Il y a les habitués de la banquette arrière et ceux, plus rares, dont le corps ne vibre qu’à la vue d’un pot d’échappement. Laisseriez-vous votre voiture sortir avec un « mécaphile » ?
Pensez Titanic, Jack et Rose à l’arrière d’une Renault 35Cv et la buée sur la vitre. On a commencé très tôt à s’envoyer en l’air sur quatre roues, pas la peine d’attendre l’invention de l’auto : la discrétion des carrosses permettait, au gré des cahots, de faire voler jupons, corsages et perruques en un nuage de fantaisie poudrée. Puis le carrosse devient berline, le chauffeur cocher, troquant chevaux et rênes contre moteur et volant ; cela ne change rien pour les passagers lubriques.

C’est aux baby-boomers que l’on doit la généralisation du « quickie » vite fait bien fait sur la banquette et, par conséquent, le vieillissement prématuré du ressort des sièges. Souvenez-vous, tout teenage movie dépeignant les fifties met en scène un rouquin en blouson teddy tentant d’embrasser une plus ou moins gentille collégienne à queue de cheval à l’arrière d’une Chevy jaune citron et blanche – celle de papa-maman. En Amérique, ils ont de la chance : non seulement leurs bagnoles sont énormes, mais elles offrent deux banquettes, à l’arrière et à l’avant – de vrais lupanars roulants (alors que dans la 2CV où vous avez sans doute été conçus, l’affaire fut plus rustique).
Carma-Sutra illustré

D’après une enquête commanditée en 2007 par la vénérable et anglaise Automobile Association, on découvre que 29% des plus de 55 ans ont eu un rapport sexuel dans une voiture, les plus actifs étant plus jeunes (35-44 ans) avec 41%. Un vieux sur trois. Plus intéressant : une personne sur dix affirme avoir joui en roulant. L’étude démontre que le besoin incontrôlé du sexe influait sur l’achat de grosses voitures : 40% des conducteurs de 4×4 londoniens seraient par exemple adeptes de tripotage tout-terrain. Arrêtons de pester contre la pollution des Hummer en ville, leurs propriétaires y font l’amour, pas la guerre !

Tout cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant : d’un point de vue psychiatrique, l’automobile n’est qu’un prolongement du corps du conducteur – voire un prolongement phallique. Symbolique renforcée par la mécanique (puissance, vitesse, force). L’automobile stimule les fantasmes, comme le dit si bien Scarlett Johansson : « Je pense qu’avoir une relation sexuelle dans une voiture est vraiment sexy. Si j’en ai vraiment envie et que je suis tentée de faire quelque chose de fou et sexy, le siège arrière fera l’affaire. » On se souvient de sa tête se baissant sous Billy Bob Thornton dans The Barber [Joel & Ethan Coen, 2001], on la croit aisément.

Pour vous aider à réaliser vos envies, il existe un ouvrage de référence : le Carma-Sutra d’Alex Games et Ester Selsdon (2006) sur le modèle d’un guide de réparation automobile. Au menu, le détail des positions à adopter, des notices explicatives et soigneusement illustrées pour une vingtaine de véhicules. Pour savoir comment faire l’amour dans un coupé deux places, sur la selle de votre moto ou dans le coffre de votre berline, c’est un bon investissement. Néanmoins, ces galipettes restent considérées par la loi comme un attentat à la pudeur et punies comme tel.
Coït avec une Corvette

D’autres citoyens se posent la question différemment. Pour les « mécaphiles », il s’agit de faire l’amour à leur voiture. On dénombre dans le monde cinq cent « amoureux » de leurs bolides, qui leur parlent, leur font des câlins. Principal protagoniste du reportage My car is my lover récemment diffusé par Channel 5, Edward Smith, quadragénaire supposément vierge de la petite ville de Yelm (Etat de Washington). Ed aurait eu son premier coït avec une Corvette à 13 ans, flirté avec l’hélicoptère original de la série SuperCopter (dont il lécha abondamment le carénage) et se vante d’une relation de vingt-sept ans avec sa VW Coccinelle blanche de 1974 tendrement prénommée « Vanilla ».
Ce qui ne l’empêche pas de voir ailleurs : il affirme avoir couché avec plus de mille automobiles. « Parfois, au milieu de nulle part, je vois une petite voiture stationnée et je jurerais qu’elle a besoin d’amour. »
Concrètement, c’est assez précis. Deux techniques se font concurrence : la première, « crue », recommandée par Edward, consister à se caresser devant l’auto afin de, très modestement, jouir dans le pot d’échappement – les précautions d’hygiène sont d’usage car l’endroit s’avère sale et coupant. La seconde est une modernisation légèrement psychopathe de la première : à partir d’une canette de soda et d’un peu de silicone, on confectionne un vagin artificiel, inséré par la suite dans le tuyau susnommé.
L’enjeu est de parvenir à remuer « suffisamment » la voiture sur ses amortisseurs, le mieux étant de se coucher de travers, sous l’auto, et de la pousser avec sa jambe – si bien que le triolisme (ici, deux partenaires sur le même char possédant deux pots d’échappement) s’apparente au summum du plaisir mécaphile. Devant la galerie FlickR d’Edward Smith, remplie de croupes de coupés sport dont il loue les fessiers, il semblerait que beaucoup de petites voitures ont besoin d’amour.
texte : Yan Alexandre, initialement publié dans l’édition Fesse du magazine Standard (n°24, juillet-aout-septembre 2009)

Les commentaires
Well done concerning the recreation.
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