Vous êtes lassés des simulations de courses de voitures sur consoles, mais désireux néanmoins de vous adonner de façon ludique à votre passion de l’automobile ? Le slot racing est peut-être fait pour vous.
Ce loisir est né de l’imagination fertile du Britannique Fred Francis qui, dès la fin des années 40, cherche à concevoir un dispositif permettant d’effectuer des courses de voitures miniatures. Il a l’idée de pratiquer une rainure (« slot » pour nos amis d’outre-Manche) sur la piste, dans laquelle vient se loger un guide fixé sous la voiture, assurant par la même occasion l’alimentation de son moteur électrique. La bientôt célèbre marque Scalextric sort son premier coffret en 1957, avant d’exploser dans les années 60 et 70. Parmi les 30-40 ans d’aujourd’hui, rares sont ceux qui dans leur jeunesse n’ont pas usé leurs pantalons agenouillés au bord d’un circuit Scalextric, Jouef ou Carrera installé sur le parquet de la salle à manger familiale.
Pourtant, loin de n’être qu’un jeu pour enfants, le slot racing a toujours attiré des adultes. Ne voit-on pas dans la série Amicalement Vôtre le distingué Lord Brett Sinclair et son irrespectueux compagnon américain Danny Wilde disputer, manettes en main, des courses acharnées ? Le légendaire pilote écossais Jim Clark n’a-t-il pas vanté les mérites de ce hobby dans des revues de sport automobile ?
Aujourd’hui, ce loisir revient en force, particulièrement en Angleterre et en Espagne, où existent de nombreux clubs. Des compétitions on ne peut plus sérieuses sont organisées tout au long de l’année, avec des règlements draconiens qui autorisent des commissaires pointilleux à peser, mesurer ou disséquer toute voiture suspecte. On peut citer par exemple l’épreuve reine, les 24 heures de Bruxelles, qui voit s’affronter sur un week-end des équipes venues de toute l’Europe. Différents fabricants proposent un large éventail de modèles, de la Formule 1 à l’endurance en passant par le rallye. Scalextric est toujours présent, bien sûr, mais sa suprématie est menacée par des marques comme Fly ou GB Track, qui offrent des voitures au réalisme incroyable, respectant scrupuleusement le schéma de peinture des véhicules originaux.
J’appartiens pour ma part à un club informel qui a coutume de se réunir le jeudi soir autour d’un circuit, dans un cadre propice à enflammer l’imagination des fanatiques du sport automobile des décades 60 et 70 que nous sommes : aux murs, des affiches originales des films « Le Mans », « Virage » ou encore « Grand Prix », des photos dédicacées de Jean-Pierre Beltoise, Henri Pescarolo ou Jackie Stewart, des plaques émaillées Castrol ou BP. Dans un coin, des volants Motolita sont entassés, attendant patiemment d’être montés sur une automobile classique. Dans une caisse s’empilent des antibrouillards Marchal, Lucas ou Cibié. Sur une étagère s’amoncellent des dizaines de boîtes de bougies Champion. Dans une vitrine, des miniatures soigneusement alignées retracent l’épopée des constructeurs Matra et Alpine. Des piles de revues Virage ou Echappement menacent à tout moment de s’effondrer.
Une délicieuse ambiance règne, savant dosage entre le musée automobile et l’atelier d’Amédé Gordini !…Au beau milieu de ce bric à brac, le circuit déroule ses virages et ses épingles, avant de dévoiler sa longue ligne droite terminée par la dangereuse chicane Goodwood. Autour de la piste, des maquettes de stands, tribunes, tour de contrôle (uniquement des accessoires originaux, faut-il vraiment le préciser ?) accentuent le réalisme, Une multitude de figurines animent ce décor, mécanos aux aguets, journalistes en quête de scoop pour le journal du soir, spectateurs juchés sur les barrières, casquette de tweed vissée sur la tête.
Notre course du jeudi soir, c’est un rituel sacré que rien ne pourrait nous faire rater. Même si d’ordinaire nous goûtons les charmes d’une présence féminine, le jeudi soir se passe exclusivement entre hommes. Dès le vendredi matin, on pense à la course de la semaine suivante. Comme l’a si bien dit Steve McQueen : « Racing is life ! Anything that happens before or after is just waiting » (« La course, c’est la vie ! Tout ce qui se passe avant ou après, c’est juste de l’attente »). En arrivant, chacun sort fièrement sa voiture, une Ford GT40, une Ferrari 512S ou une Lola T70, exclusivement des modèles qui auraient pu s’affronter lors des grandes courses d’endurance d’il y a trente ans. Tout anachronisme est farouchement proscrit. On discute de tout et de rien, le boulot, les affaires de cœur, le dernier disque acheté, mais on observe du coin de l’œil la voiture de son futur adversaire, craignant de déceler une modification qui pourrait lui donner l’avantage : abaissement de l’aimant destiné à empêcher la voiture de quitter la piste, élargissement des passages de roues pour éviter tout frottement intempestif qui endommagerait les pneus, augmentation de l’écartement des roues pour augmenter la tenue de route dans les virages, que sais-je encore ? Quand il s’agit de gagner, l’imagination est sans limites. Nous sommes entre amis, mais le jeudi soir l’amitié cède le pas à l’esprit de la compétition, à l’envie d’en découdre pour montrer qui est le meilleur.
