Casanova de l’élégance à l’italienne, fou de Fiat et de Lancia, le renversant séducteur de La Dolce Vita réapparaît en salles et sur votre étagère DVD. Tiens-toi prête, amore.

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Comme beaucoup de ses concitoyens, Marcello Mastroianni (1924-1996) débute modestement sa vie automobile, aux commandes d’une Fiat Topolino : c’est la voiture du peuple (voulue par Mussolini et copiée par Hitler avec la Volkswagen) qui motorise l’Italie des années 40. Au cinéma on lui sourit dans de nombreuses autos populaires du même acabit, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer la rurale Sicile. Ainsi dans le délicieux Divorce à l’Italienne de Pietro Germi (1961), repris en copie neuve cet été, le noble Ferdinando « Féfé » Cefalù file au volant d’une antique Fiat 1100 sur la route de Catane, tout comme dans Casanova 70 de Mario Monicelli (1965). Dans l’un il fuit sa femme horripilante, dans l’autre la famille de l’une de ses innombrables mais dangereuses conquêtes. Même pour Marcello, il faut un bon coup de volant pour y parvenir avec pareil tacot.

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Il le dit lui-même à Sophia Lauren dans Hier, aujourd’hui et demain de Vittorio de Sica (1963) : « Ma limite est la Fiat 600. Pourtant elle lui confie sa Rolls Royce Silver Cloud cabriolet. Sophia : « Elle fait le 120 km/h l’air de rien, et elle est révisée… » Certes. Mais Marcello s’en moque : « Elle consomme assez pour amener ma 600 autour du monde. » Ce grand écart entre la donna di mondo et l’écrivain, entre le paquebot des palaces et la mini-voiture des villes, ne peut être que malheureux. Il épargne un bambino et écrase la Rolls dans un bulldozer, elle aurait préféré le contraire et l’abandonne au premier conducteur de Ferrari venu. Ça ne va pas mieux dans Aujourd’hui, demain et après-demain d’Eduardo De Filippo, Marco Ferreri et Luciano Salce (1965) où son épouse, la sublime Pamela Tiffin, se détourne de lui à la vue de la Rolls Royce Silver Wraith d’un émir. Heureusement dans la vraie vie, Marcello a plus de chance avec les luxueuses anglaises puisqu’il possède, d’après la légende, une des premières Rolls en Italie.

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Car l’acteur est à la ville aussi boulimique de bolides que de signorinas à l’écran. Trait de caractère en commun avec Federico Fellini, qui provoque une rivalité épique. Chaque semaine, l’un achète une nouvelle voiture pour surpasser l’autre. Ainsi sur le tournage de la Dolce Vita (1960), le réalisateur pense clouer le bec du jeune premier avec sa Mercedes flambante neuve. Pas de chance : Marcello se pointe avec une BMW à la carrosserie fignolée par Michelotti (le nec plus ultra) qui rend Fellini furieux. On est loin de la mignonne petite Triumph TR3 avec laquelle, dans le film, il promène la sulfureuse Anita Ekberg dans les rues de Rome.
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Difficile de citer toutes les autos de Marcello. Celui qui interprète justement un pilote de ligne amouraché d’une Bugatti dans La Grande Bouffe de Marco Ferreri (1973) eut dans son garage les plus prestigieux modèles. Une anecdote : fidèle amateur de Lancia – dont il fut l’un des ambassadeurs avec Brigitte Bardot –, Marcello découvre au salon de Turin 1964 la Flaminia Super Sport sur le stand du carrossier Zagato, dont il se porte acquéreur immédiatement, non sans exiger une nouvelle couleur : noisette foncé. Il vient la chercher seul à l’usine où il impressionne le patron, Elio Zagato, par sa politesse et sa classe ; des décennies plus tard, c’est même avec une grande émotion qu’il a l’occasion de la reconduire. Il a aussi une Ferrari 250 GTO, la plus mythique du constructeur et aujourd’hui l’une des plus chères du monde. Comble du raffinement, la sienne est la toute première construite et participe à des dizaines de courses. Quant à ses femmes, elles ne sont pas délaissées : en témoigne la splendide Maserati Ghibli offerte à Catherine Deneuve pour son anniversaire.

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Cet automne sort sur les écrans Nine, remake du chef-d’œuvre fellinien Huit et demi (1963) dans lequel Mastroianni incarne un cinéaste dépressif en manque d’inspiration. Comédie musicale adaptée de la pièce de Broadway éponyme, le film de Rob Marshall débauche Daniel Day-Lewis pour reprendre le rôle aux côtés de Nicole Kidman, Pénélope Cruz et Marion Cotillard. Mieux : au vu d’images volées sur le tournage, Daniel a piqué l’Alfa Romeo Giulietta Spider de Marcello, l’une des bagnoles les plus emblématiques de l’Italie période Dolce Vita (vue dans une cinquantaine de films dont Mélodie en Sous-sol, l’Eclipse, La Chamade… ou les clips d’Eros Ramazzotti). Il a aussi chipé à Marcello une Sophia Lauren plus toute jeune pour une virée à bord de son roadster. Comme dit l’adage : il a la voiture, il aura la femme.

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Texte Yan Alexandre, initialement publié dans l’édition Fesse du magazine Standard (n°24, juillet-aout-septembre 2009)
Divorce à l’italienne, ressortie au cinéma le 8 juillet.
Hier, aujourd’hui et demain
Aujourd’hui, demain et après-demain
Casanova 70

DVD chez Carlotta