La plupart d’entre nous associent volontiers Earth Wind & Fire à de la musique de mariage, ce qui n’est pas franchement enthousiasmant…Vous êtes accoudé à ces planches et tréteaux qu’une nappe déjà plus très blanche suffit à transformer en bar, le Disc Jokey lance enfin sa playlist iPod spécial mariage, s’il ne l’a pas confondue avec celle de la foire aux haricots, et enchaîne sur Let’s groove d’EW&F. Vous avez dès lors plusieurs choix. Soit vous secouez votre booty et tentez de taper dans l’œil de cette inconnue en espérant que ce ne soit pas une cousine, enfin pas trop proche… Soit vous demandez un autre verre de ce mousseux en pensant déjà aux suivants. Le tout en dodelinant du chef, parce qu’au fond, vous aussi vous avez envie de taper dans vos mains et sentir le groove vous envahir. Vous vous foutez d’ Earth Wind & Fire ? Ca tombe bien, car je compte parler de The Pharaohs.

affro-arts-theaterThe Pharaohs est la réunion de deux groupes distincts, The Jazzmen et The Artistic Heritage Ensemble, qui a eu lieu courant 1962. Deux groupes de jeunes musiciens qui se retrouvent a l’Affro Arts Theater, lieu d’expression culturel dans le south side de Chicago, pour ne faire plus qu’un : The Pharaohs.

Le groupe a compté un nombre considérable de membres au cours de son existence, puisqu’il devient surtout la bannière de cette funk-jazz expérimental made in Chicago. Les piliers en sont Louis Satterfield au trombone, Charles Handy à la trompette, Don Myrick au saxophone, Fred Humphrey au piano, Ernest McCarthy à la basse et Maurice White à la batterie. Ce dernier n’est nul autre que le futur fondateur d’Earth Wind & Fire, groupe qu’il créera lorsqu’il quittera Chicago pour Los Angeles, avec dans ses bagages les cuivres des Pharaohs – mais ceci n’arrivera qu’en 1973. À noter qu’Handy, White et Satterfield officiaient en tant que musicien de studio pour Chess Records.

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En 1971, The Pharaohs enregistrent alors leur unique album studio : Awakening. Le groupe se compose toujours de Satterfield, Handy, White et Myrick, à qui viennent s’ajouter Big Willie Woods au trombone, Oye Bisi et Shango Njoko Adefumi pour les percussions africaines, Yehuda Ben Israel à la guitare et au chant, Alious Watkins aux percussions, Derf Recklaw-Raheem aux percussions et flûtes et Aaron Dodd au Tuba.

Awakening dure à peine plus de quarante minutes et comporte sept pistes dont une reprise de Smokey Robinson & The Miracles : Track of my Tears.

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Track 01 : Damballa place de suite la barre très haut, des cuivres cinglants, une section rythmique folle, une puissance Jazz contrebalancé par les sonorités africaines un magnifique équilibre, huit minutes à deux cents à l’heure.

Track 02 : Ibo, c’est l’Affrobeat cred’ de l’album, et une piqûre de rappel, sur les onze bonhommes, cinq sont en charge des percussions, forcément.

Track 03 : Tracks of my Tears, une reprise R&B d’un classique de Smokey Robinson & The Miracles, en un sens la piste la plus « conventionnelle » de l’album. C’est beau, c’est doux, ça n’a rien de kitch – ça va pourtant si vite avec une flûte, de virer au kitch. Une respiration bienvenue aussi après deux tracks très relevés. Tracks of my Tears, ce sont les premiers coups de vent frais après une chaude journée d’été passée au volant, la chemise qui vous colle le dos, un frisson le long de la colonne vertébrale.

Track 04 : Black Enuff, la guitare est enfin au premier plan, c’est funk, ça groove à fond, on repart pied au plancher.

Track 05 : Somebody’s Been Sleeping ça ne se relâche pas, les influences Jazzy reviennent en force, c’est efficace, même si, ne nous mentons pas, les tracks 4 et 5 sont les moins intéressants de l’album, à mon sens.

Track 06 : Freedom Road , bon, trompette set Sax’ c’est quand même plus sympa, ça foisonne de détails, des percus dans tous les sens, une petite guitare super efficace et quand les cuivres laissent un peu de place, même un « petit » solo vraiment pas dégueulasse. À l’instar de Damballa, l’équilibre entre les différentes influences,est finement dosé et le mélange devient d’une incroyable richesse sonore.

Track 07 : Great House c’est le gros morceau de l’album et c’est parti pour 13 minutes. Les bassistes vont y trouver leur compte, une intro pleine de maîtrise avant devinez quoi ? Une guitare, des percussions et des cuivres ! Les cuivres s’embrouillent et la guitare met sont grain de sel, les trombones calment le jeu et quelques voix se font entendre, le tout se finit par des clappements de mains, une basse, des congas ou que sais-je, tout en douceur et voilà que je ne supporte déjà plus ce retour au calme, j’ai le sentiment d’avoir oublié quelque chose, je dois le ré-écouter de suite.

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Bravo, vous venez de vous faire marabouter, maintenant il vous faut à tout prix ce vinyle, parce qu’en plus, la pochette en impose.

Maintenant quand j’entends du Earth Wind & Fire, je sais qu’il y a du Pharaohs derrière, une scène musicale en ébullition, et je m’imagine alors des jams de folie a l’Affro Arts Theater, je bois mon verre cul sec et je vais danser.

Bonus, l’originale de Tracks of my Tears par Smokey Robinson & The Miracles :

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