
De choc des cultures, il n’est point question. La communion antinomique d’une discipline calibrée pour flatter les sensibilités teutonnes et d’un environnement britannique à l’excès s’avère des plus harmonieuses.Le Deutsche Tourenwagen Meistershaft s’acclimate avec délectation dans ce biotope épisodique dédié corps et âmes à l’essence du sport mécanique de tradition.
Les abords de la piste abritent un chaos savamment agencé dans lequel d’anciennes gloires mancelles s’entrelacent sans pudeur avec de frêles Clio Cup et d’arrogantes Ferrari, qui, leur retraite de posemobile londonienne prise, achèvent leur carrière dans le circuit des courses de club locales. Quelques quinquagénaires ayant délaissé le costume à rayures tennis pour s’immiscer a grand peine dans d’immaculées tenues ignifugées supervisent avec attention la préparation d’ obsolètes sport-prototypes acquises à grand prix chez Bonhams ou Christies. Leurs efforts pour singer la solide posture des jeunes pilotes de promotion déambulant à proximité sont pathétiquement touchants.
Les limites du paddock qui abritent le DTM Circus sont gardées d’un œil distrait par des trio de bénévoles peu crédible dans leur tentative dépourvue de conviction d’inspirer le respect. A leur décharge, l’attitude générale est des plus détendues et si l’assistance est conséquente, elle n’atteint de loin pas celle qui se rendit sur ces mêmes lieux 10 ans plus tôt pour assister à la victoire d’anthologie d’Ayrton Senna Da Silva à l’occasion du Grand Prix d’Europe.
Malgré le moindre prestige de l’affiche, un dress code très stricte semble être de rigueur, et rares sont ceux qui ne revendiquent leurs orientations automobilistiques sur un morceau d’étoffe quelconque acquis à l’étal d’un des nombreux marchands présents. Je ne peux que m’imaginer le fort sentiment d’appartenance à une élite que doit générer le fait de se rendre une telle manifestation en total-look ABT Racing, au volant d’une A3 Tdi polishée de frais…
Les essais terminés, tout ce que le DTM compte d’acteurs notoires et obscurs se rassemble dans les hospitality areas du paddock, à mesure que le public s’en va congestionner les routes environnantes. Les figure de proue de la catégorie déambulent librement, en toute « normalité ». . Je suis pris d’une envie machinale de les interpeller comme de vieilles connaissances mais je reprends heureusement rapidement conscience que salutations risquent fort de rester lettre morte. Il est sincèrement fascinant d’avoir la confirmation de visu que les Jean Alesi, Karl Wendlinger, Laurent Aiello et autres Joachim Winkelhock sont bel et bien réels et pas des acteurs qui reprennent leur vraie identité une fois le spectacle fourni. J’ai un peu le sentiment de côtoyer une troupe de saltimbanque en tournée et crois percevoir un certain esprit communautaire, avec ses règles, ses affinités et ses tensions, probablement généré par l’éloignement régulier du cercle familial dont ces gens font l’objet.…
Mon enthousiasme naturel anesthésié par de trop longues heures perdues devant des grand prix de formule 1 sans saveurs ni relief , je peine a ressentir l’excitation qui devrait m’envahir en de telles circonstances. Je ne parviens qu’ à percevoir la perspective d’assister à une procession à hautes vitesse de Mercedes CLK, Opel Astra et Audi TT sous stéroides. Dès la parade des pilotes achevée, l’intensité viscérale des passes d’armes, l’impact visuel des machines bariolées et la férocité sonore des V8 me font fait ravaler mes préjugés de manière cinglante. Il est très rassurant de constater qu’un championnat impliquant l’intérêt financier de 3 groupes automobiles parmi les plus importants soit en mesure d’offrir un spectacle d’une telle authenticité.
Ou pourrais-je donc me commander ce magnifique parka ABT si seyant pour les frimas hivernaux…
texte et photos: Paul Reynolds pour le blenheimgang.com
