Jensen Interceptor Orange

Mark Fenley est un homme singulier, de ceux qui considèrent leur carrière avant tout comme une opportunité pour profiter des plaisirs de la vie. Il exerce comme « copywriter » dans la jeune agence Saatchi&Saatchi ; ce qui à ses yeux est encore le moyen le plus rock & roll de devenir très riche… à défaut de remplir l’Albert Hall.

C’est ainsi qu’à trente ans tout juste, Mark est propriétaire d’une Jensen Interceptor Mk.III de 1973. Il en a pris livraison en juin dernier, directement à l’usine de West Bromwich. C’est d’ailleurs l’unique occasion pour laquelle un voyage en banlieue de Birmingham lui a donné le sourire. Cette voiture lui ressemble : l’apparente désinvolture de son comportement ne peut masquer sa réelle compétence lorsqu’il s’agit de s’acquitter de la mission qui lui est confiée. Son naturel brut et décomplexé se devine par l’originalité de certains traits. L’exotisme élégant du dessin de la Carrozeria Touring, rappelle d’une certaine manière à Mark les costumes qu’il se procure à l’occasion chez Tommy Nutter.

Jensen Interceptor Details

Lorsque Katheryn a rencontré Mark, elle vivait encore à Eindhoven. Ce dernier avait entrepris un tour d’Europe l’été de ses vingt cinq ans, au volant de sa vieille Morris Minor. Ils ont fini ce voyage ensemble. Depuis, les longs trajets en voiture ont toujours une saveur particulière pour Katheryn. Elle conduit rarement la Jensen, mais elle apprécie son ambiance. « Voilà enfin une auto qui est à la fois luxueuse et moderne » avait-elle pensée en la découvrant. Katheryn sait bien que sa vie est confortable, mais elle apprécie peu que les objets qui l’entourent le lui rappellent. Elle tient à vivre avec son époque, porte des bottes avec ses mini-jupes et lit scrupuleusement Cosmopolitan. Mark prétend qu’il s’est inspiré d’elle pour la campagne de lancement de l’édition locale, son premier succès à l’agence. Si aujourd’hui, ils ont les moyens de rouler en Interceptor, c’est quelque part grâce à elle.

Jensen Interceptor Worldwide

Demain à l’aube, John et Abygail – les enfants de Mark et Katheryn – prendront place à bord de l’Interceptor. Ils s’amusent toujours autant des places arrières individuelles dans lesquels ils s’endormiront sans doute rapidement. La famille quitte Londres pour quelques jours pour se rendre à Méribel. John veut absolument apprendre à skier cette année. Il ne parle plus que de Jean-Claude Killy. Sa soeur est encore un peu jeune pour partager son enthousiasme.

Jensen Interceptor Inside

Mark a déjà réfléchi au trajet. Il sait que les 700 miles qui le séparent de sa destination n’opposeront aucune résistance à l’allure de l’Interceptor une fois sur les voies rapides. En revanche l’ascension depuis Moutiers risque de se faire sous la neige, et Mark regrette que Jensen ait cessé de commercialiser ces modèles à transmission intégrale. Le système Formula Ferguson aurait certainement fait des merveilles dans ces conditions. Les pensées de Mark sont toutefois plus centrées sur l’embargo de certains pays l’OPEP, qui semble s’installer. Difficile d’en ignorer les conséquences lorsqu’il faut ravitailler un V8 Chrysler de 7,2 litres de cylindrée. Ce genre de voyage ne sera certainement plus très raisonnable à l’avenir.

Jensen Interceptor Life

Pendant que Katheryn finit de charger les valises, Mark jette un oeil à l’intérieur de l’Interceptor. Il éjecte la cassette restée dans l’autoradio : « Sticky Fingers » des Rolling Stones. Que serait-il devenu si, comme Mick, il avait abandonné ses études à la London School of Economics ? Puis soudain, la remarque de l’employé de Jensen qui lui tendait les clés de sa nouvelle auto lui revient : « Vous savez, Keith Richards a exactement la même! ». Mark se lève et referme la portière en se disant que la vie est bien faite.