Qu’il serait tentant de réduire la production automobile japonaise des années 90 à des berlines mollassonnes et impersonnelles. Presque autant que de résumer Subaru à l’Impreza. Heureusement, le Blenheim Gang sait qu’il ne faut pas s’arrêter apparences.
Apparu en 1997, le Forester prend la place laissée par l’anecdotique Impreza Gravel Express (connue sous la dénomination moins imagée de “Outback Sport” sur le marché US). Ayant réalisé qu’une peinture bi-ton et une roue de secours sur le hayon ne constituaient sans doute pas les meilleurs équipements pour affronter les routes non goudronnées, Subaru change d’approche et présente le concept Streega. Place aux gros pare chocs en plastique gris et à une garde au sol revue à la hausse. Et la mécanique ? Celle qui fait la réputation de la marque : 4 cylindres boxer, et un turbo (du moins pour les versions qui nous intéressent).
Ci-dessus : la Subaru Impreza Gravel Express / Outback Sport, et le concept Streega (en vert)
L’approche factuelle étant expédiée, il ne nous reste plus qu’à définir ce que c’est, au fond, qu’un Forester.
Un des rares SUV socialement acceptables
Voilà une catégorie de véhicules que l’on dédaigne généralement par ici. Pourtant, difficile d’ignorer qu’avec ses airs de break surélevé et ses quatre roues motrices, le Forester aspire – comme bien d’autres après lui – à mouvoir la société des loisirs. Mais ne vous laissez pas trop vite impressionner par un toit débordant de canoës et de bicyclettes : le véhicule relativement modeste qui se cache en dessous a spirituellement plus en commun avec une Panda 4×4 qu’avec ses clinquants successeurs.
Une Subaru d’une rare cohérence
Il n’y a pas qu’à extérieure qu’elle ressemble à la camionnette d’un agent de l’ONF. Comme toute japonaise de l’époque, l’intérieur est gris et résolument ascétique. Mais pour une fois, on ne pourra pas reprocher à une Subaru le contraste entre la flamboyance de ses jantes dorées et la sobriété exagérée de son habitacle.
Un parfait sleeper
Si l’on met de côté les versions atmosphériques, les motorisations successives du Forester développent toutes confortablement 200 chevaux. Le chiffre n’est pas renversant mais il faut le remettre en contexte : quinze ans en arrière, une auto aux allures d’utilitaire avec les performances d’une GTI, c’était une démarche quasi-subversive. En 2004, en plus de quelques mises à jour esthétiques, le Forester se décline à son tour en version STI sur certains marchés, et hérite de la même motorisation que les Impreza les plus pointues. Évidemment, à puissance équivalente – 320 chevaux quand même – son comportement n’égale pas tout à fait celui de sa cousine à trois volumes (comme le démontre Vicki Butler-Henderson en bas de l’article). Question understatement, en revanche, le temps que vous compreniez à qui vous avez à faire, le Forester STI aura disparu.
Une véritable voiture de rallye
Soyons honnêtes, avant l’arrivée de la Legacy en WRC – c’était en 1990 – puis de l’Impreza trois ans plus tard, rares étaient ceux à connaître l’existence de Subaru. D’ailleurs, les choses n’ont pas tellement changé depuis : la marque demeure indissociable de ses succès en rallye, et c’est ce fantasme qui fait vendre, quelque soit le modèle.
Mais il y a un hic, car si les “rally replica” sont légion chez Subaru, le doute est permis quant au nombre d’Impreza STI ayant posé les roues sur autre chose que du bitume. Elles sont bien trop urbaines pour ça. Le Forester, lui, vous pousse à vous débarrasser de vos scrupules au moment de le jeter sauvagement dans un chemin de terre. Il suffisait de troquer un aileron contre une panoplie d’apprenti baroudeur pour s’amuser.
Un alibi en or
Un grand coffre, idéal pour charger tout ce qui vous tombe sous la main. Cinq places, au cas où il faudrait également transporter vos amis. Traction intégrale, de quoi se sentir en sécurité lors des hivers neigeux. Il n’y a guère de situation qui ne puisse servir de prétexte à disposer d’un Forester, avec en prime des motivations parfaitement raisonnables, en apparence du moins. Finalement, acheter un Forester, c’est un peu comme acheter une paire de bottes en caoutchouc : personne n’est obligé de savoir que ça vous sert essentiellement à faire l’idiot en sautant dans les flaques et les tas de feuilles mortes.

Les commentaires
Merci pour ce bel hommage mérité. Le Forester peut, en outre, se targuer d’une vraie garde au sol digne de ce nom, contrairement à bien des SUV. C’est aussi, grâce au Boxer, un des rares (seuls ?) SUV pour qui le roulis ne se conjugue pas avec excès. Et puis, il a un énorme toit ouvrant, pour ne rien gâcher 😀
Mon seul regret ? L’abandon des portes sans cadres depuis les deux dernières générations. C’était un vrai trait de style Subaru depuis les 70’s et ça a malheureusement disparu de la gamme.
Bel hommage rendu à un modèle méconnu/méprisé de beaucoup. L’ancetre des SUV modernes qui n’était pas encore tombé dans leurs excès en remontre à beaucoup encore aujourd’hui dans bien des domaines, selon moi.
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