Après vous l’avoir montré en photo sous toutes les coutures, il est plus que temps de vous livrer nos impressions de conduite sur la très controversée nouvelle petite Aston Martin, la Cygnet.

Critiquée pour n’être qu’un simple clone haut-de-gamme de la Toyota iQ, la Cygnet a subi depuis sa présentation bien des railleries. Pourtant, une journée à bord permet de se remettre un peu les idées en place, et de lui trouver quelques charmes pas inintéressants. Premier constat, avec sa calandre géante et son look agressif – il n’y a a part les portières et le vitrage pratiquement aucune pièce de carrosserie commune avec la japonaise – la voiture est immédiatement perçue par les passants londoniens comme une Aston Martin, bien que le doute soit permis sur son authenticité. Un cycliste que nous dépassons nous hèle : “C’est une vraie ou c’est une blague ?” On vous demande pardon ? “Je veux dire, c’est une vraie Aston-Martin, ou vous avez collé des stickers sur une autre voiture ?” Zut. En tout cas, impossible de passer inaperçu…

Conçue avant tout pour diminuer les émissions de CO2 au sein de la gamme bien polluante du constructeur, la Cygnet ment forcement un peu sur ses origines – même si le prétexte de proposer une voiture urbaine de prestige sorte d’über-Smart pour millionnaires en quête de singularité n’est pas déplaisant en soit. Le montage industriel, lui, est tout aussi bricolé que le positionnement marketing. Si Aston Martin dit avoir choisi l’iQ pour être la solution technique la plus interessante, le choix a été fait après la mise en production de la japonaise, donc bien après la mise en place du process de fabrication de celle-ci. Résutat, pas d’autre choix pour Aston que d’acheter des voitures complêtes chez Toyota, comme n’importe quel client, et d’ensuite seulement les démonter entièrement pour les transformer – à la main s’il vous plait – en “véritable” Aston. Même la peinture Toyoyta doit être enlevée – toujours à la main – pour être remplacée par une profonde teinte “made in  Gydon”. Absurde, vous avez dit ?

Là ou la Cygnet impressionne, c’est dans son habitacle; entièrement redessiné dans le style Aston, avec une profusion incroyable de matériaux nobles : du cuir et de l’Alcantara absolument partout : jusqu’aux carter des glissières des sièges ! Comme sur une grande DB, tout est personnalisable, avec une vingtaine de teintes de cuir et de surpiqures, et différentes qualités de cuir, alcantara et tissus disponibles pour les éléments contrastés comme les centre de portes et de sièges. Du jamais vu sur une citadine : tout simplement bluffant. Le client Cygnet se voit donc proposer un veritable menu, riche comme la carte d’un grand restaurant, à complêter pour obtenir une voiture réalisée sur-mesure… ou Taylor-Fit comme le dit si bien son slogan.

Il suffit de se garer à côté d’une iQ pour voir à quel point les stylistes de Gaydon ont bien travaillé : la Cygnet est aussi impressionnante que la Toyota est fade. Et même si les gimmicks sont nombreux et la calandre béante un peu clownesque, on ne peut s’empêcher de trouver cette Cygnet sympathique. L’intérieur, superbe, fait gagner un Twiggs supplémentaire à la voiture.

Le 4 cyiindres 98ch de la Toyota est l’un des moteurs les plus anémiques que nous avons eu l’occasion de tester ici. Ce qui, associé à une triste boîte automatique à convertisseur, fait vraiement de la peine quand on conduit une Aston. Personne n’a pensé (information confirmée en interne) à y ajouter un échappement sport pour lui faire donner ne serait-ce qu’un peu de voix. Résultat on se contente d’un horrible bruit de motoculteur. Le niveau zéro du mechanical thrills, comme le confirme notre courte vidéo :

Voir la vidéo originale

Celui qui a déjà essayé de s’aventurer en ville au volant d’une Aston Martin, qu’il s’agisse d’une DB9 ou d’une Rapide, ne recommencera sans doute jamais, tant c’est un calvaire. Avec la Cygnet on se gare dans un mouchoir de poche sans se poser de questions. C’est déjà ça. Et c’est sans doute tout ce qu’on lui demande de ce côté là.

Tout ce qui porte le blason Aston Martin est amené tôt ou tard à valoir son prix en or. Et tout ce qui  est petit, britannique et luxueux aussi (pensez au Mini Radford). Double peine, donc.

Enorme succès si vous visez les Blenheim Posh Girls. Bonus si elles sont russes ou libanaises. Vous avez toujours eu des goûts de luxe n’est ce pas ?

On doit l’avouer: on n’est pas arrivé à détester cette Cygnet – ce que sans doute tout le monde attendait de nous. Nous n’aurions rien contre le fait d’en faire réaliser une sur mesure selon nos envies, de la garder au chaud dans une grange et de la sortir dans 30 ans pour frimer un max. À surveiller en occasion en 2040 ?

Texte et photos : Yan Alexandre