que le Valle d’Aoste a un statut d’autonomie et que le français y est langue officielle. Heureusement, Aoste est bien italienne : banlieue affreuse, circulation effroyable, stationnement impossible et enfin… magnifique centre ville piéton, où l’on déguste d’excellent sandwich – faute de mieux – à la première charcuterie venue. Ouf !

Nous repartons le ventre plein vers le prochain col, celui du Grand St-Bernard, lui aussi frontalier, mais avec la Suisse.

La solution de facilité est d’emprunter un interminable tunnel qui traverse la montagne et atterri au beau milieu d’un vallon Suisse. Pas pour nous, au dernier moment, une route bifurque et prend de la hauteur pour passer réellement le col. Détail amusant, le tunnel n’en est pas vraiment un, plutôt un long tube rectangulaire en béton construit souvent à même le sol, avant de s’enfoncer à proprement dit dans la roche. Nous passons parfois dessus, parfois dessous, ce curieux serpent gris… Sans doute pratique en hiver, mais pas très beau l’été. Notre route aussi, d’ailleurs deviens parfois tunnel…

Heureusement nous le quittons bientôt pour atteindre le sommet. Là ambiance étrange, le ciel de plomb colore en noir l’eau du lac, et d’imposantes bâtisses se font face, preuve de l’importance qu’avait à une époque ce passage entre les deux pays. Lugubre et fascinant à la fois.

Côté Suisse la route redescend dans une vallée totalement deserte, et pourtant ponctuée d’arrêt de bus bien incongrus – visiblement destinés aux randonneurs. Il n’y a pourtant personne. Autres rencontres, d’impressionnants chateaux d’eau à l’air de bunker, visiblement armés pour résister aux avalanches, très 60′s. Parfait pour un peu d’exploration architecturale.

Après quelques kilomètres de route, toujours déserte, nous retrouvons le long boa de béton de la “route couverte”, dans lequel nous sommes bien obligés de nous engouffrer par une entrée qui pourrait être celle de la base secrète d’un quelconque vilain d’un film de James Bond.

Pendant quelques dizaines de minutes, nous roulons donc à couvert, dans une ambiance qui rapelle celle du tunnel du circuit de l’Eiger Nordwand, que connaissent biens les habitués de Garn Turismo. Puis, plus bas, on continue d’être impressionnés par la maestria des ponts et chaussés hélvètes : la route est large, lisse, et emprunte d’impressionnants ouvrages d’arts. La route est une langue de béton qui ne s’encombre que gère du paysage : là où l’on devrait avoir une épingle serrée, c’est un viaduc coube en béton qui élargit l’angle, permettant de sensiblement hausser le rythme. Les locaux ne s’en privent pas d’ailleurs. Les puissant break allemands et autres intégrales japonaises dépassent allégrement les limites de vitesses. Du jamais vu en Suisse, à en croire nos “régionaux de l’étape”.

Eux aussi d’ailleurs vont nous quitter à Martigny, pour prendre la route de Lausanne et regagner leurs pénates. La fin est proche. Dernière montée pour nous, vers le Col de la Forclaz. La route surplombe à pic la ville suisse et traverse des vignes impeccablement alignées. La vue vertigineuse est à couper le souffle. Le col n’est qu’une formalité, simple virage dans la foret de conifères. Quelques kilomètres plus loin c’est le dernier poste frontière, pour revenir en France. Il y a cette fois plus d’agitation, et même des douanniers bien actifs, mais en sens inverse. Sortir de la Suisse est une chose, y entrer est une autre…

Et c’est bien calmement que les deux BMW, finissent cette Blenheim Coupe des Alpes par la route qui mène à Chamonix.

Derniers kilomètres, dernières lumières du jour, et vue impressionnante sur les glaciers.

Pour le dîner nous nous faisons plaisir et optons pour le cadre de chalet d’un superbe restaurant local, où l’on se racontera nos exploits et aventures des quatres derniers jours. Avant de tomber dans un sommeil bien mérité…

Le matin, dernier regard sur un paysage magnifique, depuis la chambre d’hôtel avant le retour, inéluctable. Mais nous le savons tous, désormais : nous nous retrouverons l’année prochaine !

Texte : Yan Alexandre, photos : Yan Alexandre et Mr.Langchamps