L’envie d’une voiture est cyclique chez moi. Il y a toujours une sélection de voiture que je scrute de temps à autre. Liste qui s’étoffe régulièrement de nouvelles lubies. J’ai mes phases que je connais par cœur. Recherche frénétique de documents, de photos. Sites de vente auto. Définition de mes critères : couleur/motorisation/année. Puis j’en parle autour de moi pour mieux me convaincre qu’il me la faut impérativement et aussi pour préparer l’entourage à un achat probable, imminent et totalement irrationnel. C’est le point critique de ma pathologie qui se termine généralement au service cartes grise de la préfecture. Mais parfois l’envie disparaît aussi vite qu’elle est apparut. Pendant quelques mois, j’oublie cette voiture avant que le rituel ne recommence dans le même ordre.
Pour l’achat de la E21 le processus est identique. Le cahier des charges est établi : bleu non métallisé, ce qui laisse le choix entre PastellBlau ou BiskayaBlau. Et une boite 5, indispensable à mon sens, ce qui réduit considérablement le nombre de voitures potentielles. Pour l’usage : elle doit dormir dehors, démarrer, rouler, freiner. Une voiture de tous les jours. Je trouve l’annonce qu’il me faut. Elle se trouve à 728 km de chez moi, exactement là où nous allons en vacances dans deux semaines. Je vais la voir : elle est parfaite, vraiment comme neuve. Une première main de 1981, Biskayablau. Boite 5. La facture d’achat indique les options vitres teintées, jantes et rétroviseur droit pour un total TTC de 64 551,20 francs. Deux semaines et un voyage en TGV plus tard, c’est l’heure du retour. Je découvre enfin la réalité de mon achat. C’est toujours un mélange d’excitation incroyable et de culpabilité comme si, une fois de plus, j’avais fait une connerie.
La première impression c’est que nous sommes en 1981, que je sors du concessionnaire BMW. Tout est parfaitement neuf. Les sièges n’ont jamais vu la lumière du jour, protégés depuis 31 ans par des housses sur mesure. Aucune trace d’usure, de griffe sur la carrosserie. Rien qui ne témoigne d’une vie d’usage. Ce qui semble être le graal du collectionneur est plutôt vécu chez moi comme une désolation. L’usage initialement prévu de cette voiture est impossible, stationner cette voiture dans la rue est passible d’une peine de réclusion à lire Gazoline à perpétuité. Aussi, elle sera la énième voiture à l’usage loisir qui passera l’essentiel du temps dans son box. Je m’attendais à un plongeon dans le passé, une voiture vivante et sonore en prise directe sur la route. Pas du tout. Le 4 cylindres injection est silencieux, la direction sans relief particulier. Vous roulez à 120 en 5ème, sans bruit. Tout ça est aseptisé, sans saveur particulière. Un peu décevant tout de même. Est-ce dû à son état fabuleux ou simplement à l’injection qui gommerait toute vie interne ?
Il me faudra quelques mois et 5000 km pour commencer à piger le truc. Moi qui avait une voiture par usage, je me surprends à trouver une voiture qui accomplisse l’essentiel de ce qu’on lui demande avec brio. Trop précautionneux jusqu’à présent, j’ai commencé à sourire au volant dès que j’ai osé un usage plus intensif. Sur route sinueuse, il faut cravacher un peu pour découvrir une voiture vive et rassurante. Pour peu qu’on comprenne ce qu’elle veut bien faire, c’est franchement convainquant. Vous avez une routière onctueuse et un coupé agile pour le même prix, aussi à l’aise sur autoroute que sur petites routes vallonnées. Mais c’est une sensation qui est loin d’être immédiate. La MX5 (mon autre voiture) vous met dans l’ambiance au premier tour de roue quand la 318i nécessite du temps et de bonnes conditions pour se laisser piéger par l’agréable sensation d’agilité de l’ensemble. Ouf.
Et puis dans l’achat d’une voiture, c’est impossible de passer sous silence ce qui fait aussi frémir : la ligne et ce qu’elle nous évoque. La E21 est d’une finesse inouïe. Nous qui sommes né sous Giscard, on en a vu des dizaines partout, depuis toujours. Les rescapées sont défraichies, usées jusqu’à la corde à la peinture souvent pelée quand elle n’exhibent pas des accessoires au goût discutable. Si on prend la peine de la regarder avec un œil neuf, il est difficile de ne pas tomber sous le charme de sa ligne d’une sobriété et d’une élégance à tomber par terre. Ses montants fins, ses deux optiques démesurées calées aux extrémités de la calandre qui affleure le capot, un bandeau fin qui sépare l’arrière en deux parties égales. Rien n’est vraiment révolutionnaire, mais tout est parfaitement calibré. Les proportions sont juste. Il n’y a rien à enlever. Il n’y a rien à ajouter. Et surtout pas la calandre 4 phares des 6 cylindres. Elle est bien plus cool avec deux gros phares. Définitivement.

« Nous qui sommes nés sous Giscard »… C’est pourtant vrai, de peu !
Et j’ai souvenir de la E21 320 A familiale en 1986, ça changeait des Renault et Peugeot habituelles.
Les jantes sont des Alpina?
Non, ce sont les options alu BMW d’époque. C’est également indiqué sur la facture d’achat.
Magnifique reportage pour une splendide voiture
Je suis curieux de savoir comment cela se passe niveau entretien.
Pour l’entretien les 4 cylindres ont des chaines, contrairement aux 6 cylindres à courroie. Il n’y a aucune préconisation particulière, les pièces sont disponibles entre autre chez Walloth.
Un achat parfait comme on en rêve. A un prix dérisoire ou en rapport avec l’état concours de l’auto ?…