Encore une Continental GT dans les colonnes du Blenheim Gang ? Oui, parce-qu’après un coupé à moteur W12 qui nous a laissé perplexes, et un cabriolet GTC qui nous a emballé, nous ne savions plus quoi trop penser du best-seller Bentley. La sortie d’une nouvelle version, motorisée par un frugal V8 semble, du moins sur le papier, répondre à nos attentes.
La première justification de l’apparition de ce « petit » moteur sous le capot de la Continental est environnementale. Les normes sont passées par là, et tous les constructeurs de sportives sont soumis et contraints d’adopter le downsizing – les 12 cylindres étant désormais une espèces en voie d’extinction.
Le passage au V8 est aussi l’occasion de dépoussiérer – un peu – l’image de la Conti’GT, avec à la fois une présentation plus sportive, et un tarif plus économique (accompagné de quelques légères pingreries d’équipement). Au menu, une calandre grillagée noire, de nouvelles jantes, un bouclier plus suggestif, de nouvelles sorties d’échappement doubles en forme de « 8 » et des badges à fond rouge. La Bentley sport, en classe éco, ça ne vous rappelle rien ? Mais si, souvenez vous de la Eight, cette Mulsanne au rabais, ticket d’entrée de la gamme Bentley dans les années 1980, qui reprenait le même bon gros filon. Les sièges en tissu en moins, ils n’ont quand même pas osés.
Classique, la ligne de la Bentley est connue : pas disgracieuse, elle n’est pas pour autant un chef d’œuvre. En cause des proportions étranges avec un capot trop court, et des jantes énormes qui faussent totalement l’appréciation de son gabarit gigantesque. Les détails retravaillés de façon plus sportive ne sont pas pour nous déplaire.
Si la W12 se montrait peu expressive (on entendait à peine le moteur dans la version cabriolet), la V8 est une sacré gueularde, via son échappement actif ultra-complexe : les deux lignes, asymétriques, permettent d’émuler le bruit d’un huit cylindres lorsque la voiture ne tourne que sur quatre… Le son est démentiel, surtout pour ceux qui restent sur le bord de la route, alors que le monstre passe à pleine charge. Sinon ? Sensiblement moins puissant (500 ch au lieu de 560), avec à peine moins de poids à mouvoir, le nouveau moteur transfigure le côté démoniaque de la voiture. Le couple a beau être toujours gargantuesque et les performance étourdissantes, on ne perçoit plus à son volant la petite étincelle de folie qui rendait le W12 si attachant. Cette version qui se la joue sport est – bande-son mise à part – encore plus aseptisée. On à peine à croire que c’est possible.
Autre surprise de taille, malgré un poids en légère baisse, cette Continental V8 semble moins incisive que sa grande (grosse?) sœur. Sa direction über-assistée est tellement légère que les passages rapides en courbes se font dans une impression de flottement aussi troublante que peu rassurante. Nous n’avons pas trouvé si un réglage permettait de corriger cela, et ne nous rappelons pas avoir vécu pareille situation au volant du coupés et du cabriolet W12, avec lesquels nous avons pourtant sorti le grand jeu en totale décontraction. Étrange et déstabilisant, d’autant que la Bentley est, en fait, toujours aussi impériale sur la route.
Vous avez oublié la Eight, vous risquez fort bien d’oublier cette Continental GT V8 dans quelques décennies, pour n’aduler (mais si, vous y viendrez) que celles équipées du W12. Triste sort des voitures qui n’ont pas le bon moteur, comme les Jaguar XJ-S à 6 cylindres, ou les BMW qui n’en ont que 4. Les plus malins sauront profiter de cette amnésie, un jour.
Une Bentley, quelle qu’elle soit, reste toujours une Bentley. Confort souverain, équipement pléthorique et finitions d’une noblesse que bien peu d’autres autos n’atteignent. Pussy-magnet évident, à condition d’opter pour les bonnes teintes extérieures, et surtout intérieures (le nuancier et ses assortiments peuvent parfois donner au mieux des frissons, au pire la nausée).
Exercice difficile que d’avoir un avis tranché sur cette auto. Moins émouvante que la GTC à moteur W12, cette Continental GT V8 reste, malgré nos quelques critiques, une excellente auto pour rouler jusqu’au bout du monde. Et son petit côté canaille (ce son!) nous amuse plus que l’ennuyeuse perfection du coupé W12. Un juste milieu, sommes toute.
Texte : Yan-Alexandre, photos : Pierre Sautelet


Les commentaires
Bande son svp!!!
Ici : http://www.youtube.com/watch?v=KFYdGuWOMdY&feature=fvst
à 1:00 il y a deux passages bien gutturaux assez réalistes, même si la vidéo ne retransmet pas le “coffre”.
Non, la Bentley Eight n’avait pas de sellerie tissu ! L’économie résidait essentiellement dans l’ébénisterie et la moquette moins opulente, la suppression des miroirs de custode AR ou les filets range-revue au dos des sièges AV. Difficile toutefois de parler de bas de gamme. Il s’agissait surtout de donner du grain aux journalistes à une époque où la firme n’avait pas les moyens de présenter de véritable nouveauté.
Autres temps. On en reparlera prochainement.
J’ai un témoignage sur le forum rollsroyceforums.com d’un ingénieur de la marque qui affirme que les premiers exemplaires de la Eight avaient une sellerie en velours beige ou marron, avec passepoil cuir… Bien qu’on en trouve aucune trace…
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