Retour à l’age d’or du grand-tourisme, où les traversées trans-continentales étaient l’apanage de l’aristocratie automobile, raison d’être principale des rapides et confortables coupés GT. La Riviera, française ou italienne, et les Alpes étaient autant de destinations de prédilections pour ces belles autos et leur conducteurs – d’autant plus s’ils étaient Anglais et à la recherche d’un climat plus en rapport avec leur aspirations estivales.

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Qu’ils roulent en Aston-Martin, en Jaguar, en Bentley ou en Bristol, leur route est connue : traverser la Manche, contourner Paris par Reims et Dijon, ou Rouen et Orleans, puis plein sud. Mais à quoi bon filer sur les routes françaises avec des bolides capables de laisser sur place la Flèche d’Or ou le Train Bleu, s’il fallait attendre des heures les ferries, faire la queue pour embarquer, et ensuite se trainer lamentablement à travers la Manche. Heureusement, depuis 1948, la Silver City Airways proposait un service aéroporté solutionnant ce délicat problème.

Bristol Freighter et Super Freighter

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Spécialisé dans le cargo, la Silver Line est une toute jeune compagnie fondée en 1946, spécialisée dans le transport de fret vers les colonies et les ponts aériens. Elle fait rapidement l’acquisition de quatre tous nouveaux Bristol 170 Freighter pour élargir sa petite flotte, et réalise que l’avion de transport pourrait très facilement être converti pour embarquer des automobiles dans sa soute à chargement frontal. Elle les met donc en service à cet usage à partir de juillet 1948 entre l’aéroport côtier de Lympne et Le Touquet. Le « Air Ferry » est né.

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À peine plus cher que le transport maritime, c’est un succès. Chaque avion peut embarquer 2 voitures et leurs passagers, pour un vol d’un grosse vingtaine de minutes. Le service est d’abord saisonnier, puis devient régulier. En 1949, la compagnie a transporté 2 700 voitures et 10 000 passagers – un chiffre qui va doubler l’année suivante. D’autres lignes s’ouvrent, vers les Iles Britanniques, entre Southampton et Cherbourg, et Southend et Ostende.

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Une nouvelle version du Bristol 170, le Super Freighter rallongé, est mise en service à la demande de la Silver Line, pour embarquer une voiture supplémentaire dans sa soute. En 1954, le trafic devient trop important pour le petit aéroport de Lympne, et la compagnie déménage à Lydd (aujourd’hui London Ashfort Airport), et continue d’ouvrir de nouvelles lignes.

Au même moment, l’homme d’affaire Freddie Laker, qui commençe à se faire un nom dans l’aviation, lance sa propre compagnie, Channel Air Bridge, qui rencontrera le même succès. Dans les années 60, elle va ouvrir des lignes encore plus longues, emmenant voitures et passagers à Rotterdam, Bâle, Geneve ou Strasbourg, avec un tout nouvel appareil crée à cet usage : l’ATL-98 Carvair.

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Laker avait vite compris les problèmes posés par le Bristol Freighter. Ne transportant qu’au maximum 3 voitures, il suffisait d’un seul désistement ou retard (les places se réservaient à l’avance) pour perdre 30% du chiffre d’affaire, et rendre le vol déficitaire. De plus, fragiles, ils encaissaient très mal les cycles décollage-aterissage très fréquents qu’imposaient ces sauts de puce à répétition. Et les voitures devenaient de plus en plus longues…

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Au même moment, le transport aérien vivait la révolution du jet, et toutes les compagnies ne juraient plus que par les Boeing 707, Douglas DC-8 et consort, envoyant à une retraite très précoce un nombre considérable de quadrimoteurs à hélices. En 1961 il met donc la main sur un lot de DC-4 qu’il fait modifier en déplaçant le cockpit sur un pont supérieur, laissant la place à une large porte sur le nez. Le fuselage est rallongé, une dérive spécifique est installée, et les freins renforcés. L’ATL-98 Cavrair est né, et il en sera en tout produit 21 exemplaires. Dans leur aménagement standard, ils peuvent embarquer 5 voitures ainsi que leurs passagers. Seul bémol, bien plus haut sur pattes que les Bristol 170 équipés de rampes de chargement, il imposent l’utilisation d’un élévateur à voitures.

Si 1962 est la meilleure années pour les ferries de la Silver Line (plus de 96 000 voitures transportées), son activité principale de transport de frêt bat de l’aile et la compagnie est contrainte de fusionner avec Channel Air Bridge. De leur union nait la British United Air Ferries (qui changera de nom en 1967 pour devenir British Air Ferries, ou BAF). L’apparition des ferries roll-on/roll-off sur la Manche, permettant un chargement simplifiée des véhicules, et des premiers hovercraft dans les années 1960 va néanmoins mettre un frein rapide aux Air Ferries ; et le dernier vol au dessus de la Manche transportant une automobile aura lieu le 1e janvier 1977. Renommée British World Airline en 1993, la BAF se spécialisera dans le leasing avant de fermer ses portes suite à la crise aérienne consécutive aux événements du 11 septembre 2001.

Le Bristol Freighter a volé pour la dernière fois en 2004. Sur les 214 exemplaires produits, 68 se sont écrasés de par le monde, alors que 8 des 21 Carvair ont connus le même sort. Un seul vole encore au Texas, où il est entre autres utilisé pour des exhibitions de parachutistes, alors qu’un autre exemplaire (le dernier, produit sous licence en Afrique du Sud), serait en restauration en Zambie.

Il n’y a aujourd’hui guère plus que quelques touristes du Golfe pour charger leurs clinquants bolides tels de vulgaires bagages en soute de cargo afin de parader sur les boulevards londoniens et parisiens – on est bien loin du grand tourisme. Pour les nostalgiques des navettes aériennes, que le tunnel sous la Manche (qui rend aujourd’hui le même service en tout aussi rapide) rend claustrophobe, et qui sont sujets au mal de mer, notons tout de même que Lydd Air propose toujours une liaison aérienne entre les aéroports de Lydd et du Touquet. Le vol, assuré en Piper Chieftain, dure 15 minutes, mais seulement pour 9 passagers. Sans leur voitures, bien sur.

Quelques documents vidéos passionnants :

Un épisode de Look at Life décrivant dans le détail les phases de vol d’un ATL-98 de British United Air Ferries : embarquement des voitures en Angleterre, vue de la cabine en vol, déchargement à Genève et collecte des voitures par leurs conducteurs. Exceptionnel.

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La minute de gloire cinématographique du Carvair. La Rolls-Royce d’Auric Goldfinger embarque à bord d’un ATL-98 de la British United Airways à Southend, en direction de Genève. James Bond, nous dit t-on, prendra le vol suivant.

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Le film Échappement Libre nous montre une façon bien moins académique de charger un Carvair de la compagnie espagnole Aviaco, à l’aide d’une bien frêle rampe. Risqué ? (aéroport non identifié, scène probablement tournée en Espagne)

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Le Bristol 170 Freighter apparait dans le road-movie Two for the Road (Voyages à Deux), et aussi dans cette incroyable séquence tirée du documentaire Mystère d’Archives – la Tragédie du Mans. On y voit les quatre Type-D de l’équipe Jaguar déchargées de la soute de deux Freighter de la Silver Line sur l’aérodrome du Mans.

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Quelques brochures commerciales :