Dans ce quatrième volet de notre interview de Chris Bangle, l’ancien directeur du style de BMW revient sur les controverses qui ont émaillé son passage chez le constructeur allemand, nous explique le Flame Surfacing, et nous parle de voiture en tissu.
L’arrière de la Série 7 a provoqué une énorme polémique, qui vous a rendu très célèbre. Quelle fut votre réaction à l’époque ?
Et bien, c’est le genre de choses qui arrivent…
Ça ne vous a pas affecté ?
Si, bien sûr que ça vous affecte. C’est très personnel. Ça fait mal. Ce n’est pas facile. Mon fils avait 12 ou 14 ans, un age auquel on croit à cette institution qu’est la presse, que ce qu’écrit un magazine doit être vrai puisque c’est écrit. « Papa tu m’as dit ça et ils écrivent ça, comment est-ce possible ? » C’est une conversation que nous avons eu tous les soirs.
Il faut être très ouvert avec son équipe, leur faire partager chaque discussion, avoir leur avis, être sûr qu’ils croient dans le fait qu’on fasse les bons choix. J’avais plus d’un allié à mes côtés et reçu énormément de soutien. C’était émotionnel. J’ai même reçu le soutien du directoire de BMW, ils m’ont dit que la voiture était conforme aux décisions qu’ils avaient prises, et qu’ils s’y tiendraient. Ce qui ne rend pas pour autant tout cela moins douloureux. C’était douloureux, vraiment.
Mon fils est devenu un incroyable critique de design, il m’écrit des mails à propos du design, des critiques d’architecture appliquées à l’automobile. Il m’a rappelé une histoire : la Série 5 E34 était devenue une icône en étant la première voiture sur laquelle les montants de custode se fondaient dans les flancs de la voiture, sans joints, d’une façon moderne. Pour les équipes de design de BMW de l’époque c’était très difficile, ce n’était pas du tout évident. Aujourd’hui on regarde ça et on se dit qu’il n’y a pas d’autres façons de dessiner l’épaulement d’une custode. Pas à l’époque. C’est devenu un canon du genre.
C’est celle dessinée par Ercole Spada ?
Oui. Spada a surtout dessiné la E32. La E32 a de meilleures proportions, c’est une « golden car ». Elle est plus basse, plus large ; mais seulement parce que mon boss, Wolfgang Reitzle, a personnellement fait élargir la voiture très tard durant la phase de développement de la voiture. Ça a été très coûteux, mais c’est ce qui l’a rendue parfaite. Sans ça, elle aurait été pataude. C’est toujours aujourd’hui l’une des voitures la mieux proportionnée de l’histoire.
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