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L’histoire du chemin de fer en France, par certains de ses aspects les plus visibles du moins, ressemble à la biographie d’un sprinter. D’immenses efforts consacrés à la quête de la vitesse et de nouveaux records comme principale mesure du progrès. Une volonté tellement féroce et évidente que même l’observateur occasionnel ne saurait l’ignorer. Pourtant, à l’heure où les BB 9004 et CC 7107 franchissaient la barre des 300 km/h quelque part au milieu des Landes, les choses auraient pu prendre un tout autre tournant.

Nous sommes en 1959 et la SNCF révèle au public son nouvel autorail de prestige : l’X4200. Et il ne faut pas plus d’un rapide coup d’oeil pour assimiler la philosophie particulière de l’engin, où la vitesse cède sa place à la contemplation. Les surfaces vitrées – dont ce dôme culminant entre les extrémités – sont omniprésentes, ouvrant de larges perspectives sur le monde extérieur. L’aménagement intérieur est également réfléchi en conséquence : les banquettes du pont supérieur sont orientables dans le sens de la marche et, chose rare, même les cloisons des postes de conduite sont en verre.

L’idée est simple : proposer aux voyageurs une vision panoramique des majestueux paysages d’un grand quart sud-est. Basés à Marseille, la dizaine d’exemplaires produits seront essentiellement affectés à des liaisons aussi spectaculaires que celles vers Clermont-Ferrand (Cévenol), Cerbère ou encore Genève (au départ de Digne).

Face à la promesse d’une experience aussi inoubliable, on imagine volontiers l’engouement suscité par ce Nautilus ferroviaire. En pratique, les choses sont sans doute plus nuancées, et l’on soupçonne que les passagers de première classe – installés dans leur bulle vitrée, directement au-dessus des machines – aient eu un peu chauds sur les longs trajets.

Bien évidemment, il est tentant d’établir un lien entre les premiers tours de roue des “panoramiques” et la disparition concomitante des autorails Bugatti. D’ailleurs la réalisation de l’X4200 est elle aussi confiée à un fabricant français d’automobiles : la Régie Nationale des Usines Renault. Et il faut reconnaître que pour celui qui 30 ans plus tard inventera la “voiture à vivre”, le dessin de Paul Arzens semble plutôt bien trouvé.

Retirés du service dans la première moitié des années 80, les autorails panoramiques sont sans doute l’un des matériels les mieux préservés, en proportion du moins. Quatre exemplaires (sur les dix de départ) ont été sauvés de la destruction, dont certains circulent encore sur des itinéraires touristiques. Même relégué au rang de curiosité, voila un objet qui questionne la nature du luxe : est-ce d’arriver le premier à destination ou de profiter pleinement du voyage?

Des éventuels éléments de réponse se trouvent dans le film ci-dessous.

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