On a beau dire que l’on ne parlera jamais d’avants-guerre (sans préciser, dans ce cas, laquelle), lorsqu’on nous propose de faire un tour dans la première voiture hybride au monde, et de plus une “Porsche”, on ne se fait pas trop prier. Alors, en vrai, ça donne quoi l’hybride des années 1900 ?
Rappelez-vous, nous vous en avions déjà parlé il y a deux ans dans un article consacré à l’histoire de la voiture électrique : la première hybride au monde a été crée par le jeune ingénieur Ferdinand Porsche pour le compte de l’entreprise autrichienne Lohner. Après avoir crée quelques voitures électriques – très à la mode alors, car propres – Porsche se rendit vite compte qu’il fallait remédier à leur principal problème : l’autonomie. Facile : il suffisait d’ajouter un moteur à explosion pour recharger les batteries. La Toyota Prius était inventée, un siècle plus tôt.
La voiture que vous voyez ici est une re-création (les originales ayant disparu depuis des lustres) du tout premier véhicule hybride au monde… commercialisé ! Pour se rendre compte de la complexité de la tache, il faut savoir que seules quelques photos d’époques subsistaient, et que l’ensemble a été réalisé en se basant uniquement sur les connaissances et techniques d’époque, pour tenter de reconstituer sa chaîne de traction électrique de la façon la plus proche de la réalité du début du vingtième siècle.
L’ensemble est un joyeux mélange d’ingéniosité empirique et de vision avant-gardiste. La voiture est en deux partie : un châssis en bois, non suspendu, qui englobe la partie avant de l’auto (capot, commandes), et un ensemble suspendu, fixé au chassis par des ressorts, comprenant les sièges et les deux monocylindres De Dion. Les batteries sont placées dans le châssis, dans un soucis – déjà – d’abaisser le centre de gravité. Incroyable modernisme, les deux moteurs électriques sont quant à eux placés dans les moyeux des roues avants ! Le système de refroidissement est des plus complexes puisque les radiateurs sont placé sur l’ensemble non suspendu, les tuyaux en cuivre doivent donc communiquer avec des durits souples pour y acheminer l’eau par gravité, en l’absence de toute pompe. Enfin, les passagers sont particulièrement gâtés puisque la banquette fait face aux moteurs, non carénés, et que son dossier fait office de réservoir de carburant…
Prenons le volant si vous le voulez bien. Première chose à savoir, les moteurs thermiques ne servent qu’à alimenter la génératrice, on ne se déplace donc uniquement qu’avec les électriques. Après une petite séance d’escalade on peut s’avachir dans la moelleuse banquette avant. Première étape, sélectionner la vitesse que l’on souhaite adopter à l’aide de la longue commande d’accélérateur, à main droite. Il n’y a que 4 positions disponibles. Disons ultra-lent, super-lent, lent, et allure modérée : on plafonne alors à 35 km/h. Ne reste plus qu’à lâcher la pédale des freins la voiture démarre sèchement dans le bruit d’un vieux tramway au ralenti. En fait la principale source de sons vient des craquements du châssis en bois et du frottement des roues arrières, uniquement dotées d’une bande de coutchouc plein. Pour tourner, ça se complique, la démultiplication du volant semble infinie, et il faut donner quelques tours pour enfin voir l’avant changer de direction. N’essayez pas une manœuvre d’évitement, vous y perdriez toute votre énergie.
À propos d’énergie, on peut faire une centaine de kilomètre sur les batteries. Ce n’est pas rien, même aujourd’hui. Et cela représente au moins 3 h de route… Ensuite, il suffit de démarrer un ou deux moteurs d’un coup de manivelle et supporter le bruit, les vibrations et la puanteur. C’est sur, c’est moins bien, l’essence…
Nous saluerons quelques effets de styles intéressants comme le capot plongeant et les roues avant qui sont fantastiques. Mais nous déplorons la restauration non conforme à l’originale avec ses éléments en bois qui devraient être peints couleur carrosserie. “Mais c’était plus joli comme ça” nous dit-on. Ach, encore raté.
Passé le sursaut au démarrage, il n’y a pas vraiment de sensations mécaniques. Ah si, quand les moteurs thermiques démarrent, il y a des vibrations.
Le maniement du volant s’apparente à celui d’un robinet industrielle. Curieux.
Indiscutablement une voiture historique – même s’il ne s’agit que d’une réplique moderne.
Même à une soirée cabaret-burlesque, aucune élégante n’accepterai de passer sa soirée avec deux mono-cylindres. Même des De Dion.
On avait dit pas d’avants-guerre. Rien à faire, on est bornés.
Texte et photos : Yan Alexandre







Les commentaires
S’agissant du Blenheim gpa, la notation est un peu dure car à partir d’une certaine heure, la formule “j’ai ma Porsche garée à coté” peut permettre d’échapper à la solitude.
Longtemps lecteur de ce site, où l’automobile se fait enfin poétique, je ne peux m’empêcher de regretter que vous tombiez dans le piège grossier de la réécriture de l’histoire par le seul survivant des pionniers, un certain F. Porsche, jalousement gardé par son AG. Car, non, cette auto n’est pas la première automobile hybride! Un coup d’oeil à la wikipedia allemande http://de.wikipedia.org/wiki/%C3%89tablissements_Pieper ou plus simple, à la presse du jour (courant 1902) http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k17077f/f985 vous convaincra de l’antériorité d’un illustre inconnu, Henri Pieper. Il reste bien assez de premières à cette Lohner-Porsche (moteurs-moyeux, hybride série…) pour ne pas aller en chercher de fausses…
Mmmh, d’accord. Mais est ce que la Pieper a été commercialisée ? Ceci dit j’ignorais son existence, mais je dois avouer avoir cru que la Löhner-Porsche était la première déja bien avant que l’AG se soit mis en tête de communiquer outrageusement dessus. Et puis de toute façon, elle n’a pas vraiment passé la Blenheim Test avec succès, il y a une justice.
On l’avoue aisément, si on n’y connaît pas grand chose en pre-war, c’est encore pis en pre-pre-war, mais il serait dommage de pas parler de cette curieuse rencontre.
En espérant que cet article ambigu ne vous empêche pas d’être pour encore longtemps lecteur du site !
pour rien au monde cela ne m’empêchera de revenir! Un essai de cette auto reste un fait rarissime.
La notion de commercialisation à cette époque était très relative, aussi bien pour Pieper que pour Porsche. Je n’ai lu nulle part de chiffres de production pour la Lohner-Porsche, mais on peut facilement imaginer que ni l’une ni l’autre n’ont dépassé les 10 exemplaires… dont aucun n’a survécu!
Je ne m’intéressais pas non plus aux pre-war, ni aux pre-pre-war avant de découvrir le site de la BNF, une mine d’or pour quiconque apprécie l’ingénierie automobile.
Commentaires historiques restaurés. Les discussions sont conservées en lecture seule.