Fort des succès de Jeremiah Johnson, Nos plus belles années, Yakusa ou de l’excellent Les trois jours du Condor, Sydney Pollack, jeune vieux routier d’Hollywood, adapte en 1976 une nouvelle d’Erich Maria Remarque (Le ciel n’a pas de préférés). Mais Bobby Deerfield n’apportera pas grand-chose au chemin glorieux (qui se poursuivra, entre autres avec Tootsie ou Out of Africa) de son réalisateur.

L’histoire est celle d’un pilote américain couvert de gloire, alors même que les grandes heures de Phil Hill ou Dan Gurney sont déjà de lointains souvenirs et que Mario Andretti débute à peine avec Lotus un chemin qui le mènera deux ans plus tard au sommet du monde. Ce champion est casé (avec la séduisante Anny Duperey « période Etienne Dorsay ») mais il va rencontrer la femme qu’il ne fallait pas : elle est belle, bavarde, insolente, ignorante des dangereuses et fascinantes activités de son futur amant et surtout gravement malade. Elle, c’est Marthe Keller plutôt crédible en fofolle bavarde fuyant sa triste destinée. Bref, nous voilà dans Love Story chez Bernie Ecclestone.

Cette fois, point de Robert Redford à l’affiche : Al Pacino, avec sa gueule du Nino Barlini de Frankenheimer, interprète l’as du volant du New Jersey. Moins impérial que dans le costume de Michael Corleone mais heureusement plus sobre qu’en Tony Montana cocaïné, il fait le job sans crever l’écran. Le film ne contribuera pas à sa légende …

Pour tourner, Pollack squatte deux week-end de Grand-Prix dans le paddock, utilise les belles Brabham du pas encore Dieu tout puissant de la F1, et se paye des figurants de luxe (Andretti, Jarier, Fittipaldi, …).

Bon pilote, ce Deerfield. Il dompte avec brio une Brabham BT45 à moteur Alfa Roméo. Gloire à lui car on devine qu’il a réussi quelques belles performances avec la création capricieuse de Gordon Murray, alors que ces crétins de Pace et Reutemann n’en tireront strictement rien. C’est d’ailleurs le Carlos brésilien qui prête son coup de volant, sa silhouette, son casque et sa combinaison (affichant le nom d’un brasseur brésilien …) au personnage.

Entre deux courses, Deerfield conduit une élégante Alfetta GT. C’est au volant de la Giuggiaromobile qu’il nous balade entre les montagnes suisses, Bellagio ou Florence. Jolies images, belles promenades, en quittant le film on a forcément envie d’aller voir le Duomo, le Ponte Vecchio ou de pique-niquer dans douce la campagne toscane. Hors du cockpit, le champion entretient sans grande conviction sa condition physique. Considérant son hygiène de vie – tabac, nanas, apéro- on peut affirmer sans risque que Deerfield Pacino aurait été bien malheureux dans la F1 aseptisée du XXIeme siècle …


Si l’on a droit à quelques images de course (Zolder ou Jarama) nous plongeant dans l’ambiance glamour des mid’70s, le sport automobile n’est pas le sujet du film. Il en est le cadre. Sans doute un bon moyen de mettre en perspective le destin d’un homme a qui tout sourit mais qui défie la mort (suivant une imagerie populaire et tenace liée au sport auto) et une belle jeune femme qui ne demande qu’à vivre et aimer et que ronge inexorablement un mal terrible …

Bobby Deerfield n’est certainement pas un grand film. Mais malgré quelques clichés et poncifs quasiment inévitables, il n’est pas le film le plus crétin ayant pour toile de fond le sport automobile.

Ce n’est déjà pas si mal.

Bobby Deerfield en Alfetta GT :
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Les extraits filmés en course :
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Texte : Frédéric B.