Love, voilà un groupe californien qui sent les 60’s, la weed, les acides et l’héroïne.

Love fait partie de ces groupes qui ont vivoté à l’ombre de géants californiens qu’étaient les Creedence Clearwater Revival, Doors, Buffalo Springfield, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Beach Boys, et autres Canned Heat. Le succès critique n’allant pas toujours de pair avec le succès populaire, Love n’a jamais bénéficié d’une exposition à la hauteur de son talent.

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Ci-dessus : Love, avec son leader, Arthur Lee, en slip.

Emmené par son leader Arthur Lee, au chant, et le guitariste Bryan MacLean, Love a sorti trois albums entre 1966 et 1967, l’éponyme Love, Da Capo et Forever Changes, celui qui nous intéresse ici. S’il est aujourd’hui admit comme un album majeur du rock psyché californien, et du rock des 60’s tout simplement, il est longtemps resté dans l’ombre de ses « concurrents ».

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Le Jefferson Airplane explose en 1967 avec Surrealistic Pillow et After Bathing at Baxter’s, qui sont des piliers d’un rock acidulé, le pendant « positif » d’un rock sous substance loin d’imaginer le drame des crimes de Manson et de sa Family (1969) qui sonnera comme la fin du trip. Et si Forever Changes ne rencontre pas le succès qui pourtant semble évident pour les critiques d’alors, c’est peut-être parce qu’en 1967 le public Californien n’est pas encore prêt à voir la face sombre de ces substances. Mais aussi parce que Lee refuse de promouvoir l’album en live, comme par exemple au Monterey Pop Festival 67 – festival qui verra le retour au pays et la consécration de son ami Jimi Hendrix.

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Forever Changes est emprunt d’une profonde mélancolie, d’une triste résignation comme s’il était impossible de finir ce voyage artificiel sur une bonne note. Les douces mélodies acoustiques ne trompent pas quant aux sentiments réels de l’album.

Arthur Lee et les membres du groupe – John Echols (guitare), Bryan MacLean (guitare) Micheal Stuart (batterie) et Ken Forsi (basse) – s’adonnent quotidiennement à la prise d’acides puis à l’héroïne. Ils vivent alors dans une ancienne demeure de Bela Lugosi, dans le quartier de Laurel Canyon, alors l’épicentre musical de L.A., avec Topanga Canyon. Lors de l’enregistrement de l’album, Arthur Lee est persuadé de sa mort prochaine, ce qui le pousse à une frénésie créative. Les arrangements de l’album sont alors d’une rare complexité, à l’instar d’un Pet Sounds ou d’un Sgt Peppers. Forever Changes n’a pas à rougir de la comparaison.

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L’album comporte une teinte très acoustique la guitare électrique est peu présente (A House Is Not A Motel, Live And Let Live). Il est à noter l’utilisation de cuivres et de guitares Flamenco (Alone Again Or, Maybe the People Would Be the Times or Between Clark and Hilldale), ainsi que la participation de l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Les thèmes de l’album sont classiques, amour, guerre (Viet-Nam), drogue, quête d’identité et mort.

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Il s’ouvre sur Alone Again Or, superbe ballade flamenco, souvent reprise. Avec brio par Calexico, par exemple.

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Si tous les titres ne sont pas égaux, s’en suit : A House is Not a Motel, chanson beaucoup plus « pop-Folk » qui se ponctue par une superbe fulgurance électrique.

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The Red Telephone, sixième titre de l’album. Le Vietnam et la mort sont prégnants, une orchestration fine, un titre qui ne sent pas la joie, une beauté froide.

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Maybe the People Would Be the Times or Between Clark and Hilldale reprend des teintes sonores beaucoup plus chaude, avec un entrain non feint, mais pour une destination inconnue.

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You Set the Scene clôture superbement l’album, d’abord sur un rythme haletant, soudain brisé à 2:30, pour une succession de « faux départ » qui s’achèvent sur une montée de l’orchestre.

Forever Changes a cette puissance lyrique qui permet de s’oublier, mais il ne nous laisse jamais en suspend dans cette ouate de lignes musicales enivrantes. Il nous prend par la main pour nous rappeler que la réalité est un matelas crasseux et des vieilles pâtes réchauffées trop de fois. C’est un album ancré dans son temps, moins universel que les chefs d’œuvre consacrés sus-cités, mais de fait profondément instructif quant à la réalité des préoccupations du moment.

L’album complet :

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Si Youtube est bien pratique se le procurer sur support physique, me semble être une évidence.

Bryan MacLean quitte le groupe peu de temps après, suite à une overdose qui lui est presque fatale, Echols et Forsi purgeront quelques petites peines de prison après de menus braquages dans des magasins de beignets, à fortiori sous emprise de LSD.

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Arthur Lee continuera à faire vivre Love avec d’autres musiciens, sans réel succès. Il sortira aussi quelques albums solo, dont Vindicator d’où est tiré Everybody’s Gotta Live, titre fréquemment repris par moult groupes. En 1995, il est condamné à 12 ans de prison pour utilisation d’arme à feu, il est libéré en 2001 et décède en 2006 à 61 ans.

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