Méconnue la Primula ? Elle est pourtant un jalon majeur de l’industrie automobile italienne. Voici son histoire.

Autobianchi-Primula-01

Dante Giacosa était l’un des ingénieurs le plus avant-gardiste de son époque. Il avait pour idée que les petites Fiat économiques pouvaient devenir des voitures plus spacieuses et plus agréables à conduire, à condition de passer de l’architecture traditionnelle moteur arrière / propulsion à une configuration moteur avant / traction. Beaucoup l’ont accusé de copier la Mini d’Issigonis, mais c’est bien Giacosa qui conçut et breveta le train avant moteur associé à un moteur transversal dès 1947.

AutobianchiPrimula-06

Giacosa espérait que les trains roulants qu’il avait imaginés seraient utilisés sur la 600, mais Fiat décida d’opter pour un moteur longitudinal placé derrière l’habitacle. Plusieurs décennies plus tard, Giacosa expliquera que l’une des raisons de ce volte-face provenait du fait que « les composants du moteur et de la boîte de vitesses partageaient le même carter, ce qui signifiait qu’ils ne pouvaient être assemblés et testés séparément dans des ateliers distincts ». Lorsque le moteur et la transmission sont montés côte à côte, « un ensemble de pignons – ou une chaîne – doit être utilisé pour transmettre le mouvement du moteur à la boite de vitesses. Cela signifie des complications en plus, un niveau sonore plus élevé, une perte de puissance due aux frictions supplémentaires, un poids en hausse, et des coûts plus élevés. La Mini, avec sa pignonnerie logée dans le carter moteur, présente ces défauts ».

La direction de Fiat fut un autre obstacle aux idées de Giacosa. Elle pensait dur comme fer que la seule façon de concevoir une petite voiture était de placer le moteur derrière le train arrière. Utilisant le succès de la Mini comme exemple, Giacosa finit par convaincre ses supérieurs de donner une chance à une traction. Mais dans leur scepticisme, ils lui ordonnèrent d’expérimenter ses idées non pas sur une Fiat, mais sur une Autobianchi – une division crée par Fiat, Bianchi et Pirelli en 1955. L’idée était qu’en cas d’échec, celui-ci serait imputé à Autobianchi, et n’entacherait pas l’image du grand constructeur turinois.

Autobianchi-Primula-10

Giacosa et son équipe se mirent rapidement au travail pour créer la Primula, la toute première traction avant produite en grande série par le groupe Fiat. Elle fut présentée à la presse et au public lors du salon de Turin 1964. Pour éviter les défauts qu’il trouvait à la Mini, Giacosa installa la transmission dans l’axe du moteur, une architecture que l’on trouve sur virtuellement tout types de voitures aujourd’hui.

La Primula fut présentée avec le moteur 4 cylindres 1 221 cm³ de la Fiat 1100 D. Associé à une transmission manuelle à 4 rapports, il développait 59 ch à 5 600 tr/min et 92 Nm à 3 200 tr/min. L’année suivante, une version à carburateur Solex double-corps étoffa la gamme, avec une puissance de 65 ch et un couple de 130 Nm. En série, la voiture disposait de quatre freins à disques et, détail intéressant, Autobianchi dut équiper la Primula d’un embrayage hydraulique pour réduire la taille de la cloche de celui-ci, et permettre le montage transversal de l’ensemble moteur-boîte.

La Primula fut lancée sous la forme d’une berline à quatre portes, rapidement rejointe pas des berlines à deux, trois et cinq portes, et même un coupé à pavillon élancé. Parallèlement, de nouveaux moteurs furent ajoutés au catalogue, dont le 1 197 cm³ de la Fiat 124 (65 ch et 87 Nm), et un 1,4 l de 75 ch et 109 Nm. Provenant de la 124 Special, ce moteur fut uniquement installé sous le capot de la version haut de gamme Primula Coupe S. Enfin, la Primula reçut un restylage en 1968, reconnaissable à se calandre plus étroite.

Fiat vit dans la Primula une rivale potentielle pour ses propres voitures, parmi lesquelles la 850 qui fut présentée la même année – ironiquement, les deux voitures avaient été conçues par Dante Giacosa. Le constructeur de Turin a eu la chance que les clients italiens ne se soient jamais enflammés pour la Primula, et restèrent fidèles aux voitures à moteur arrière durant encore une décennie.

Ci-dessus : Autobianchi Primula Coupe S

Cependant, la Primula connut un relatif succès en France, où les clients étaient déjà habitués aux tractions à hayon. La presse vit en elle une Peugeot 204 italienne, et une variante plus menue de la Renault 16. En 1969, la Primula cinq portes coûtait 10 836 FF, alors que la Coupe S de 75 ch s’échangeait contre 12 992 FF. Pour mettre ces chiffres en perspective, notons qu’une Fiat 500 L coûtait 5 290 FF, une 850 Special 7 120 FF et une Peugeot 204 Grand Luxe 10 550 FF. La Renault 4 coûtait 6 712 FF et la Coccinelle débutait à 7 680 FF.

Ci-dessus : Autobianchi A111

La commercialisation de la Primula s’acheva en 1970, avec 75 000 exemplaires produits. Sa place dans la gamme Autobianchi fut prise par la A111, une berline plus conventionnelle à 3 volumes, au gabarit sensiblement similaire à celui de la Fiat 124. Lancée en 1968 en Italie, la A111 était motorisée par un 4 cylindres 1,4 l transversal qui entraînait les roues avant via une transmission manuelle à 4 rapports – soit les caractéristiques de la Primula Coupe S. Le groupe motopropulseur de la Primula équipa également la Fiat 238, une camionnette concurrente du van VW.

Ci-dessus : Fiat 238

Bien qu’elle fut loin d’être un succès commercial, la Primula fut une voiture primordiale pour Fiat. Elle inaugurait une architecture mécanique utilisée depuis par pratiquement toutes les voitures du groupe. Fiat admit que Giacosa avait raison, et donna timidement sa chance à la traction avant sur la 128, en 1969. La presse salua immédiatement sa tenue de route sécurisante et son habitacle spacieux, des qualités héritées directement de la Primula.

AutobianchiPrimula-02