99-bandes

Avez vous remarqué l’invasion récente dans les rues de ces petites voitures avec deux bandes blanches sur le capot ? Ce qui passait il y a encore peu pour une pratique de tuning est maintenant adopté sur des voitures de constructeurs plus que sérieux, dont le dernier exemple en date est la Renault Twingo Gordini R.S. À quoi ça rime ? Premier élément de réponse : l’histoire de la bande.

Tous commence au début du vingtième siècle, avec l’une des premières courses de voitures : la Coupe Gordon Bennett. Dans cette compétition annuelle, les pilotes se battaient pour l’honneur de leur pays, comme dans les jeux olympiques. Chaque bolide était ainsi peint d’une couleur qui symbolisait sa nation d’origine. L’habitude sera reprise dans tous les grands-prix et le code sportif attribuera des couleurs à chaque pays, couleurs dont la symbolique est encore très forte aujourd’hui. Ainsi les voitures italiennes seront rouges (pensez Ferrari), anglaises : vertes foncées (Aston-Martin), allemandes : argentées (Mercedes) ou encore françaises : bleues (Renault Gordini). Problème il y a plus de pays que de couleurs identifiables, il a donc fallu ruser. Comme à cette époque les voitures avaient leur châssis visible, on décida donc de peindre celui-ci d’une autre couleur, ainsi les voitures américaines furent blanches, avec un châssis bleu marine.

01-cunningham

Bon, et les bandes dans tout ça ? On y arrive : après guerre les carrosseries se font plus enveloppantes et les châssis ne sont plus visibles, il faut trouver autre chose ; on peint alors le bas des voitures d’une couleur et le haut d’une autre si nécessaire. Ce ne sera pas du goût de Briggs Cunningham qui veut que ses autos se démarquent de celles des autres écuries américaines. Il choisit donc un autre motif : ses bagnoles seront blanches avec deux bandes bleues. En Europe et aux USA elles ont un succès populaire énorme, un mythe est né. Après lui, les autos de courses utiliseront différentes formes de bandes, et la couleur officielle des américaines devient le blanc à bandes bleues, bandes que l’on appellera…Cunningham Stripes.

03-mustang

C’est un mythe américain qui fit rentrer les bandes dans la culture automobile : la Ford Mustang Shelby fut la première voiture de série à arborer fièrement la décoration patriotique sur sa carrosserie. La légende affirme que placées face au conducteur, ces bandes permettaient à celui-ci d’orienter le capot de son monstre mécanique, alors qu’il était aveuglé par les poussières de gomme brulée lors d’héroïques dérapages… L’engouement est tel que tout muscle car qui se respecte devra être paré de toute une panoplie de stickers allant du simple filet latéral à la double bande couvrant toute la largeur de la voiture. On les appellera aussi Go-Faster Stripes, pour leur faculté à faire passer même la berline à papa pour une dévoreuse de bitume, et donner l’impression de vitesse y compris à l’arrêt.

02-mustang

Petit florilège des autocollants sports qui émoustillaient votre papa quand il avait votre âge :

12-gordini

Renault 8 Gordini

En France, le mythe à bandes c’est la R8 Gordini. Pas aussi bourrines que sur les ricaines, les lignes françaises sont fines et décentrées. Des années plus tard on ne compte plus les fausses Gordini maquillées à coup d’autocollants : la contrefaçon la plus cheap de l’histoire.

1977 Ford Mustang Cobra II

Ford Mustang Cobra II

Fin 70 les Mustang post-crise-du-pétrole sont deux à trois fois moins puissantes que celle des 60’s. Bardées de bandes qui vont vites, de grosses inscriptions, et même conduite par Farrah Fawcett dans Drôles de Dames… les mâles américains n’y voient que du feu.

10-bmw

BMW 2002 Turbo

En Allemagne faire des voitures brutales avec des bandes ça ne suffit pas. Alors on a écrit « obrut » à l’avant. Parce que « obrut », ça se lit turbo dans le rétroviseur, et ça doit vous impressionner. Marche aussi avec « ECILOP », moustache comprise.

11-opel

Opel Manta B SR

Grosse tendance 70’s, le capot noir mat, avec en bonus la prolongation sur le toit et le coffre, une mode venue du rallye, où il absorbait les reflets qui pouvaient gêner le pilote. L’accessoire culte des Mimiles, sur la voiture culte du beauf allemand – oui, c’est possible.

À suivre…

texte : Yan Alexandre, initialement paru dans le magazine Spray.