Enfin les deux premiers concurrents glissent leur voiture dans le rail métallique, se serrent virilement la main – nous sommes entre gentlemen drivers, après tout -, les ramasseurs, dont le rôle est de remettre en jeu une voiture victime de la fougue de son pilote, se tiennent prêts, le commissaire entame le compte à rebours. Et c’est parti, les voitures bondissent en avant, les doigts se crispent sur les poignées, ça va très vite, les voitures (à l’échelle 1/43ème) bouclent un tour de circuit de 20 mètres de développé en une poignée de secondes, ce qui correspond à des vitesses réelles de 300 km/h environ. La course ne dure que quelques minutes, bientôt le compte-tours émet des bips stridents pour saluer le vainqueur, on se précipite pour lire les meilleurs temps. On échange quelques remarques, on se congratule, on se lance des défis, mais déjà les concurrents suivants s’alignent sur la grille de départ…
Voilà ce qu’est le slot racing, un loisir qui permet tout à la fois de satisfaire son goût pour la compétition, pour l’histoire de l’automobile, pour la technologie, même, et peut-être, de retrouver son âme d’enfant. Vous avouerez que c’est bien plus convivial que de s’énerver tout seul devant son écran de télévision, à triturer son joypad pour essayer de battre une voiture pilotée par un microprocesseur…
texte : Edgar Straker

Les commentaires
je cite « Voilà ce qu’est le slot racing, un loisir qui permet tout à la fois de satisfaire son goût pour la compétition, pour l’histoire de l’automobile, pour la technologie, même, et peut-être, de retrouver son âme d’enfant. Vous avouerez que c’est bien plus convivial que de s’énerver tout seul devant son écran de télévision, à triturer son joypad pour essayer de battre une voiture pilotée par un microprocesseur… »
Pour être adepte de « vrais » simulateur de course automobile, la compétition « online » existe et permet grâce à des logiciels comme teamspeak de discuter entre gentlemens aussi. De même qu’il existe des épreuves et évenements rassemblant les pilotes dans un même lieu pour s’affronter, partager leurs impressions et leur passion, ainsi qu’un bon repas entre amis.
C’est un très bel article que celui-ci, mais il n’aurait pas souffert de l’absence de ces quelques inutiles comparaisons avec des jeux vidéos. D’autant plus que rien n’empêche d’aimer les 2 (ainsi que les autos RC).
Surement un des meilleurs textes que j’ai lu sur le Slot depuis longtemps, très longtemps même. Mais plus jeune, oui l’âge commence à venir, je n’étais pas Scalextric, mais plutôt Carrera non pas par choix personnel mais par la volonté d’un père qui était lui, modéliste ferroviaire et qui vénérait quotidiennement le Roi Fleischmann et ses trains HO ! A l’époque, cette marque distribuait Carrera et le fameux catalogue annuel de la marque allemande présentait en préambule dans chaque édition, les nouveautés de l’année qui, une fois une Porsche 908, une 917 Martini ou encore une 300SL ( la plus belle mais aussi la plus chère avec ses portes ouvrantes et le pilote installé à son volant ) ou alors les stands réalisés en collaboration avec Vollmer et la fameuse voie d’évitement.
Mais le rêve en matière de circuit quand j’étais jeune, c’était celui installé dans la vitrine du Train Bleu ( représentant exclusif de Scalextric et Carrera à Lyon dans les années 70 ) chaque veille de fête, avec des autos qui ne cessaient de tourner, d’accélérer sans jamais quitter la piste..du pur bonheur dépassé pour beaucoup aujourd’hui. C’est pas faute de faire des efforts mais mes deux garçons n’accrochent pas sauf pour me faire plaisir et semblent préférer les Hotwheels ou les jeux de voitures sur console. Et là, comble du comble, horreur pour les vrais slotracers, ils ont un jeu de slot racing sur PS2. Comme quoi tout se perd même la passion pour les petites autos réelles et pourtant très rapides. Dommage.
Passionnant article qui retranscrit bien l’ambiance de ce genre de « maison ».
Ayant débuté petit grâce à mon père sur un vieux Jouef et sa Chaparral, puis sur un Carrera moderne et ses 288 GTO/959, j’ai goûté brièvement à ce genre de soirée au début de mes années de fac. Près à sauter le pas pour investir dans une auto personnelle (je lorgnais sur une 250LM…), la « maison » met la clé sous la porte… remplacé par un spa … clientèle opposée!
Depuis aucun autre « lieu de culte » n’a été trouvé dans ma ville…
Votre article me donne envie de « meubler » à nouveau le grenier des parents!
Merci!
La différence avec les jeux de console est bien réelle et m’ donné extrêmement envie!
L’odeur des moteurs électrique associée à celle des petits pneus qui chauffent est tout simplement irremplaçable.
Et c’est convivial.Surtout avec une Orval dans une main et la manette dans l’autre.
Et ça, le volant et le microprocesseur ne vous le permettront pas.
Bonjour, tres bon article
juste une petite erreur dans la plupart des cas (et chez scalextric!) la reproduction des voitures est au 1/32ème.
pour plus d’infos: http://www.france-slotforum.com
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