3 jours sur les traces du plus légendaire des rallyes, le tout dans des voitures payées moins de 2000€. Tel était le pitch qui a séduit les 9 équipages présents au départ du Blenheim Monte Carlo, le mois dernier. Immersion dans l’ambiance de ces 1500 km.

JOUR 1 – L’ARDECHE

Privas, 7h50. Notre périple n’a pas commencé qu’un premier coup de théâtre s’annonce : après avoir confortablement remporté le concours d’élégance organisé la veille, l’équipage de la Moskvitch déclare forfait. Il faut dire qu’une brève inspection mécanique après les 700 km de liaison depuis Bordeaux ne laissait que peu de doutes sur l’état de la boite.

Qu’à cela ne tienne, les autres concurrents partent en cadence, si bien qu’à 8h15, tout le monde est sur la route. A bord de la Celica, nous suivons l’Aerodeck, qui ne manque pas de prendre la mauvaise direction dès la première intersection. Nous n’en attendions pas moins d’un équipage qui affiche, depuis un bon mois, son intention de rouler en dilettante.

Les routes de l’Ardèche sont une découverte pour moi. Aussi ce que je perçois à cet instant comme une promenade bucolique à travers les noisetiers, n’en constitue pas moins les prémices des épreuves du Monte Carlo. D’ailleurs, la traversée du mythique village de Burzet ne manque pas de tirer une larme à l’équipage de la BX, sans pour autant que cela n’altère le rythme qu’ils infligent à cette dernière.

De notre côté, nous perdons nos premiers twiggs et les laissons filer volontiers, insouciants que nous sommes. Ce sera le début d’une longue série. Vers le milieu d’après-midi, je trouve le moyen de mettre le feu aux freins de la Celica. Là non plus, ça ne sera pas la dernière fois. Entre temps, l’équipage de la Moskvitch a trouvé une voiture de location et nous suit à distance.

Le temps d’enjamber le Rhône et nous raccrochons la CRX, la RX7 et la Giulietta. C’est en peloton relativement serré, et à la nuit tombante, que nous arrivons sur le plateau du Vercors où le vent souffle comme jamais. “Il y a quelques années encore, le Monte Carlo passait au pied du gîte”, nous précise le tenancier, dès fois que les plus distraits aient besoin d’un rappel.

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JOUR 2 – LE VERCORS

Le soleil n’est pas encore levé que la route nous offre un premier spectacle. A quelques kilomètres de notre point de chute, une paire de semi-remorques encadre une tonnelle sous laquelle une équipe de mécaniciens s’affaire autour d’une Polo WRC. Ici, on prépare le Monte Carlo, l’autre, qui aura lieu quelques jours plus tard.

Vers le milieu de la matinée nouveau coup de théâtre : après la Moskvitch hier, la BX – pourtant habituée aux avants postes – est à l’arrêt au pied du Col de Rousset. Plus d’allumage. Rapidement rejoints par la 924, nous leurs portons assistance, mais sans la pièce de rechange, point de salut. La BX prend donc place en remorque derrière la Celica. Nous empochons au passage un bonus “Saint-Bernard” et abandonnons l’équipage à son sort devant l’agent Citroën de Die.

Pressés, nous cheminons vers le col de la Croix-Haute, laissant à nouveau filer quelques twiggs. Un bref décompte suggère que nous ne sommes pas loin d’avoir fait chou blanc, et qu’à ce rythme nous serons bons derniers. Il est temps de nous retrousser les manches, et les informations qui  nous parviennent de la direction de course nous donnent justement l’occasion de briller : le Col de Font-Belle serait fermé et les équipages déjà sur place tergivèrsent. Sans hésitations, et avec le bonus “éclaireurs” à l’esprit, nous grimpons. Sur la route il y a bien quelques plaques de verglas, mais rien que l’on puisse qualifier d’obstacle. Tant pis pour ceux qui ont mis trop de temps à quitter Sisteron.

C’est à l’heure où disparaissent les derniers rayons de soleil que le retour en course de la BX est confirmé. Les équipages de l’Aerodeck et de la CRX ont passé une partie de l’après-midi à appeler toutes les casses de la région jusqu’à trouver la pièce. Galvanisés par ce coup de pouce, Franck et Jon choisissent de refaire leur retard de manière héroïque, en suivant l’itinéraire prévu à la lettre. Ils n’arriveront à Castellane qu’au milieu de la nuit, épuisés certes, mais en ayant préservé leur place au classement.

JOUR 3 – LES ALPES DU SUD

Pour ne pas déroger aux habitudes des jours précédents, les premiers paysages de cette troisième matinée sont magnifiques, et agrémentés – de surcroît – d’un soleil radieux. Ainsi notre petit groupe navigue entre contemplation et insouciance dans Col de Bleine… enfin jusqu’au moment de tirer tout droit dans une épingle recouverte d’une couche de givre parfaitement invisible. Bien, voyons l’épingle suivante? Pareil. Le temps de recalibrer la conduite et l’allure redevient fluide, non sans l’utilisation judicieuse du frein à main.

A mesure que la matinée défile, toujours sous des cieux particulièrement cléments, nous approchons de l’un des points culminants de cette expédition (au propre comme au figuré) : le Turini. L’équipage de la BX profite d’une pause à Sospel pour chausser les pneus cloutés, avec l’espoir sans doute de gagner du temps dans la montée si la neige est au rendez-vous. Raté. Il y a bien quelques congères, mais à ce stade, l’espoir de trouver des flocons sur la chaussé semble de plus en plus en mince.

La descente nous jette droit dans la vallée de la Vésubie, dont nous sortirons par le Col de la Couillole. Celui-ci nous en fera littéralement voir de toutes les couleurs : violacé en bas avec ses roches si particulières, vert et humide dans sa partie intermédiaire, et enfin blanc – sous un manteau de neige conséquent – au sommet. Le point d’orgue de la journée sans aucun doute, peut-être même du voyage.

La 924 et son équipage, qui nous tenaient compagnie depuis un bon moment, décident de mettre les voiles quelque part entre Valberg et Entrevaux. Depuis la Celica, nous observons leur progression qui se heurte à l’implacable vérité que les habitués connaissent déjà : même si il donne l’impression de vous bouchonner, le local en utilitaire est TOUJOURS le plus rapide. Et il ne manquera pas de vous le montrer.

Avec encore le vague espoir de faire un score honorable, nous faisons toute notre possible pour valider les derniers twiggs de la journée, quitte à rebrousser le roadbook par tranches de 5 km. Une manœuvre qui s’avèrera parfaitement inutile si ce n’est pour l’égo. Sans se faire remarquer, les Suisses et leur RX7 ont fait carton plein depuis le début, et terminent en tête du classement général. L’annonce sera accompagnée de l’inévitable déballage de mauvaise foi, avant que la conversation ne dérive vers une question plus essentielle : au juste, qui avait la meilleure voiture ?