A l’époque des grandes alliances entre compagnies aériennes globales, il est bien difficile de prendre l’avion avec classe. Pourtant, les membres du Blenheim Gang sont parfois obligés de sacrifier à leurs principes pour voyager de manière aseptisée. C’est dans ces moments de flottement qu’ils se mettent à penser à ce que pouvait être un vol avec la Braniff International.
Pourquoi cette compagnie et pas une autre ? Quelques éléments d’éclaircissements s’imposent. Nous vous passerons la longue litanie historique sur les origines de la compagnie, d’autres le font beaucoup mieux que nous. Non, là n’est pas notre centre d’intérêt. Parlons plutôt de l’identité particulière de cette compagnie à partir des années 60 : nouvelles livrées imaginées par Alexander Girard et Emilio Pucci pour les uniformes…
La Braniff sort décidemment de l’ordinaire et c’est bien là le but de l’entreprise. Alexander Girard imagine les nouvelles livrées : avions de couleurs, signes distinctifs BI sur la dérive et typologie revue sur la carlingue : au total, pas moins de 15 couleurs différentes s ‘afficheront sur la flotte et seront reprises pour les aménagements intérieurs, les lounge, les espaces de ventes, etc.
De son côté, Pucci ne chôme pas non plus : on navigue en plein space age avec ces casques transparents imaginés pour les hôtesses (pour ne pas se décoiffer avec le souffle des réacteurs) et qui complètent une collection aux couleurs chatoyante. Dans la réalité, ces casques furent vite abandonnés : peu pratique et peu utile quand la plupart des aéroports s’équipaient de passerelles directement reliées aux terminaux.
Ajoutez à cela une tripotée de star pour assurer la publicité, et la Braniff fait beaucoup parler d’elle, au point de choquer une partie de sa clientèle, effrayée par tout ce tapage : la rançon de la gloire.
Afin que l’élan ne s’essouffle pas, les dirigeants de la Braniff parient sur Calder pour peindre un Douglas DC8, tandis que le Boeing 747 rejoint la flotte long courrier de la compagnie (le fameux « Braniff Place », ou « Big Orange »).
Mais les années 70 sont aussi celles du rêve supersonique : la Braniff s’intéresse de près au Boeing SST ainsi qu’au Concorde qu’elle utilisera pour des liaisons entre Dallas et Washington avant de rendre la main à Air France ou British Airways pour le vol transatlantique. Le Concorde ne volera donc jamais sous les couleurs Braniff même si des objets publicitaires avec ces couleurs furent réalisés. Le Boeing 2707 ne connaître pas la gloire des Paris New York en trois heures mais il sera tout de même utilisé par la compagnie pour mettre en scène ses hôtesses.
Malheureusement, cette débauche de moyen creusera peu à peu les finances de la compagnie qui rentrera dans le rang en allant de faillite en faillite jusqu’à sa disparition définitive du paysage aérien. L’uniformisation était en marche.
La prochaine fois que vous vous ennuierez dans un avion, pensez à la Braniff et sa cousine la Pacific Southwest Airlines. Mais pas trop longtemps, vous pourriez être pris d’indicibles regrets pour le reste du vol.



















