À l’orée des années 70, TVR lance une nouvelle famille de voiture qui va faire entrer le petit constructeur dans la cour des grands : la série M.Si le destin de TVR est bien trop tourmenté pour être décrit ici en quelques lignes, sachez que la « M » est indissociable de la période durant laquelle TVR fut aux mains de Martin Lilley (1965-1981), après le départ de son fondateur, Trevor Wilkinson. Trevor ayant donné son nom, ou plutôt ses consonnes, à TVR, Martin donnera son initiale à la nouvelle série, tout simplement.
Plus que la carrosserie, semblable en bien des points à celle des précédents Grantura et Vixen, c’est le châssis qui progresse sensiblement et qui justifie pleinement la naissance de cette nouvelle lignée de voitures. S’il est basé sur celui des TVR plus anciennes, ce châssis poutr multi-tubulaire emploi pour la première fois des poutres à section rectangulaires en plus des classiques à section rondes. Extrêmement rigide, il donne aux M une excellentes tenue de route mais est aussi beaucoup plus rapide et facile à produire.
La carrosserie en fibres de verre est d’un dessin très classique, donc. La cellule centrale n’évolue presque pas par rapport aux voitures antérieures, seules les extrémités sont plus modernes, avec une ligne plus aplatie, et plus longue. La touche années 70 est donnée par un nuancier de couleurs plus voyantes les une que les autres, souvent rehaussées par une bande latérale contrastée arborant fièrement le nom du modèle sur les ailes avants. Autre évolution, le radiateur plus étroit, et le capot plus long permettent de placer la roue de secours en avant du moteur, libérant un espace derrière les sièges pour enfin pouvoir transporter quelques bagages.
À l’intérieur l’habitacle est très classique mais TVR en soigne déjà particulièrement la présentation, en le recouvrant intégralement de skaï moussé. L’ergonomie particulière, qui fera plus tard la renommée de la marque est déjà présente, elle aussi, avec un levier de frein à main bien curieusement placé ; alors que sur les tardives version cabriolet, tachymètre et compte-tour prendront place en position centrale, au dessus de la radio.
Première voiture présentée à Earl’s Court en 1971, la 2500M vise clairement le marché américain, avec son moteur dépollué de Triumph TR6 qui lui offre des performances plutôt modeste. Boudée en Europe, cette version sera produite jusqu’à la fin de disponibilité du moteur, en 1977, et recevra un franc succès aux USA, en faisant la « M » la plus produite. Pareillement, une version économique, la 1600M équipée du bloc Ford Kent, voit le jour durant un an, elle aussi boudée faute de performance satisfaisantes, elle sera reconduite de 75 à 77, crise pétrolière oblige.
La vraie performance car de la famille, c’est donc la 3000M, qui sera produite de 1972 à 1979. Sous son capot on retrouve le V6 Ford Essex 3.0 qui développe environ 140ch, et qui propulse la frêle TVR à près de 200 km/h et avalle le 0 à 100 km/h en 7,6 secondes. Elle va elle aussi, à la fin de se carrière, se décliner en une famille comprenant différente variantes, à comencer par la Taimar (1976) qui offre – enfin – un couvercle de coffre. Alors qu’avant il fallait se contorsionner pour glisser ses valises sous la bulle arrière en passant par les portières, la Taimar (sans doute pour Tailgate-Martin) se voit dotée d’un hayon qui s’ouvre via une commande électrique placée dans l’habitacle – pourquoi faire simple ?
Vient ensuite en 1978 une version décapotable, la 3000S, dont chaque pièce de carrosserie – à l’exception du capot – est nouvelle. Le pare-brise de Ford Consul est remplacé par un modèle plus profilé provenant de la Jensen-Healey – qui impliqua donc un nouveau dessin de planche de bord, comme vu plus haut. Les portières échancrées ne pouvant recevoir de glaces décendantes, TVR opta pour de curieuses vitres fixes amovibles, cerclées de chrome. Pas très pratique. Mais ce primer cabriolet produit par TVR eu un succès immédiat, preuve que cette carrosserie avait de l’avenir pour le constructeur…
Enfin, notons qu’une version Turbo vit le jour en 1975, suite à la volonté de Lilley de produire une véritable supercar. Développé par Broadspeed, le 3,0 Turbo fort de ses 230ch permettait une vitesse de pointe de 230 km/h et surtout des accélérations cannons. Avec un 0 à 100 km/h en 5,7s, elle pouvait tenir en respect quelques sportives cultes contemporaines comme la 911 du même nom, pour n’en citer qu’une. Notons au passage que c’est l’une des toutes premières voitures turbocompressées disponible en – petite – série. Produites aussi bien en coupé (avec ou sans hayon), qu’en cabriolet, les versions Turbo demeurent rarissimes : seuls 63 sortirent des chaînes.
Pour finir ce tout d’horizon de la série M, notez qu’il existe une ultra-rare version SE (Special Equipment), reconnaissable à ses ailes larges (3 coupés, un cabriolet) et qu’au Canada quelques 5000M, motorisée par un v8 Ford furent produites par l’importateur local.
Peu connue encore aujourd’hui, la Série M, moins exotique que les premières TVR et bien moins exubérante que celles à venir, n’en demeure pas moins le dernier modèle TVR « classique », et sans doute la voiture la plus aboutie du constructeur. On ne pourra en dire autant de sa remplaçante, la Tasmin, première des wedge-series qui faillirent précipiter TVR à la faillite. Mais c’est une autre histoire que l’on vous racontera peut-être un jour…










