Tant le vainqueur
et que les vaincus ne sont
que des gouttes de rosée,
mais des éclairs –
ainsi devrions-nous voir le monde
Ōuchi Yoshitaka
Un gouverneur japonais vaincu écrivit ces mots en 1551, et c’est avec eux que je souhaitais débuter aujourd’hui l’histoire d’une voiture de course américaine au cœur japonais.
Connaissez vous Peter Brock ? Ce Californien dessina la Corvette Stingray à 21 ans seulement, puis quitta Chevrolet pour passer sa licence de course SCCA. Inutile de vous dire que sa carrière est passionnante.

Quatre ans plus tard, en 1961, il devint le premier employé de Carrol Shelby. Il créa la marque Shelby American, en imagina ses logos et les livrées de ses voitures. Il conçu des composantes de la Shelby GT 350 (il avait également un don pour le pilotage et la mécanique), puis il dessina la Shelby Daytona Coupé, avant de quitter Shelby. C’est alors qu’il fonda Brock Racing Enterprises, ou plus simplement BRE.
Les voitures japonaises étaient une nouveauté sur le sol américain, qui fut amorcée avec l’arrivée en 1958 de la mal aimée Toyopet (Toyota) Crown. BRE débuta son activité en 1965 en travaillant avec les constructeurs japonais dans le but d’améliorer les performances de leurs autos. Brock collaborait avec Datsun et Toyota, mais BRE connu plus particulièrement le succès avec Hino.
En ces temps là, Hino était un tout petit constructeur, quasiment inconnu des conducteurs occidentaux. Les succès accumulés par le talentueux ingénieur américain n’échappèrent pas aux cadres de la marque, qui décidèrent de travailler plus étroitement avec Brock. Résultat, la petite BRE Hino Contessa Coupé remporta sa première victoire en 1966 à la course Time-Mirror de Riverside.
Brock, qui avait suffisamment de temps libre pour collaborer à l’époque avec un jeune cinéaste (nous y reviendrons), voulait aller plus loin. Il dessina donc une magnifique voiture de course basée sur un châssis à moteur central LeGrand mkIV, recevant un 4-cylindres Hino modifié et une carrosserie réalisée par le légendaire duo Troutman-Barnes – connus pour avoir réalisé les Scarab et la première Chapparral, ils furent parmi les premiers à appeler leurs voitures de courses des « prototypes » – appelée BRE Hino Samurai.
La Samurai devait être engagée au Grand Prix du Japon des voitures de sport, et l’acteur Toshiro Mifune fut nommé directeur honorifique de l’équipe – connu pour ses rôles dans Rashōmo, Les Septs Samouraïs, il endossait déjà ce rôle dans le Grand Prix de Frankenheimer.
La voiture fit beaucoup parler d’elle, avec notamment les couvertures de Road & Track ou de l’Automobile Magazine en France, et bien que le niveau du Grand Prix du Japon fut très relevé, beaucoup d’espoirs furent placés dans un bon résultat de la Samurai, qui pourrait par la même occasion lancer ainsi un véritable programme en compétition pour Hino.
Comme vous vous en êtes doutés, il n’en fut rien. Les officiels disqualifièrent la voiture, invoquant sa garde au sol trop basse. Peu de temps après, le président de Hino décéda et la Samurai ne prit jamais la direction de sa prochaine étape : Le Mans.
Toyota absorba Hino, et mit un terme à la division automobile du constructeur, se concentrant sur son activité de production de camions et de cars. Cependant, souhaitant percer en compétition, Toyota tenait à poursuivre la collaboration avec quelqu’un comme Brock pour développer ses voitures – comme le prototype JP6 de 1967, bien que la marque confia son projet suivant de voiture de course, la 2000GT, à Carroll Shelby. Alors, Brock tourna son attention vers Datsun, créant dans le plus grand secret la BRE Datsun 2000 Roadster, une voiture qui allait facilement damer le pion aux Toyota.
Ci-dessus : Peter Brock (au centre, foulard noué autour du cou) et la BRE Datsun 2000 Roadster.
Et qu’advint t-il de la Samurai ? Il semblerait qu’elle ait été restaurée, probablement aux USA, attendant son tour pour refaire une apparition remarquée. Et ce jeune réalisateur avec qui Brock collabora, de qui s’agissait t-il ? De George Lucas, tout simplement.
Venant, tout est clair, il n’y a aucun doute.
Allant, tout est clair, sans aucun doute.
Alors de quoi s’agit-il donc ?
Hosshin
Article initialement publié en anglais par notre partenaire, Banovsky Car Of The Day.
