Dans ce nouveau volet des carnets de route de la première Blenheim Coupe des Alpes nous nous intéressons à l’aventure qu’a vécu Thomas Julien. Laissons lui donc la parole :
Saint Raphaël, lundi, 5h45.
Une sonnerie infâme m’extirpe sans aucun ménagement de ce qui était une bonne nuit de sommeil. La nuit a été courte, je suis hagard. Je ne sais pas où je suis, quelle heure il est ou encore d’où sort ce son ignoble qui semble s’acharner. En revanche je sais pourquoi quelque chose sonne : aujourd’hui débute la première Coupe des Alpes et nous devons être à 8h à Gemenos pour entamer les festivités. Dès lors les autres réponses découlent d’elles même. Je m’achemine laborieusement vers la cuisine et y ingurgite le premier truc qui me tombe sous la main, la matinée promet d’être longue. La semaine aussi d’ailleurs. Peu de temps après Alasdair apparaît, tout aussi hagard que moi. Comme à son habitude il se mouche, son « allergie à l’air » ne lui laissant aucun répit. La lumière est blafarde, nous sommes au radar et pourtant une sorte d’effervescence consume le peu d’énergie que nous avons à offrir. Nous ne savons pas dans quoi nous nous engageons, mais nous nous doutons que ce sera inoubliable. Rétrospectivement je me dis que si l’on nous avait décrit à ce moment là ce qui nous attendait, nous n’y aurions pas cru une seule seconde…
Après des préparatifs lapidaires nous voilà dans le Z3 Coupé, le 6 cylindres ronronnant pendant que le décor passe du noir et blanc à la couleur. Le GPS nous souffle la route, nous aurons tout loisir de naviguer dans les 4 jours à venir…
8h10, nous voilà devant « l’auberge du fer à cheval », comme prévu (à 10 minutes près). Je suis assez fier de nous, Ian m’ayant expliqué 3 fois de trois manière différentes (et contradictoires) comment nous y rendre. Je l’appelle donc fier de nous pour m’entendre répondre « Ah, vous y êtes, bougez pas on arrive, on est ailleurs ». 5 minutes plus tard la mx-5 apparaît, aussi minuscule qu’énergique. S’en extraient Ian et Goivanni, impatients d’en découdre. La discussion est expédiée, nous ne sommes pas là pour bavasser. Ian me confie le road boook, 30 pages détaillant par le menu ce qui nous attend, avec une précision clinique au point que je ne serai pas surpris qu’il me décrive le contenu de mes propres poches. En un sens ça a quelque chose de rassurant, bien que le nombre de pages m’impressionne.
Nous sortons de Gemenos et les hostilités commencent sans temps mort. A peine sortis du village nous entamons une petite route qui grimpe en serpentant dans les massifs de roches claires surplombant Marseille. La Miata s’envole, Alasdair et moi prenons ce départ tambour battant en pleine gueule. Je ne suis pas dans les notes, il n’est pas dans le rythme, nous sommes dans le vent. Léger moment de flottement à bord, rapidement dissipé à mesure que nous entrons nous aussi dans le rythme.
Au détour d’un croisement nous tombons sur une bande de hollandais Jaguarisés en pleine chasse au trésor. Ils se trainent, roulent en convoi et s’arrêtent à tout bout de champs, de préférence au milieu de la route. Maigre lot de consolation : leurs commissaires de « course » sont jolies. Nous nous en dépêtrons rapidement et accomplissons notre premier arrêt ravitaillement. Mettre de l’essence dans une voiture peut sembler simple, comme ça, de premier abord. Sauf avec la Z3 qui a poussé le mimétisme envers les voitures « old school » jusqu’à en adopter leurs jauges fantaisistes. Ainsi chaque arrêt ravitaillement prendra des airs de tombola et nous déciderons de nous arrêter tous les 400 km, histoire d’éviter toute mauvaise surpise. D’un point de vue copilotage cela sous entend démarrer chaque journée non pas en remettant le trip à zero pour savoir où vous en êtes mais noter sur le road book que la journée démarre à 101 322 km, les 300 km restant n’étant que calcul mental et plans sur la comète. Vous me direz on m’aurait enseigné le calcul mental en Z3 Coupé, j’aurai surement été plus assidu en maths…
Revenons en à nos moutons : la station service est on en peut plus pitoresque : deux pompes un peu obsolètes et une guitoune tenue par une dame du cru en guise de caisse. Le tout est attenant à un agent Renault où les Renault Express surannés côtoient les Supercinq en fin de carrière. Nous voyons passer quelques Hollandais, Ian se prend quelques vannes sur le fait que « eux ils ont les plaques de leur rallye au moins ». Le chef coupe court par un tranchant « quand vous paierez 4000€ de frais d’inscription vous aurez le droit de la ramener ». Cohérent.
Cet arrêt est également le moment d’une inversion pilote / copilote dans les deux voitures. Me voici donc assis dans le baquet de gauche, non sans appréhension. Soyons honnêtes, la Z3 m’impressionne et ce ne sont pas les 200 bornes d’autoroute menées à train de sénateur qui nous ont permis de faire connaissance. Première impression, on a un champ de vision équivalent à celui du yellow submarine si cher aux Beattles. On est assis sur le pont et le capot part là bas devant, au loin, on ne sait où. Cela me donne l’impression (erronée) que le train avant n’a que faire de ce que je lui suggère. La boite est ferme mais précise, le moteur pousse invariablement, de zéro à 6500 tours. L’avantage avec la biturbo dont je suis plus coutumier est qu’entre le moment où l’on « écrase » et le moment où cela pousse pour de vrai, on a le temps de finaliser ses idées. Pas là.
