Fin des années 1960 : le design automobile vit sa révolution avec l’apparition de concepts-cars radicaux signés par les plus grands designers italiens. Plus bas que jamais, affublés de carrosseries en pointe qui s’affranchissent de la courbe pour n’offrir que surfaces planes, ligne droites et angles vifs définissent le style Wedge qui va être la référence pour les deux décennies à venir. Les studios Bertone, Ital Design et Pininfarina signeront les chefs d’œuvres de cette nouvelle ligne, pourtant, à peine quelques mois après la présentation de l’Alfa Romeo Carrabo, l’une des proposition de style la plus avant-gardiste de l’époque ne viendra pas de Turin mais de l’autre bout du monde : le constructeur australien Holden dévoile son Hurricane au salon de Melbourne 1969.

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Contrairement aux concepts européens, la Hurricane n’a pas pour vocation première d’explorer de nouveaux territoires stylistiques, mais est plutôt, dixit la littérature d’époque, « un projet pour concevoir et réaliser un véhicule explorant en profondeur le spectre complet de la dynamique, de la stabilité, du contrôle et de la sécurité. » Et surtout, accessoirement, une enveloppe diablement sexy pour promouvoir l’arrivée du premier V8 Holden, le 253 ci (4,2 l) d’origine Chevrolet, qui sera commercialisé sous cette forme jusqu’en 1984.

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Première réalisation du département Recherche & Développement Holden, la Hurricane (appelée aussi RD-001 – logique), n’est pas a proprement parler une création maison, et sa genèse restera pendant longtemps un mystère, avant qu’un journaliste de Motor Trend ne retrouve son designer en 2012… à 16 000 km de l’Australie.

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Depuis 1931, la vénérable marque Holden est propriété du groupe américain General Motors, et c’est dans le studio de design GM de Warren, en banlieue de Detroit, que l’histoire commence, en mai 1968. Un designer de GM, Ken Genest, travaille sur une voiture effilée comme une flèche, ultra-basse, à moteur arrière. Il en produit même une maquette de style et un dessin à l’échelle 1. La voiture n’a pas de marque définie, comme c’est de coutume chez GM, et Ken n’en garde d’ailleurs aucun souvenir aujourd’hui. En effet le destin de sa création lui échappe – autre coutume chez GM. Son travail passe dans un autre bureau et la maquette se retrouve photographiée en juillet de la même année, toujours à Warren, avec cette fois des badges Holden, avant d’être envoyée en Australie. Pour l’anecdote, Ken n’apprendra l’existence de la Holden Hurricane qu’en 2012, lorsque Motor Trend effectua son enquête…

Chez Holden non plus, on ne se souvient plus très bien du pourquoi du comment de l’arrivée de cette maquette au tout nouveau département de design. Une seule chose est sure : c’est le designer Don DaHarsh – un américain travaillant chez Holden – qui prend désormais la main, et va faire évoluer le projet GM. Il va radicaliser la ligne, en supprimant tout vitrage à l’arrière, en réduisant drastiquement le porte-à-faux arrière, en remplaçant les gros feux arrière par une fine bande horizontale, et les portières traditionnelles par un système de toit canopée.

Le cœur de la voiture est donc le nouveau V8 Holden 253 ci, qui est ici alimenté par un carburateur Rochester Quadrajet, développant ainsi 260 ch au lieu des 185 ch usuels. La transmission transaxle à 4 vitesses provient d’une Pontiac Tempest, alors que la suspension arrière est dérivée de celle de a Corvette C2. Quant aux freins, il dérivent de ceux installés sur les bus de Detroit et sont refroidis par huile. Contrairement à ce qu’on a pensé alors, la voiture est totalement fonctionnelle.

Pour s’installer à bord, il faut d’abord déployer la canopée hydraulique. Simultanément, les sièges émergent de la voiture, et le volant se décale vers le haut, pour faciliter l’accès à cette voiture encore plus basse qu’une Ford GT40 (39,2 pouces, précisément). La science-fiction se poursuit dans l’habitacle : la rétro-vision est assurée par un système de caméra en circuit fermé, l’autoradio dispose d’une fonction de recherche de stations automatique, une climatisation « Comfortron » est installée, tout comme une instrumentation ultra-complète. Le meilleure est à venir : la Hurricane dispose d’un proto-GPS, appelé « Pathfinder », qui annonce la direction à prendre à l’aide d’une flèche lumineuse, et fait sonner un buzzer à l’approche d’une intersection, par détection d’aimants noyés dans la chaussée.

En mars 1969, la voiture est dévoilée au salon de Melbourne, et fait l’effet d’une bombe. Motor Trend dit d’elle alors : « en tant que démonstrateur, la Hurricane est un grand succès. Pouvoir travailler sur un projet purement expérimental, sans avoir à se soucier des coûts, à du procurer bien du plaisir aux ingénieurs de GMH [General Motors Holden] ».

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La voiture fera la tournée des salons en 1969, et sera soumise à des essais en soufflerie, puis fera la tournée des agents Holden, durant laquelle son pare-brise se fend. Elle sera alors stockée par Holden dans la caisse en bois qui servait à la déplacer, puis véritablement cachée par Leo Pruneau, directeur du design depuis 1974, qui apprit que les ingénieurs voulaient la détruire. Elle réapparait au tout début des années 1990, servant de voiture atelier aux apprentis mécanos de première année de la marque, avant de passer de nouveaux à deux doigts de la casse, lorsque ceux-ci ne lui trouvèrent plus d’utilité. Exposée dans différents musées australiens, elle fut remarquée en 2006 par le grand patron du style GM, Ed Welburn, lors d’une de ses visites en Australie, qui exigea une rénovation complète de la voiture – rénovation qui sera achevée en 2012. On peut parler même de reconstruction, tant la voiture était mal en point : le moteur, le mécanisme de la canopée et une majeure partie de l’équipement de l’habitacle avaient disparu. Tout fut refait dans le respect de l’origine, et des méthodes d’époque, à l’exception de la carrosserie, qui fut refabriquée dans une résine polyester plus durable.

Quel regard porter sur la Hurricane, 45 ans après sa présentation ? Si elle est toujours aussi spectaculaire, elle n’affiche, avec le recul, pas le même radicalisme dans ses lignes que les créations de Gandini ou de Giugiaro. Sans doute parce que les auteurs de la ligne de l’Hurricane n’avait pas les mêmes idées en tête, pas question pour eux d’inventer la ligne des années à venir, mais juste d’en mettre plein la vue à leurs contemporains. Ses lignes acérées, mais qui ne font pas complètement le deuil de la volupté de la courbe, trouvent un surprenant écho dans la Ferrari 512S Speciale que Pininfarina présenta la même année. Quand à son allure, elle évoque furieusement la Stratos Zero de Gandini, qui ne sera présentée qu’un an plus tard. Pas la moindre des références.

 

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