Cet automne marquera les vingt-cinq ans de celle que l’on peut légitimement considérer comme l’unique incursion de BMW parmi les über-GT; en d’autres termes, la Série 8. Un anniversaire qui passera sans doute relativement inaperçu, mais qui soulève tout de même une question essentielle : au juste, quand est-ce que le futur de l’automobile a cessé de ressembler à l’automobile du futur?

Pourtant en 1989, ce futur, n’importe quel gamin était capable de le résumer au bas d’une page de cahier : une ligne en coin, phares escamotables, large bandeau lumineux à l’arrière… l’essence même de l’objet qui file sur l’autoroute dans un halo digitalisant. Dans ce contexte, les traits donnés par Klaus Kapitza au projet E31 ne relevaient pas juste de l’à-propos, mais carrément de la symbiose.

En pratique, le dernier avatar du wedge – la Lotus Esprit – survivra jusqu’en 2004, mais l’arrêt de la Série 8 au seuil du millénaire n’en est pas moins significatif. Dès lors, l’ambition de BMW pour le superlatif change définitivement de forme, et n’aura de cesse de donner des performances de supercar à des modèles qui n’en auront pas l’allure. Une auto charnière donc, mais qui n’aura pas connu plus de descendance qu’elle n’avait de filiation : partie comme elle est venue, ou presque.

Car de la Serie 8, il reste tout de même quelques vestiges au rang desquels une apparition aux mains de Robert de Niro dans Heat de Micheal Mann; Et dans un registre similaire une 850i jaune, un brin extravagante, servira d’accoudoir à un non-moins outrancier Love Symbol dans le videoclip Sexy MF. Sans que l’on puisse évoquer une franche consécration audiovisuelle, la Série 8 aura su se frayer un chemin jusqu’à la panoplie inconsciente de la génération MTV. Le rayonnement de l’Art Car réalisé par David Hockney sera quant à lui beaucoup plus limité.

L’autre legs de l’E31 ce sont les motorisations. Malgré l’habitude à Munich de servir des six en ligne à toutes les sauces, rien de tel ne sera proposé ici. Ce sera un V8, rien de moins, y compris sur l’hypothétique modèle d’entrée de gamme dont la cylindrée aurait été ramené de 4 à 3 litres. Mais les aspirations affirmées pour le raffinement et la technologie ont leurs exigences qui ne sauraient être comblées qu’avec 4 cylindres de plus.

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C’est autour de ce V12, apparu quelques années auparavant sur la 750i, que se cristallise la mythologie de la Série 8. D’abord transplanté tel quel, ce bloc ne manque pas d’inspirer les équipes Motorsport. Réalésé à 5,6 litres par leurs soins, ce qui trône sous le capot de la 850 CSi, serait en réalité la résultante d’une tentative de M8. L’unique prototype de cette dernière, jugée impropre à la commercialisation, ne reverra la lumière du jour qu’en 2010. Cela dit, rien ne se perd, et c’est bien de cette même base que dériveront les V12 de la McLaren F1 et des barquettes LM et LMR.

Comme bien souvent, c’est des ateliers d’Alpina que proviendra celle qui nous parait aujourd’hui la plus désirable. Et si la B12 est la plus performante du lot, ce ne sont pas les chiffres qui déterminent notre préférence, mais plutôt sa manière d’incarner le pinacle du grand tourisme autoroutier. Fermement ancrée dans une conception de l’automobile qui se délitait sous ses roues, c’est finalement cette soudaine obsolence qui confère à la Série 8 un charme grandissant.