Autant dire que les premiers kilomètres ne sont pas une sinécure. Persuadé que le train avant ne m’écoutera pas je ne tourne que peu le volant (heureusement que le jour où j’ai passé mon permis mon inconscient était en veille) donc l’auto ne tourne pas et pour bien faire j’accélère systématiquement trop fort et trop tôt. Notre rythme est globalement mauvais, mes trajectoires me dépriment.
Paradoxalement le salut vient des quelques virages franchement loupés où je serai dans l’obligation d’effectuer des opérations contre nature telles que mettre le volant en butée ou prendre les freins au milieu du virage. Dès lors je comprends enfin que le train avant n’a rien d’un rebelle contestataire, que le châssis est rigoureux au point de pardonner pas mal de conneries et que les freins sont tout à fait satisfaisants. La méfiance cède alors place au plaisir et je n’aurai de cesse d’apprécier de plus en plus cet étonnant Z3 au fur et à mesure que nous accumulerons les kilomètres et que je le « secouerai » de plus en plus énergiquement. Sur ces quelques kilomètres ne me demandez pas à quoi ressemblait le paysage, je n’en ai aucune idée.
Peu avant midi nos nous arrêtons de nouveau, dans un village comme hors du temps. Nous en profitons pour jouer avec nos appareils photos respectifs (avec lesquels nous prendrons tous exactement les mêmes photos). Tandis que Giovanni confirme la réservation pour notre table du midi nous restons à papoter. Pendant cette conversation quasiment aucune voiture ne traversera le village, aucun bruit ne nous perturbera. Etonnamment reposant. A la sortie du village se présente un choix crucial : passer par un col poussant le coté aventureux jusqu’à être dépourvu de bitume ou prendre une route goudronnée, qui annoncée comme telle parait franchement ennuyeuse. Les jantes et la garde au sol du Z3 nous dissuadent cependant de jouer les apprentis Indiana Jones, détruire un pneu et une jante dès la première matinée serait passablement stupide.
Nous nous séparons donc et nous voici Alasdair et moi prenant une route irréelle, contournant le lac de Sainte Croix à flanc de montagne. Alasdair a repris le volant, j’en prends plein les mirettes. Les gorges du Verdon sont superbes, les camping car agonisants nous permettant de les apprécier d’autant plus en détail.
13h15, nous arrivons à « l’auberge du point sublime », pile à l’heure. Cette notion de point sublime nous parait un peu exagérée, notre panorama consistant en un petit parking surchargé, un bout de Verdon et une baraque à souvenirs. Passons, nous avons l’estomac dans les talons, nous tergiverserons plus tard. Nous sommes les premiers arrivés, Ian et Giovanni manquent à l’appel. Ian avait prévenu « nous aurons surement une demi heure de retard sur vous, plus d’une heure si nous devons rebrousser chemin ». Tandis que nous essayons de les appeler en vain nous faisons main basse sur les amuse bouche. 10 minutes se passent, puis 20, puis 30. Je commence à phosphorer « et si et si et si… ». 45 minutes plus tard nous voyons surgir une mx-5 pourrie de poussière, Ian et Giovanni goguenards à son volant. Visiblement l’épisode « hors sentiers battus » a été assez récréatif. Nous échangeons nos impressions sur cette première matinée autour d’un bon déjeuner, qui sera d’ailleurs le seul du voyage. A l’issue de ce déjeuner riche en anecdotes nous partons vers ce fameux point sublime, sur les chaudes recommandations de la patronne. Nous en restons bouche bée, l’appellation n’a rien d’usurpé.
20 minutes plus tard nous nous finissons par décoller, le programme de l’après midi étant encore assez dense. Les gorges du Verdon tournent une nouvelle fois au salon du camping car, ce qui finalement nous permet de digérer sereinement.
Nous prenons donc notre mal en patience avec philosophie, tout en observant les déplacements d’une mante religieuse qui nous a rejoints lors du déjeuner. Elle passera l’après midi à arpenter le capot, pour ne nous quitter qu’une fois arrivés à Entrevaux (sans dire au revoir d’ailleurs).
Les choses sérieuses reprennent cependant assez rapidement, une fois les routes vaguement fréquentées abandonnées pour de bon au profit de rubans d’asphalte déserts. Le rythme redevient énergique et disons les choses franchement, nous nous marrons comme des petits fous. Les lacs succèdent aux tunnels qui succèdent aux lacets qui succèdent aux lacs, le tout sur des routes correctement revêtues et sous une météo particulièrement clémente. Si ça n’est pas le bonheur automobile cela s’en rapproche sérieusement.
Ami lecteur, sauras tu retrouver la mante religieuse sur notre capot… ?
La mx-5 imprime toujours son rythme énergique et nous égrenons les villages déserts, plaines à peu près agricoles et autres épingles à cheveux au gré de notre périple.
A l’issue d’un nouvel arrêt je reprends le volant, la route devenant nettement plus hostile. Nous nous pourchassons dans une route creusée à flanc de montagne, particulièrement tortueuse et n’offrant que deux alternatives au goudron : la paroi ou le ravin. La Miata impose un rythme échevelé, que je me fais un plaisir de suivre, le Z3 donnant l’impression de se « compacter » à mesure qu’on lui rentre dedans. Les commandes semblent gagner en précision, l’auto en homogénéité, comme si rouler à un rythme simplement rapide lui était presque contre nature. Entre deux courbes je repense à ce que je m’étais dit il y a quelques années en voyant un Z3 courir en rallye : « il y en a qui aiment quand même bien s’emmerder ». Réflexion faite je dirai plutôt « il y en a qui ont tout compris ».
