Renault 5 gt turbo

Nostalgique à 34 ans, volontiers rabat joie, j’ai décidé de me délivrer du fardeau des souvenirs automobilo comiques d’une jeunesse qui file entre les doigts.

Pour me délivrer de cette nostalgie j’ai décidé de vous faire partager quelques épisodes de la saga du commando fada, qui hantât les rues de Nice et les tortueuses routes du Turini il y a quinze ans déjà.

Vous n’y trouverez que d’improbables collectors, des anecdotes systématiquement fumeuses, et des acteurs systématiquement fumistes, bref, j’espère que cela vous fera rire.

1er épisode…205 un litre neuf contre gététurbô phase deux.

Nous avions le permis depuis un an, peut être deux.

J’épuisais ma deuxième Fiat 126, une rare personnal 4 découvrable, tout en essayant de remonter une Opel Corsa 1.3 de 1983 achetée dans une casse. Mon meilleur ami, lui, abandonnant des études que j’avais quant à moi envisagé comme longues et réfléchies, s’était lancé dans le monde du travail.

Nanti des salaires que lui accordait (grassement) Ronald Mc Donald, il progressa plus rapidement que nous dans l’échelle automobile.
Tandis que je puisais, en cachette de mes parents, de l’argent sur mon livret d’épargne écureuil pour installer des jantes alu de 14 sur ma corsa, mon meilleur ami s’était offert une puissante et luxueuse Fiat Uno 70 “SL” grise, 70 chevaux et le luxe du velours synthétique…

Déjà envieux de ses vitres électriques et de son ordinateur de bord Veglia, nous l’entendîmes ensuite nous dévoiler le grand projet automobile de sa vie, la Supercinq GT turbo phase 2.

Il en avait rêvé depuis le lycée, envisagé 100 fois l’emplacement des autocollants “elf” qu’il avait pieusement mis de coté en attendant le grand jour.

Or, à la faveur d’une énième relance, la société générale lui accordât enfin un crédit. Complétant son budget en abusant comme nous tous à l’époque de la générosité familliale, il finit par réunir 38.000 francs (!) et trouver un splendide GT turbo blanc frigo.

un beau matin ou j’aurais du réviser ce satané partiel de comptabilité, nous nous sommes retrouvés sur les routes tortueuses de la presque ile de Saint Jean Cap Ferrat, rasant les murs pour nous remplir les oreilles du sifflement du TURBO…

…c’est d’ailleurs peu après que le dit turbo, lassé de siffler, renonça brutalement à cette chienne de vie, alors que nous tentions d’étalonner les performances de la pauvre Renault dans la terrible montée du péage d’Antibes, sur l’A8, vieille tradition locale.

Arrivant à la rescousse, notre ami Bobby: mécanicien des “beaux mecs” du quartier, préparateurs des pointures du rallye azuréen, lui même fine gâchette, il proposa de jeter le vieux Garrett, et adapter le must de l’époque: le “iii ache iiii”.

Ayant réussi à émouvoir son père et à lui soutirer son carnet de chèques, mon ami céda: il aller avoir le turbo IHI ! adaptant avec son talent habituel la technologie japoniaise au vieux cleon fonte, le dit Bobby s’était rendu célèbre dans tout Nice pour ses GT turbo imbattables…

ET SURTOUT il allait avoir le mythique “KILO”: passée dans notre langage , l’expression “le kilo ” désignait les rares privilégiés qui disposait de la pression de suralimentation de 1 bar. On s’apostrophait alors d’un “tu as le kilo toi?”, “t’as pas le kilo, pouah c’est un “ravan”* ton GT”

Bref 6000 francs plus tard, nous étions les maitres sur une promenade des anglais alors à 4 voies, et dépourvue de piste cyclopédalable. De feu vert en feu vert nous atomisions les 205 GTi 1.9, montures favorites des jeunes “chics”.

Les joutes entre GT turbo, favorites des “amateurs de rallye” et 205 1.9, favorites des “élégants”, tournaient au massacre…LE KILO écrasait la concurrence peugeotiste…

…mais un soir…un soir au feu rouge du casino Rhul, sur la prom’, une 205 “griffe” vert fluorite, un grand chauve au volant.
Nous partons devant, fort, et au passage de la 3eme, la 205 nous intercepte avec panache. Nous nous sommes fait fumer.

Au feu rouge suivant nous tendîmes l’oreille pour découvrir le secret de son succès: le ralenti saccadé nous appris que la concurrence elle aussi avait une arme absolue, nous avions LE KILO, ils avaient L’ARBRE A CAMES !!!

Si tous ces radotages ne vous ont pas trop saoulé, je vous raconterais dans le prochain épisode la fabuleuse histoire de l’AX du barbu.

*ravan: expression niçoise qui désigne une poubelle , un tréteau, un objet inutile ou démodé

texte : Napoleon Solo, photo : D.R.