Deuxième jour de la Blenheim Coupe des Alpes. Le réveil est dur au château, et le petit déjeuner traîne en longueur. Pourtant la journée promet d’être riche en émerveillements et en route sublimes…

Dès le démarrage, nous attaquons le premier morceau de la journée : le Col de Vars et ses 2109m. Je dois vous avouer que, bien qu’étant au volant, je n’en ai strictement aucun souvenir. Nous avions bien plus interessant : Mr Langchamps a en effet enfin fait une provision de piles alcalines pour sa L6X38T, ce qui nous permet de profiter pleinement de sa bibliothèque musicale. Le col est donc avalé dans l’amnésie la plus totale pendant que Line Renaud nous parle de sexe.

Puis c’est l’Izoard et ses paysages dantesques, et là, plus question de se déconcentrer. Soudainement la végétation s’efface pour laisser place à la roche, la caillasse et la sécheresse. La chaussée, large, est un véritable terrain de jeu, à condition d’éviter camions de la DDE et cyclistes qui commencent à pulluler au fur et à mesure que l’on s’approche des hauts lieux du tour de France. Les salauds. C’est aussi l’occasion de vérifier une théorie des plus sérieuses : les motards, comme les témoins de Jéhovah, se déplacent toujours par deux. Donc, si le motard est seul sur sa moto, une autre va immanquablement surgir d’ici quelques secondes du virages en aveugle et vous couper la route – recevant au passage une flopée de jurons bien sentis. S’il est accompagné sur sa selle de se moitié tout de cuir vêtu (si chic), vous pouvez respirer, il n’a pas besoin d’un autre compagnon motorisé. Partageons la route qu’ils disaient.

Arrivés en haut, pendant que les uns profitent de la vue sublime, Mr Langchamps, poussé par on ne sait quel instinct de survie, fait provision de sucreries. 2 kg précisément, cela représente une belle somme, croyez-le. Nous vous recommandons tout particulièrement la désormais fameuse “lange de lépreuse de l’Izoard”. Je vous laisse réfléchir à ce concept.

Nous descendons ensuite vers Briançon pour déjeuner, les dents toutes collantes. Miam.

Là, nous dénichons la seul bar-restaurant-lounge de la bourgade, sans doute la place to be du coin. Nous nous précipitons sur la spécialité locale, les burgers. Bof. Les 30 kilomètres suivants, dans la Vallée de la Guisane, vers le Col du Lautaret, sons suffisament reposant pour nous laisser digérer en paix.

SI ce premier Col est sans grand intérêt, il forme une intersection (voir ci-dessous) avec la route bien plus intense du Col du Galibier.

Les quelques kilomètres à parcourir jusqu’au sommet, vous font entrer dans une nouvelle dimension. Partant de 2058m, on monte jusqu’à 2646 sur une route à pic dévoilant des paysages à couper le souffle. Pour de bon si on décide d’un écart sur le bas côté. Le tout envahi de cyclistes, bien inoffensifs, car eux aussi à cours de respiration. La BMW n’en même pas large non plus, malgré l’ablation d’un de ses filtres à air, pour espérer en avaler un peu plus dans le carburateur. La montée se fait à un rythme coulé, d’autant que l’embrayage laisse deviner quelques fuites de son joint spi. Autant profiter de la vue.

Arrivés a proximité du sommet il convient d’éviter le honteux raccourci qui consiste à traverser la montagne par un tunnel, et continuer sur le maigre ruban laissé aux touristes et autres sportifs. Nous doublons un cycliste à la forme étonnante qui déboîte tous ses camarades au pas, avec le plus grand sourire, dont il nous gratifiera lorsque nous en ferons autant. Soit le premier – et dernier – cycliste sympa de cette semaine. Soit ce petit malin a fait le gros de la montée en camping-car, soit il testait une nouvelle variante d’EPO. En tout cas, ça détend.

La descente est, vous l’imaginez, tout aussi dantesque que la montée. En beaucoup plus long. Partis bon derniers, on se décide tout de même de faire un aller-retour dans le tunnel, une fois arrivés à son autre extrémité. Amusant ce long boyau en sens unique (la circulation est alternée), taillé dans la roche… qui finalement n’absorbe que le très minoritaire trafic des locaux. Éprouvante aussi la descente jusqu’à St Michel de Maurienne, car les freins décident de nous lacher à quelques kilomètres du but. Pour souffler on s’envoie une Stella dans le rade le plus glauque des Alpes, au pied de l’autoroute, pendant que de petits vagabonds essayent sans trop de conviction de kinapper la Z3 d’Alasdair. Ah ?

Ensuite c’est le Col de la Croix de Fer, au soleil couchant. La route est sublime et la lumière tombante met superbement en valeur le paysage. Quelle meilleure façon de terminer la journée ?

Pas si vite, il faut encore en redescendre par l’exigeant Combe d’Olle et le Défilé de Maupas et ses épingles incessantes. La première partie est rapide mais sinueuse et… piégeuse. Pendant que j’envoie la BMW d’une corde à l’autre, parfois un peu au delà, la roue avant droite décide de poursuivre dans le fossé, embarquant la moitié de la voiture hors de la route à une vitesse réfrigérante. Bruit de frottement atroce sur toute la longueur du châssis. Bon, ramenons l’indisciplinée sur la route et faisons comme-ci de rien n’était, hein.

Arrêt au barrage de Grand Maison pour découvrir, sans aucun doute bas de caisse déchirés et soubassement tordus. Ah non, il n’en est rien, juste une légère ligne blanche, causée par quelques pierres, qui traverse la voiture. Simple égratignure. L’Escogriffe nous rejoint. Il parait que nous avons projeté des étincelles comme une F1 des années 80. Ah, on sait s’amuser, nous. Hum. Bon, on ralenti maintenant ?

Enfin nous atteignons le magnifique chalet qui nous sers de gîte pour la nuit – au pied d’un autre barrage, rassurant. Pour dîner nous choisissons le restaurant le plus mauvais de Bourg d’Oisans – et nous ne disons pas ça à cause de l’invasion de cyclistes bataves, ce n’est pas notre genre. C’est la que nous rejoindrons les derniers protagonistes de l’aventure : les suisses Paul Reynolds et Alan, au volant de leur Alfa 75 3.0 V6 noire et visiblement neuve. Le lendemain s’annonce bien, si on arrive à se réveiller.

À suivre…

Bonus musical :

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Texte : Yan Alexandre, photos : Mr Langchamps et Yan Alexandre