A certains endroits la route semble être moins large que l’auto, sa partie la plus épaisse se situant au niveau des ailes arrières. Ainsi au contraire de la plupart des autos faire passer l’avant ne suffit pas, si quelque chose accroche ce sera l’arrière. Je passe mon temps à scruter les rétroviseurs, chaque nouvelle inspection faisant grimper ma tension. Après quelques kilomètres je prends la résolution suivante « regarde devant, c’est là que ça se passe. T’as tout fait passer jusqu’ici, contente toi de continuer à faire pareil et tout se passera bien ». Le soir Ian et Giovanni riront beaucoup de cette anecdote, Alasdair un peu moins…
Sur la fin d’après midi nous arrivons à Entrevaux, dont l’impressionnant fort Vauban annonce la présence à des kilomètres à la ronde.
Alors que le rythme est redevenu plus calme Ian met un dernier coup de collier, ce qui nous prend à froid au point de penser qu’ils ont pris une route différente. Apres quelques minutes de conduite soutenue nous les rejoignons, il a simplement haussé le rythme parce qu’il en avait marre « de ce col de merde ». Qui aurait cru que nous finirions par faire les fines bouches… ? Premier impair cependant, au détour d’une ligne droite Ian et Giovanni tombent nez à nez avec deux autochtones cravachant une 205 tunée et considérant à l’évidence que c’est LEUR route. Afin d’éviter d’agglomérer le tout, la Miata en est quitte pour un écart, et un bel accroc sur une jante. Plus de peur que de mal mais cela servira d’avertissement.
Peu de temps après nous arrivons au gite, non sans en avoir passablement jardiné. Après tout nous ne nous étions presque pas paumés de la journée, ça en devenait presque louche. Le gite est gigantesque, nous avons presque chacun notre chambre. Ca tombe à pic, puisque nous sommes appelés à y passer les deux nuits suivantes. Nous redescendons aussitôt sur Entrevaux où nous dévalisons le libraire de tout ce qui peut parler d’automobile et pourrait (moyennant second degré à toute épreuve) nous divertir. Le choix du restaurant s’avère assez simplifié : il n’y en a qu’un d’ouvert. Nous refaisons le monde toute la soirée à grands renforts de pizzas et d’une piquette aussi locale que corrosive.
Une fois rentrés au gite nous nous délectons de nos lectures, les petites annonces se transformant en concours d’énormités et les articles techniques en crises de fou rire général. Qui aurait cru que ces magazines, atterrants de médiocrité au demeurant, puissent être aussi divertissants ? En fin de soirée toutefois première alerte via un coup de téléphone : la météo du lendemain s’annonce apparemment exécrable, si ce n’est problématique. On verra bien demain, nous avons eu notre compte pour la journée…
Entrevaux, mardi, 8h.
Mon réveil sonne, fin de mon aparté dans les bras de Morphée. Cette fois ci je sais où je suis et ce que je suis venu y faire, on progresse. Sans doute l’arrière gout de pizza 4 fromages m’a-t-il aidé à rembobiner le fil de la soirée précédente… Tandis que chacun se prépare, une cellule de crise s’inflige (en vain) une séance de télématin, à l’affut du moindre bulletin météo. En effet les nouvelles de la vieille étaient peu engageantes, la méteo nous promettant un mois de précipitations en une seule et même journée. A première vue tout est sous contrôle…
Nous descendons à Entrevaux prendre un petit dej avant de reprendre les hostilités où nous les avions laissées la veille. Le programme de la journée a l’air assez simple : Entrevaux – Entrevaux. De là à se dire qu’il sera reposant j’ai comme un doute… Nous arrêtons notre choix sur le seul troquet ouvert sur la place du village. Enfin du village, étant à l’extérieur des fortifications nous sommes techniquement dans la banlieue d’Entrevaux. L’aubergiste nous avise qu’il ne sert que des choses à boire, mais que nous pouvons aller chercher les croissants dans la boulangerie d’en face. Amusant. Pendant qu’Alasdair se dévoue nous détaillons la déco du café, comme placé hors du temps. Ici monsieur on sert de la Suze, sur un bar en zinc. Nous prenons le petit dej en nous répétant à l’envie qu’il ne faut pas trainer. Peine perdue, on refait le monde pendant une heure. En sortant du bar nous nous extasions devant une Panda 45 état concours. Je réalise alors que nous sommes parfaitement irrécupérables.
Trêve de jaquetage, reprenons la route. Le premier col s’annonce corsé et la météo se montre de moins en moins appétissante. Nous prenons notre première douche froide avant même le début de l’averse : le col est fermé pour travaux jusqu’à 16h30. Et merde. Seule solution : le prendre après 16h30, donc faire tout le parcours à l’envers. Je jette le road book à l’arrière du Z3 comme on se jette dans le vide et prend l’Atlas Michelin sur lequel Ian m’a expliqué en 3 coups de cuillère à pot que nous allions passer « par là, là tu tournes, hop et après on va là ». Note pour l’année prochaine : prendre un stabilo pour pouvoir « stabiloter » la carte quand le besoin s’en fait sentir… Alasdair démarre sans trop se soucier de cet impondérable, preuve qu’il est parfaitement inconscient du fait que je peux me perdre à 200m de chez moi. Nous repassons par la case Entrevaux où nous essuyons notre première averse. Nous admirons le flegme de Ian et Giovanni qui roulent décapotés alors qu’il commence à pleuvoir sérieusement.
Après tout tant qu’ils roulent cela a l’air de fonctionner correctement. Dommage qu’il y ait des feux rouges dans Entrevaux. Recapotage éclair au premier feu rouge : 13 secondes chrono. Alasdair me fait remarquer que c’est bien mieux que n’importe quel coupé cabriolet moderne, et de loin. Comme quoi un Ian ou un Giovanni valent toute l’ingénierie du monde.
