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Le 31 octobre dernier Jimmy Savile est mort. Ce monument des médias britanniques, doublé d’un athlète hors-pair et d’un philanthrope aura traversé cinq décennies aux commandes d’émissions à succès à la radio et à la télévision dont la plus connue restera sans aucun doute Top of The Pops.
Une sorte de Michel Drucker à la sauce HP si l’on peut dire, en plus rock ‘n’ roll. Mais ses talents d’animateur bien qu’admirables ne sont pas ce qui nous préoccupe aujourd’hui. Pas plus que ses extravagantes lunettes et ses cheveux longs à plus de 80 ans.

Ce qui m’amène à vous parler de Jimmy Savile est l’une des voitures qu’il a possédées. Plus précisément une Rolls Royce Silver Cloud III Drop Head Coupé “Chinese Eyes” carrossée par Mulliner Park Ward. Blanche à l’origine, il la vendit en 1966 à l’équipe de tournage de Michelangelo Antonioni qui la repeignit en noir pour en faire la voiture de l’insupportable Thomas (David Hemmings), le personnage principal de Blow-up.

Some people are bullfighters, some people are politicians. I’m a photographer.
Thomas a réussi et il le sait. Photographe de mode de talent au sommet de son art, il est sollicité pour les shootings les plus prestigieux avec les plus grands mannequins, il a son propre studio et un laboratoire photo chez lui, est toujours bien habillé et son influence est telle que de jeunes aspirantes modèles sont prêtes à s’offrir à lui pour quelques photos dans l’espoir de voir leur carrière décoller.

Seulement voilà, Thomas a conscience que son succès est construit sur des apparences, des images parfaites de créatures parfaites, des travaux de commande réalisés avec talent mais sans âme, ou si peu. Contrairement à ce peintre qui vit avec lui il ne se sent pas artiste. Sinon pourquoi délaisserait-il ces superbes jeunes femmes pour arpenter Londres, Nikon F en main? Pourquoi passerait-il la nuit dans un refuge pour pauvres à prendre la misère en photo? Chercherait-il à fuir l’illusion qu’est devenue sa vie ? Est-il seulement prêt à affronter le monde réel? C’est ce qu’il découvrira dans Mayron Park en volant quelques photos d’un couple en train de s’embrasser à l’abri des regards.

Très bien construit, élégant, sexy et intelligent Blow-up est le film Blenheim par excellence. Il nous transporte dans le Londres des années soixante, le Swinging London, à une époque où Carnaby Street était le temple de la mode, raccourcissant les jupes des filles à tout va, où les jeunes gens se laissaient pousser les cheveux en écoutant les Yardbirds ou Herbie Hancock, où Twiggy imposait au monde son allure androgyne, où des artistes partis de rien pouvaient pour la première fois côtoyer les grands de ce monde, où drogue, sexe et musique scellèrent définitivement leur union, prêts à déferler sur le monde quelques années plus tard.

Ce film est devenu au fil des années l’une des références pour quiconque s’intéresse à cette période, constituant une sorte de galerie, de time capsule contenant les essentiels vestimentaires, sociologiques et culturels de ces années pop.
Belle réussite formelle donc, la grande force de Blow-up reste toutefois son invitation à utiliser notre cerveau. Antonioni, coutumier des films philosophiques, lui qui voulait faire du cinéma un art comparable à la littérature, a créé une oeuvre volontairement avare en explications et en dialogues et au contraire chargée de symboles. Il laisse suffisamment de place et de temps au spectateur pour respirer, réfléchir et se questionner.

A une époque où l’on cherche à nous faire passer Inception pour un film intelligent, alors que ce n’est qu’un –magnifique- jeu de poupées russes dont on donne au spectateur le mode d’emploi sans même lui laisser le plaisir de se débattre avec ses interrogations, il est appréciable de regarder un film qui ne nous tient pas par la main et nous laisse nous faire une opinion sur ce qui se passe à l’écran et ce que l’on peut en retirer.

A voir ou revoir d’urgence, ne serait-ce que pour savourer la scène de photo shoot avec Veruschka, l’un des plus grands moments de sensualité de l’histoire du cinéma, ou le regard troublé de Jane (Vanessa Redgrave) dans l’appartement de Thomas. C’est aussi l’occasion de voir la première scène de full-frontal nudity du cinéma britannique au détour d’un ménage à trois entre Hemmings, Gillian Hills et Jane Birkin. Tout ceci n’ayant d’intérêt qu’historique bien entendu.






Texte : Maciej

Beau film et bien belle auto que l’on peut aussi admirer dans l’un des derniers film de Bourvil , “l’arbre de Noël”