L’endroit ne paye pas de mine. D’anciennes baraques industrielles, une immense cour bétonnée, quelques rails par-ci par là, cela ressemble à une ancienne gare de marchandises abandonnée, perdue au milieu d’un quartier ouvrier. Je suis à Sochaux, le fief de Peugeot, dans l’atelier situé à l’écart du musée de la marque. Au milieu de cette univers de grisaille nous attends, ronronnant sourdement, une tâche jaune : un mythe absolu, une auto qui a tout gagné : une 205 de rallye, et pas n’importe laquelle : c’est la Grand-Raid qui a remporté le Paris-Dakar 1987 aux mains d’Ari Vatanen.

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Rapide rappel des faits, sous la forme d’un cours d’histoire accéléré. En 1987, la 205 Turbo 16 vient de remporter deux titres consécutifs en championnat du monde des rallyes, dans une lutte acharnée contre Audi et Lancia. Problème, les voiture du « Groupe B » sont terriblement dangereuses et après quelques tragédies, dont la mort du jeune pilote Henri Toivonen dans l’explosion de sa Lancia Delta S4, on décide de les interdire, du moins en rallye. Peugeot est donc contraint de se retirer, mais décide de s’engager dans une course qui à le vent en poupe et qui commence à se professionnaliser : le Paris-Dakar. La 205 est un peu modifiée : on la rallonge pour loger de plus grands réservoirs d’essence, nécessaires aux interminables étapes dans le désert, et on change les réglages du moteur pour l’adapter au sable : plus de couple, moins de puissance. Résultat : victoire sans appel en 1987, puis en 1988. Re-belote en 1989 et 1990 pour Peugeot, avec cette fois les 405 Turbo 16, qui sont en fait les mêmes voitures avec des carrosseries différentes, simples publicités roulantes pour la vraies 405 de monsieur- tout-le-monde. La voiture deviendra ensuite Citroën ZX Rallye-Raid de la même façon, et continuera de gagner dès 1991, mais c’est une autre histoire. La même année Renaud nous cassera les oreilles avec ses « 500 connards sur la ligne de départ ».

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La voiture d’Ari Vatanen est là, sous mes yeux, prête à rouler. Elle a démarré pour la première fois depuis des années (des décennies ?) tout à l’heure, à ma demande. Dans sa robe jaune d’une propreté immaculée elle rappelle immédiatement les petites voitures qui peuplaient la moquette de ma chambre d’enfant. Flashback émouvant, moment intimidant.
Monter à bord demande un peu de souplesse, la voiture est haute et l’accès malaisée à cause de l’arceau qui barre l’ouverture, on tombe ainsi plus dans le baquet que l’on ne s’y installe. J’ai à peine refermé la frêle portière en matériaux composites que mon pilote écrase l’accélérateur. Vacarme assourdissant, l’auto s’arrache du sol me plaquant dans le siège, je n’ai plus le temps de m’attacher. La 205 tremble de partout, comme si elle allait se disloquer. Le petit moteur turbo hurle tout ce qu’il peut, les rapports claquent brutalement, l’accélération est d’une violence rare.

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Au lieu d’enchainer les tours dans la cour de l’atelier, le pilote tourne soudainement à droite et s’élance dans le parking du musée, ouvert à la circulation et rempli de badauds qui n’en croient ni leurs yeux ni leurs oreilles.
Ligne droite à fond, vitesse terrifiante. Le pilote ne freine même pas à l’approche d’un dos d’âne qui est avalé sans sourcilier. On ralentit dans un crissement de métal, contourne un bâtiment, manque d’emplafonner un camping car un peu perdu et on reprends le chemin inverse. La 205 est d’une telle brutalité que le moindre virage se fait dans le hurlement des pneus maltraités : glisse instantanée des quatre roues. Le pilote conduit une main sur le volant, corrigeant sans cesse les dérobades de la bête, l’autre enchainant les rapports ultra-courts de la boîte, on se croirait dans le mythique film Climb Dance, enregistré lors de l’ascension du Pike’s Peak par le grand Vatanen.

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Retour à la case départ. C’est fini ? Non, on repart pour un deuxième, troisième et quatrième tour, à fond. Une fois enfin arrivé, mon conducteur mi-essoufflé, mi-extasié me lance : « Oh la la, on ne peut plus s’arrêter ». J’ai mal compris la question et lui demande s’il a pris son pied. Réponse hilare : « Non les freins ne marchent pas ».
Tout compte fait, on ne devait pas être si à fond que ça.

LE VERDICT DU GANG

PEUGEOT 205 GRAND RAID

VISUAL ATTRACTION
8 / 10
MECHANICAL THRILLS
10 / 10
HANDLING
10 / 10
CLASSIC APPEAL
10 / 10
BLENHEIM GIRL PULLING ABILITY
1 / 10
BLENHEIM FACTOR
9 / 10
Note du Gang8 / 10
Note des lecteurs8.4 / 105 votes · Note historique