La pluie redouble jusqu’à confiner au déluge et les 30 bornes suivantes oscillent entre le chiant et le désagréable. Il fallait ben que ce soit moins fun par moments…
Ce n’est qu’un mauvais moment à passer, la route se fait progressivement plus divertissante, bien que les conditions d’adhérence se prêtent peu au relâchement. Alasdair est concentré et moi bien content d’être assis à droite, d’autant que la navigation n’est pas très prenante pour le moment.
Ceci dit se pose le problème des distances annoncées avant les changements de direction. Quand la veille je me targuais d’annoncer un changement d’itinéraire à 100m près je dois désormais me contenter d’indications d’une précision fulgurante telle que « après », « là bas » ou « pas tout de suite ». C’est assez contrariant. A force de jouer avec la carte je réalise que mon petit doigt fait en gros une graduation, soit 2km. Le petit doigt deviendra donc l’unité de mesure de la journée, poussant l’abnégation jusqu’aux contorsions les plus improbables pour parcourir la route du petit doigt. Cela me permettra d’annoncer pompeusement « virage à gauche dans 2 petits doigts » ou « bifurcation dans 3 petits doigts, éventuellement 4 ». Nous traversons des stations de ski totalement désertes, la météo poisseuse ajoutant au désarroi de ces cartes postales fanées.
Le paysage (quand on le voit) est assez monotone, nous longeons un Nième coteau, parsemé de pierres blanches. Qui bêlent. Nous nous arrêtons, stupéfaits, devant des moutons à perte de vue. Décidément les moments de répit sont de courte durée entre les surprises.
La météo s’éclaircit, les paysages se font plus rocailleux, les routes plus sympa, nous sortons temporairement la tête du seau. L’objectif est Barcelonette à 13h, mieux vaut ne pas arriver à 14h pour déjeuner en ce début de morte saison.
Nous apprendrons à nos dépens que mieux vaut ne pas arriver à 13h non plus. Faisant les fines bouches nous nous détournons du café devant lequel nous sommes garés pour aller voir ce qu’il y a d’autre. La réponse est assez simple : il n’y a rien. Ce sera le leitmotiv de ce périple : se faire servir à manger. Cette fois ci nous nous en tirons à bon compte, avec en gros un litre de fromage fondu par tête, accompagné d’un volume conséquent de charcuterie et de pommes de terre. Mon infarctus et moi-même nous en délectons. Histoire de faire un peu de tourisme nous faisons le tour de Barcelonette après déjeuner pour y apprendre que Paul Reynolds y est né, il y a un certain temps déjà. Quel cachotier ce Paul…
Sur ces considérations historiques c’est parti pour le col de la Bonette, 2800m, le plus court chemin vers les nuages. L’autoradio diffuse Riders on the storm des Doors, bel esprit d’à propos. Les derniers mètres d’ascension tournent au dantesque, il pleut des cordes et un brouillard à couper au couteau rend la visibilité exécrable. Pour ma part je suis bien content de m’en débarrasser au plus vite. Lors de la redescente nous tombons sur un village abandonné, jadis habité plus ou moins épisodiquement par des bergers. La combinaison du temps menaçant (mettant régulièrement ses menaces à exécution) et de ce paysage de semi désolation rendent le lieu assez irréel.
Quelques kilomètres plus bas s’offre à nous un village, en bord de cours d’eau. Nous nous arrêtons, tout simplement parce que la Maita s’y est arrêté. Ce village me fera sérieusement réfléchir, à mesure que je lis les panneaux en expliquant l’histoire. Le cours d’eau à ses pieds a en effet la particularité d’avoir des colères particulièrement ravageuse et d’envoyer régulièrement le village et ses occupants « en aval » lors de ses crues. Ses occupants le reconstruisant inlassablement, avec éventuellement des barrages de retenue aussi rassurants qu’inefficaces. Ce petit jeu dura tout de même plus de 300 ans… En le lisant on ne peut s’empêcher de penser « ils sont cons, c’est pas possible ! ». L’explication vient quelques lignes plus tard : ce village, particulièrement reculé, restait coupé du monde de longs mois durant en hiver, sa natalité s’en ressentant franchement : 10 familles, 100 personnes. Je vous liasse tirer les conclusions quant à l’apport de sang neuf et les éventuelles répercutions sur les facultés de raisonnement de ses sémillants montagnards fertiles…
Ces considérations généalogiques mises à part nous repartons, l’horaire théorique d’arrivée se faisant de plus en plus tardif… Ce qui ne nous empêchera pas de nous arrêter boire un coup sur le chemin…
Le fameux col du matin se présente alors à nous, ouvert. S’il ne finit pas dans la rubrique « roads to drive before you die » de Top Gear je m’achète un Dacia Duster. Tout y est : le paysage spectaculaire, la route tortueuse mais impeccable, les changements de décor et même les tunnels pour faire chanter les moteurs. Nous aurions pu passer la journée à le faire en haut en bas.
Une fois arrivés à Entrevaux nous visitons, histoire de ne pas mourir idiots. Inutile de préciser que tout est fermé, pour changer…
Le soir nous échouons dans le seul restaurant ouvert, non sans rechigner. A l’intérieur 4 tablées dinent dans un silence quasi monacal, à peine troublé par le ronron des frigos en cuisine. Décision est rapidement prise de diner en terrasse, à la grande stupéfaction de la serveuse (au sujet de laquelle je tairai mes réflexions généalogiques désobligeantes). « Vous allez manger dehors ??? Mais non ! Pourquoi ??? ». Nous nous contenterons d’argumenter que Satanas et Diabolo ont passé la journée en cabriolet, alors que ça ne nous fait pas peur.
Un « parce que ça a vraiment l’air trop chiant à l’intérieur » aurait cruellement manqué de diplomatie…
Mercredi, Entrevaux, c’est l’heure de se lever.
