Nous l’attendions depuis longtemps, nous voici comblés : le Range Rover Evoque, notre coup de cœur du Salon de Paris 2010, se livre enfin à l’exercice du Blenheim Test.

Tout avait commencé par un spectaculaire concept-car dévoilé à Détroit en 2008, le LRX, qui préfigurait ce que pourrait être un baby Range Rover. Puis il y a eu la surprise de la décision de le produire, et le choc visuel lors de notre première rencontre, il y a un peu plus d’un an, dans un jardin anglais, pour une présentation en avant-première, très privée. Nous l’avons revu quelques mois plus tard au salon de Paris et pu enfin en observer les moindres détails, à extérieur comme à l’intérieur, et constater à quel point cet Evoque était semblable au LRX. Encore un an d’attente, et nous voilà à son bord, sur les routes du Pays de Galles (voir nos photos).

Avec lui, Land Rover se scinde en deux entités : Land Rover pour les baroudeurs (Defender, Freelander, Discovery) et Range Rover pour les SUV de luxe que l’on verra plus souvent stationnés en centre-ville (Range, Range Sport, et Evoque). Plus révolutionnaire, l’Evoque est non seulement le plus petit véhicule conçu par la marque, mais aussi le premier disponible, si vous le voulez, en 2 roues motrices. On s’en passerait bien…

Nous choisissons celui qui devrait distiller le plus de sensations, celui doté de la seule motorisation essence de la gamme, un 2.0 de 240ch à 4 roues motrices, dans une configuration Coupé Dynamic – soit une version visuellement plus sportive. Si on vous ennuie avec tous ses détails, c’est avant tout pour vous rappeler à quel point l’Evoque surfe sur la mode actuelle de ces voitures citadines ultra-personnalisables (comme en témoignait son excellente campagne de lancement web, Being Henry). Et tant pis si le notre se pare d’une tristounette combinaison de carrosserie grise sombre et d’intérieur noir.

La première rencontre avec l’Evoque est un choc visuel. Peu de voitures ont osé rester aussi proches esthétiquement d’un concept-car, dont certains détails semblaient réservés aux podiums des salons. À commencer par cette surprenante surface vitrée, qui se réduit jusqu’au minimum acceptable à l’arrière : il faudra se contenter d’une très fine bande de verre pour savoir ce qui se passe derrière vous.

Tout le véhicule respire la solidité à un point quasi-caricatural, sans pour autant tomber dans le mauvais goût. Les ailes sont gonflées au delà du raisonnable, les phares étirés au possible, le pare-choc semble capable d’enfoncer tous les obstacles qui se dresseront devant lui, alors que l’arrière évoque une porte de coffre-fort de film fantastique. Et le tout impressionne, tout simplement. Beau ? Peut-être pas, mais tellement différent par rapport à tout ce qui se fait d’autre que ça en est diablement rafraichissant.

À l’intérieur le tableau est tout aussi idyllique avec un raffinement extrême apporté à chaque détail. Notre version 100% noire est un peu lugubre, mais d’autres font dans l’extravagance la plus totale côté couleurs. Au moins nous pouvons mieux nous concentrer sur le dessin de la planche de bord avec sa console centrale très « jet fighter » (c’est là encore la mode), dotée d’une molette de boite automatique qui se déploie électriquement, comme sur la Jaguar XJ. Les commandes du Terain Response, à l’ergonomie simplifiée se trouvent autour. Le tout est terriblement moderne, et bien fabriqué.

Que ceux qui n’ont jamais pris en main un 4×4 se rassurent, la conduite de l’Evoque s’apparente à celle d’une berline surélevée. Une berline puissante d’aujourd’hui, aux accélérations franches mais linéaires, permettant de rouler vite, sans trop de sensations. Quoique… L’Evoque pèse son poids (1,7 tonnes, et oui), et est suffisamment haut perché pour que les virages rapides s’avalent avec une petite appréhension.

Bien sur, à son bords les longs voyages se font dans le plus grand confort. Et bien sur, son gabarit le rend éligible pour les déambulations en centres villes ; mais franchement de tout ça on s’en fout pas mal. Parce que de tout ça on s’en doutait déjà, en fait. Mais ce que ne dit pas son côté de voiture à la mode, c’est que l’Evoque à hérité de toutes les capacités de franchissement des Land Rover. Ou presque. On a monté des collines de boue avec, descendu des pentes gazonnées, roulé des kilomètres sur des pistes caillouteuses, le tout les doigts quasiment dans le nez. S’il n’est pas aussi à l’aise que le Discovery 4 dans les situations les plus scabreuses, il passera là ou tous les autres petits crossovers se casseront les dents. Ou le carter.

Il faut s’y faire, les voitures des années 2010 sont polymorphes. Un 4×4 peut aussi être coupé sportif et citadine huppée. Et donner du plaisir de conduire, même si son pilotage n’en distille que peu. Si la production actuelle nous enthousiasme bien moins que celle des décennies passées, cet Evoque en est un excellente représentant. En espérant qu’il donne des idées aux autres.

Un concept-car égaré dans la rue ? Non, l’Evoque est bien réel. Et si parfois il en fait un peu trop, on ne peut que louer la démarche.

Rien à signaler. Ni en bien, ni en mal.

Un peu pataud sur la route, même s’il reste véloce, l’Evoque impressionne surtout par ses capacités off-road. Bluffant dans cette catégorie.

Il a tout pour devenir une icône du design des années 2010 et à ce titre un futur collector.

On ne sait pas trop ce que Victoria Beckham lui a fait, mais si elle a travaillé dessus nul doute que l’on aura un peu de succès au près des petites anglaises.

S’il est avare en sensations, l’Evoque n’en demeure pas moins un véhicule qui nous a immédiatement séduit par son look sans compromis. Continuez comme ça Land Rover…

Texte et photos : Yan Alexandre