Un orage tonitruant a déchiré la nuit d’un son et lumière si remarquable que j’en suis allé voir le spectacle par la fenêtre. Ceci dit l’heure n’est plus aux phénomènes météorologiques mais bien à remballer notre barda et à quitter le gite et du même coup Entrevaux. Première constatation : la Miata n’aime pas les gros orages et le fait savoir à Ian et Giovanni via deux fauteuils détrempés. Décidemment le Z3 a du bon…
Nous rejoignons notre bon vieil aubergiste dans son inénarrable café pour le petit dej, on ne change pas une équipe qui gagne. Au détail près que le mardi est le jour de relâche de la boulangerie, qui a le toupet d’être l’unique du village. Faute de merles nous mangerons des grives et c’est le quatre quarts attrapé au vol en partant de St Raph qui nous sauvera. Une nouvelle fois les débats se prolongent bien plus longuement que le petit déjeuner en lui-même, peut être ne voulons nous tout simplement pas quitter ce troquet mémorable.
Bonne nouvelle par rapport à la veille : la météo est on en peut plus clémente et les routes n’en sont que d’autant plus praticables.
Nous sortons d’Entrevaux en suivant le Var, serpentant le long de ses canyons pendant des kilomètres. Une nouvelle fois le paysage est grandiose et la route aussi amusante que déserte. De temps à autres nous croisons une ou deux camionnettes de la DDE et leur contenu, la DDE semblant profiter de ces derniers jours de beau temps pour aérer son matériel avant remise pour l’hiver, aérant son personnel du même coup. Ca n’aide que peu au déblaiement de la route que les récentes précipitations ont truffées de pierres diverses et variées, allant du gravillon au pavé. Le Z3 ayant une garde au sol somme toute assez mesurée cela tourne donc fréquemment au franchissement.
Une fois les gorges du Var passées le paysage devient assez rapidement lunaire. Ici les rares embouteillages sont créés par des troupeaux de moutons et la végétation fait ce qu’elle peut pour se cramponner au relief. Dépaysant, une fois de plus. La température en profite au passage pour chuter sérieusement, au cas où nous aurions oublié que nous sommes en montagne.
Après une longue traversée de ce paysage semi désertique nous entamons notre descente vers l’enchanteur Lac de Serre Ponçon, via une petite route qui prend par moments des airs de chemin vicinal. C’est moi qui œuvre au gouvernail, le Z3 étant de plus en plus mon meilleur ami. Le petit jeu du jour consistera à lui chercher des crosses jusqu’à en déclencher l’anti patinage, relativement permissif. En passant dans un petit village un piéton manque de se dévisser la tête pour suivre notre cortège du regard, je réalise qu’une Miata d’il y a 20 ans suivie d’un Z3 Coupé ne sont finalement pas un équipage si courant.
Peu de temps après le Lac de Serre Ponçon se dessine entre les arbres, majestueux. Pour le coup je peste d’être au volant, ne profitant que fort peu du paysage. Chacun son tour…
L’arrêt déjeuner se fait à Savines le Lac, dans le premier restaurant qui se présente. Résignés, nous avons abandonné toute velléité de grande cuisine et allons donc au plus court. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises pour autant. L’établissement est une sorte de truc gigantesque, dont la terrasse est grande comme un terrain de hockey. Le serveur vient prendre nos commandes, commence le grand numéro :
– Qu’est ce que je vous sers ?
– Je voudrais une pizza regina s’il vous plait.
– Ah mais j’ai pas de pizza regina moi !
– [merde il est tatillon ce con !] Oui enfin une reine quoi, appelez la comme vous voudrez.
– Non mais j’ai pas de pizzas.
– Mais et la carte, là… [dit il d’un air interloqué]
– Oui enfin le pizzaïolo est mort.
– Quoi ??? [dit-il d’un air décontenancé]
– Non enfin il est pas mort, il est en prison
– Hein ??? [dit il d’un air effaré]
– Non il est pas mort, il est retourné en Bretagne. Enfin y a pas de pizzas quoi. Alors qu’est ce que je vous sert ?
– Donnez moi un steak frites [dit il alors d’un air navré].
La suite du service sera à l’avenant, l’acolyte de notre serveur humoriste nous servant nos cocas en les frappant rageusement sur la table. Peut être s’agit-il là d’une technique locale, ou les Cocas avaient ils été méchants. A noter que cette façon de frapper stupidement sa bouteille sur la table deviendra dès lors la norme pour le reste du voyage. Il faut bien varier un peu, il n’y a pas que les blagues généalogiques dans la vie. Je passe sur le coté gastronomique du repas, le service étant la principale qualité de l’établissement nous nous enfuyons sans même prendre de café (l’idée de nous enfuir sans même payer l’addition nous ayant même traversé l’esprit).
Le parcours de l’après midi est l’occasion pour moi de changer de taxi et d’abandonner le Z3 pour la miata. J’ai tellement entendu parler de ce truc qu’il m’intrigue et j’aimerai comprendre pourquoi cette chose microscopique m’a donné tant de fil à retordre pour parvenir à la suivre (la réponse se situant tout simplement entre le fauteuil et le volant). Le périple commence par la traversée du lac de Serre Ponçon, décapoté, sous un grand ciel bleu. Ca se rapproche pas mal de l’idée que je me fais de la béatitude automobile. La suite par contre est nettement moins dans la contemplation : le massif du Super Devoluy escaladé plein pot et un passage de col qui sera l’occasion de notre plus long arrêt photo de la semaine, et pour cause…
La suite de l’après midi se fait à un rythme toujours aussi soutenu, Ian imprimant une cadence quasi infernale à la miata qui s’en accommode sans mot dire. Cette frêle petite auto m’impressionne, s’accommodant de tout : rouler « pied dans la gamelle », sur des routes passablement défoncées, en jouant de la boite dans tous les sens, en la jetant dans les virages, en freinant comme un cochon, voir le tout simultanément… Eu égard à son âge et à son kilométrage je comprends mieux sa réputation d’indestructibilité. Nous redescendons via des stations de ski fermées, toujours, des villages paumés, encore, alternant le roulant et les chemins de traverse. A un tel point que je finis par croire que nous nous sommes trompé de route et roulons sur un chemin privé tant il me parait improbable qu’une route aussi perdue et aussi défoncée puisse ramener in fine vers la civilisation. D’une part j’avais tort et d’autre part cet aparté loin des sentiers battus nous permettra de découvrir l’affaire de l’année:
Je serai curieux de savoir combien de personnes ont vu cette auto. Pour tout dire j’ai même été surpris que le prix (exorbitant) demandé soit en Euros et non en Francs. D’ailleurs réflexion faite même en Francs ce prix est scandaleux…
La fin du périple vers Die s’effectue via une route qui sera surement la plus escarpée et la plus accidentée que nous ayons connu, d’énormes caillasses jonchant constamment la chaussée. Heureusement pour nous la Miata offre une garde au sol suffisante pour voler au dessus de ces pierres (quitte à ce que des bruits peu engageants apparaissent sous la voiture). Ce ne sera pas le cas du Z3 qui passera un temps fou à s’arrêter pour balayer la route. Giovanni a dû être ravi d’avoir échangé…
Au détour d’un village (le seul de cette route d’ailleurs) nous nous trompons et nous retrouvons sur la place de l’église. Un demi tour tel qu’on les enseigne dans les écoles de pilotage (ou les épisodes de « Sheriff fais moi peur ») plus tard nous voilà revenus sur la bonne route. Seul impair à ce demi tour que ne renierait pas Ken Block : un cycliste était benoitement assis sur les marches de l’église et il a semble t il fort peu gouté à cette fantaisie (il n’est pas exclu qu’il ait au passage mangé un peu de poussière…). Tandis qu’il nous harangue de façon assez discourtoise, Ian me demande ce que veut le monsieur. « t’occupe, fonce, mieux vaut ne pas faire de vieux os, tu viens de lui en mettre plein la gueule.». On a déjà été plus chevaleresques, je vous l’accorde. A mesure que nous rapprochons de Die la route se fait de plus en plus roulante, la fin de trajet se déroulant entre les pop ups de la Miata.
Une fois arrivés à Die nous rejoignons le gite, non sans nous être fourni en produit local confectionné à base de jus de raisin macéré. Le gite est perdu au fin fond d’un chemin tout juste carrossable, coupé du monde. Le bâtiment lui même en est reposant. Encore une bonne trouvaille de l’ami Giovanni qui n’a pas son pareil pour nous trouver des hébergements aux petits oignons… Nous repartons rapidement à Die pour ne pas nous faire piéger une Nième fois dans un resto merdique. Je vous épargnerai les détails, après avoir parcouru Die en long, en large et en travers nous atterrissons dans le seul resto ouvert et mangeons (une pizza) en terrasse, même plus par choix mais parce que c’était ça ou rien. Cela nous offrira une vue imprenable sur les cortèges de punk-à-chien réunis ici ce jour là. Peut être un congrès, qui sait ? Paul qui vient de nous rejoindre s’étonne de cette situation de quasi naufrage alimentaire, nous lui contons nos précédents repas de perdition. J’ai eu l’impression que non seulement ça ne l’a pas franchement rassuré, qu’il ne s’est pas non plus dit qu’il avait du pot d’être dans cette pizzeria mais qu’en plus il a dû commencer à se demander pourquoi il nous avait rejoint dans cette galère.
Une fois nos pizzas liquidées la fin de soirée s’effectue au gîte, notamment à se battre contre la faune locale (araignées, moustiques, scorpions…) tout en sirotant de la Clairette de Die, plus ou moins fraiche, mais de qualité toujours égale (ce qui n’est pas forcement un compliment). Les plus téméraires iront se coucher en en posant un verre sur leur table de chevet, au cas où…
Jeudi, à une heure indéterminée.
Le réveil sonne, tout le monde debout. Ou plus exactement tout le monde est debout, hein, quoi, mon réveil à sonné ? Cette fois ci la nuit n’a été coupée par aucune force de la nature (pluie diluvienne, orage, pizza 4 fromages) et pourtant je suis complètement à coté de mes Stan Smith. Je jette un œil à mon comparse Alasdair, qui devrait selon toute vraisemblance éprouver les mêmes difficultés que moi. Et bien non, il est frais comme un gardon le bougre.
Je me débrouille pour trouver quelque chose à ingurgiter et prendre une douche avant d’aller faire un tour dehors dans le but de me remettre les idées au clair. Devant le gîte les autos sont couvertes de rosée, il fait beau et l’air est pur bref je suis dans une sorte de dimension parallèle à mi chemin entre un set de table nase de boutique souvenir et le calendrier d’Auto Retro.
Passons, chacun se prépare : Paul met ses affaires pourtant bien rangées dans toutes sortes de housses et sacs n’importe comment dans le coffre du Spider, Alasdair remet un litre d’huile dans le Z3 et Ian et Giovanni démarrent la MX-5 en se disant « merde, on a encore oublié de refaire les niveaux, on verra ça ce soir ». La routine en somme.
Nous traversons Die et commençons le trajet par la route de loin la plus infâme du périple. Jusqu’ici nous avions eu les routes défoncées, les routes détrempées, les routes qui semblent ne mener nulle part ou encore les routes couvertes de caillasses. Cette fois ci c’est la route sans route, chassez le superflu : enlevez le macadam. Cependant enlever le macadam ne dispense pas de devoir fréquemment descendre de voiture pour balayer la route devant le Z3.
Nous mettons une heure pour parcourir 30 km, Alsadair me demande toutes les 5 minutes combien de bornes il nous reste à tirer dans cette galère, sans que je puisse lui donner de réelle bonne nouvelle d’une fois sur l’autre.
Fort heureusement nous nous extrayons de ce mauvais pas et revenons à des choses plus agréables. Pour fêter ça nous faisons une pause, pauses qui seront de plus en plus fréquentes en cette dernière journée. Le trajet devient relativement roulant et au loin le Vercors se dessine peu à peu sous des nuages qui nous promettent une fin de journée agitée.
Le relief est comme toujours accidenté, avec une franche préférence pour le vert foncé cette fois ci. Nous longeons un des villages martyrs dont nous avions tant entendu parler, là bas au loin se dressent les vestiges d’un haut fait de la seconde guerre mondiale. L’ambiance est pesante, nous ne nous attardons pas. Quelques kilomètres plus loin nous nous prenons l’averse promise de longue date, Ian et Giovanni en sont quittes pour une séance de recapotage express, un brin sabotée par Paul. En effet lors du départ de Die, Paul leur avait expliqué comment replier la capote dans les règles de l’art, en dézippant la lunette arrière. Ce qui rend nécessaire de la rezipper lors du recapotage, intervention qui à l’évidence se passe nettement moins bien que prévu. Faisant montre d’une patience hors du commun Ian et Giovanni repartiront au bout de quelques secondes, quitte à finir de se battre avec cette satanée fermeture éclair en roulant.
En arrivant à Grenoble nous nous retrouvons au détour d’un village derrière une Ford Fiesta munie d’un A. La poisse, on va se trainer pendant des bornes et des bornes ! Nous en serons pour nos frais, ladite Ford Fiesta imprimant un rythme que nous aurons presque du mal à suivre ! La fin de la matinée se passe sans encombre et nous faisons halte à Vizille pour le déjeuner. Après le déjeuner de la veille plus rien ne nous étonne ou plus exactement nous aimerions ne plus être étonnés…
Hélas 1000 fois hélas notre serveur du jour est aussi facétieux que lourd, son attention en cours d’anglais semblant avoir été très succincte. L’olybrius est aux prises avec un couple d’américains qui ne s’attendaient probablement pas à avoir un numéro de café théâtre inclus dans leur menu. Ils s’en accommodent avec sympathie, nous moins. Je ne sais même plus ce qu’on y a mangé et c’est sûrement une bonne chose. Je ne sais pas s’il s’agit de la gastronomie locale ou de l’humour collant du personnel mais Alasdair sort de là dedans dans un état second, relativement proche du somnambulisme. Je reprends donc le cerceau et nous poursuivons notre route le long de vallées majestueuses et assez roulantes, de bonne guerre pour digérer paisiblement.
Repos de courte durée, les choses sérieuses reprennent comme à leur habitude. Et ça valait le coup de nous sortir de notre torpeur, un Nième enchantement visuel s’offrant à nous via « le barrage ». Plein d’humour les architectes du cru ont laissé un large dégagement pour garer les autos où il est interdit de stationner. Dans l’état où nous sommes (épuisement ou enthousiasme ? ) nous posons là les voitures en vrac et procédons à une longue séance photo. Je crois que pour une fois les possibilités étaient si vastes que nous n’avons pas tous pris exactement la même chose.
Alasdair reprend les commandes, ça continue à être sérieusement montagneux et pas franchement caniculaire. Lors d’un passage de col nous faisons (encore) une pause, non que le panorama soit particulièrement flamboyant mais plutôt que toute occasion de s’arrêter est devenue bonne à prendre. Il pleut plus ou moins et Paul est aux prises avec une vitre conducteur prise de paresse. Un problème, une solution :
Je profite de ce dernier arrêt pour changer de carrosse et monter avec Paul dans son Spider. L’intérêt de ce changement est double : d’une part faire plus ample connaissance avec Paul et d’autre part étudier de plus près le Spider qui figure en bonne place sur ma shopping list. Nous commençons le trajet capotés, nos brushing s’accommodant fort peu de la météo maussade. Je découvre avec enthousiasme l’intérieur et le comportement du Spider Alfa. Si vous me passez l’expression, globalement c’est le bordel, aussi bien en termes d’ergonomie que de précision de conduite. Je passerai sur les boutons semblant avoir été disposé de façon aléatoire ou encore les curieuses commandes de vitres électriques (qui de toute façon n’en font qu’à leur tête) pour me concentrer sur les réactions de l’auto. Evidemment le rythme est assez soutenu et nous roulons sur des routes de montagnes au revêtement parfois approximatif ce qui n’est pas précisément le terrain de prédilection ce l’auto. Dans une voiture récente comme le Z3 ça vous secoue plus ou moins mais sans pour autant affecter quoique ce soit en termes de conduite. A contrario dans le Spider vous sentez que cela représente une réelle difficulté mettant à mal l’auto dans sa globalité. Paul s’en accommode en toute décontraction, lançant le Spider d’un virage à l’autre tout en devisant de choses et d’autres. Le Spider grince, grogne, le train arrière saucissonne à chaque raccord de chaussée brouillon (c’est-à-dire 3 fois par virage) et j’aurai même à un moment l’impression de sentir le châssis se vriller (mes pieds « penchant » plus que mon séant). Je comprendrai au passage l’intérêt d’un pont arrière « à coulisse » et autres ponts « de Dion » qui visent à verrouiller les mouvements du pont dans l’axe transversal de l’auto. Avoir un pont qui ne peut que monter ou descendre par rapport à l’auto sans se décaler, c’est finalement assez appréciable.
Bref un bordel total, mais un bordel marrant. Je note au passage que Paul mécanise très intensivement sans JAMAIS faire grincer la boite, preuve d’une maestria certaine sur une Alfa de ce kilométrage.
En descendant de l’auto Alasdair me demandera « alors ? », je lui répondrai « jamais de ma vie je ne m’achèterai un truc pareil ! ». C’était il y a moins de 3 mois, elle est déjà revenue sur ma shopping list…
Revenons-en au voyage. Le paysage est toujours aussi vallonné et une fois qu’on s’est accoutumé au fait que le châssis a grosso modo une vie propre c’est la belle vie à bord, à fortiori décapoté. On en prend plein la vue et dévorons les derniers kilomètres d’asphalte à bon train, d’autant que les routes sont bonnes, propres et sèches. Autant la Miata m’avait paru trop fade la veille, autant le Spider se montre presque trop vivant !
Sur la fin le road book devient de plus en plus énigmatique, Ian finissant par nous avouer qu’il l’a finit en bossant dessus toutes les nuits, en parallèle d’une activité professionnelle diurne. Gloire lui soit rendue, une demie page d’approximation contre 30 pages de précision millimétrique, chapeau !
Ceci dit nous nous serons plus paumés au cours de cette demie page qu’au cours de toute la semaine ! Fermant le cortège avec Paul cela nous émeut peu, nous contentant de suivre poliment. Lors des tous derniers kilomètres cela se met à grimper sérieusement et au détour d’un feu rouge un épais nuage blanc nous rattrape. Après un bref coup d’œil à l’arrière de notre bolide je réalise que c’est bien le Spider qui fume copieusement.
– Hey mais c’est nous qui fumons tout blanc là ! (dis je catastrophé)
– Oui c’est normal je viens de faire changer les plaquettes.
– Quoi ????
– Ben oui, ils m’ont changé les plaquettes donc ils m’ont refait le niveau de liquide de frein.
– Et alors ?
– Et bien c’est du liquide de frein qu’elle brûle là.
– Comment elle peut brûler du liquide de frein ????? (après un rapide raisonnement je comprends le parcours qui part du bocal pour aller à l’échappement en passant par le servofrein, le collecteur d’admission et le moteur). Mais attends, c’est pas très engageant ton truc là.
– Oui mais elle l’a toujours fait. Rassure-toi, ça s’arrête après un temps.
– Ouais, quand il n’y aura plus de liquide de frein…
Sur ce le feu passa au vert et Paul reprit son chemin avec son indéfectible naturel. Quelques minutes plus tard nous arrivons à Val d’Isère, où nous attendaient les 3 autres acolytes. C’en était terminé de cette première Coupe des Alpes, du moins d’un point de vue road book. Concernant le gîte Giovanni s’était tout simplement déchainé, ayant réservé un chalet où nous aurions pu loger à 10 ou 15 personnes sans nous marcher dessus. Cerise sur le gâteau la vue est imprenable sur les montagnes, bref un enchantement.
Etant arrivés à un horaire tardif nous nous employâmes à trouver un lieu où diner au plus vite, sous peine de rester livrés à nous même. Cette fois ci les dieux étaient avec nous et nous avons trouvé à nous restaurer copieusement, correctement et dans un endroit chaleureux (d’autant plus appréciable qu’il fait 5°C dehors et qu’il neige en amont). Cette raclette durera indéfiniment, sur fond de question cruciale « quelle aurait été la voiture parfaite pour cette Coupe des Alpes ». Je n’ai pas pris de notes concernant les débats mais globalement sur 5 participants il y avait 15 avis différents. Au cours de ce repas j’ai réalisé le chemin parcouru en 4 jours, nous pas d’un point de vue kilométrique mais humainement parlant. De 4 types qui s’étaient plus ou moins croisés de ci de là nous étions devenus une bande de copains, avec une histoire commune et une bonne poignée de souvenirs. Finalement l’automobile n’aura été qu’un biais pour une histoire humaine et c’est peut être là le principal.
Le lendemain grasse matinée, alléluia !
La séance photo finish sous l’autorité du chef fut l’occasion de tergiverser indéfiniment, les autos étant trop devant, trop derrière, pas alignées, trop alignées… Bonne séance de rigolade et surtout bon prétexte pour prolonger le périple.
Pas bon…
…toujours pas bon…
… bon !
Après ça nous sommes tous rentrés chez nous en ordre rapidement dispersé, que ce soit à Paris ou à Genève.
Un grand merci à tous les participants, à Ian d’avoir organisé cette belle aventure, à Alasdair de m’avoir proposé de le copiloter et à Giovanni de nous avoir trouvé des hébergements tous plus mémorables les uns que les autres.
Un grand merci à tous, et vivement l’année prochaine !
Bien à vous,
Texte et photos : Thomas Julien

Les commentaires
Messieurs si une archive de ce road book vous encombre,
Je vous en délesterez avec plaisir,
Certainement surfait mais un remake au printemps 2011 me satisferais pleinement.
d’autant que la fin du monde est prévue pour 2012..;
Humphrey, d’ici quelques jours (semaines ?) nous dévoilerons l’itinéraire. Pas un roadbook complet, non, mais suffisamment pour pouvoir refaire le trajet.
Pourquoi faire ça tout seul au printemps ? Début septembre aura lieu… la deuxième Blenheim Coupe des Alpes, avec un nouveau tracé reliant le Lac Leman à la Méditerranée… Inscrivez-vous donc sur le forum, pour en savoir plus. C’est là que nous recruterons les heureux élus !
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